La proposition de Donald Trump a été publiée samedi. Il a fallu attendre ce lundi pour que l’Allemagne, l’Espagne, la Pologne, la Grèce et le Royaume-Uni déclinent poliment. Le Japon et l’Australie ont rapidement décliné, dès ce week-end.
La France et l’Italie disent préférer la voie diplomatique même si Paris a envisagé un temps une opération “défensive” pour accompagner les tankers. Cette coalition ne serait engagée qu'une fois la phase chaude des combats achevée.
La réponse a été beaucoup plus claire de la part de la cheffe de la diplomatie européenne. “Ceci n’est pas notre guerre !” a déclaré Kaja Kallas, au nom des Etats membres de l’UE, à l’issue de la réunion mensuelle des ministres européens des Affaires étrangères.
Les menaces de Donald Trump envers la Chine et les pays de l’Otan n’ont vraisemblablement pas porté, accusant ceux qui profitent le plus de ce détroit de ne rien faire pour le défendre.
Les Européens ne veulent pas s’associer à une guerre qui a été déclenchée sans eux et sans même les avertir, prenant tout le monde de court, ils ne veulent devenir des co-belligérants d’un conflit qu’on leur a imposé. Kaja Kallas a expliqué lundi la position des Européens: “L’Europe ne fait pas partie de cette guerre. Nous n’avons pas déclenché cette guerre et les objectifs politiques ne sont pas clairs. Bien sûr, nous dialoguons avec les différentes parties. Mais les guerres, c’est facile de les commencer, et très difficile à arrêter.”
Lors de la réunion de lundi, les diplomates européens ont aussi rappelé quelques faits. Si l’OTAN est sollicitée, “il faudra d’abord savoir quels sont les plans de Donald Trump car on n’a pas eu cette information”, a insisté l’Estonien Margus Tsahkna. La Finlandaise Elina Valtonen a elle choisi de rappeler que l’OTAN se charge de la sécurité dans l’Atlantique Nord, pas au-delà.
Cette petite leçon de l’art de la guerre ne va sans doute pas plaire à Donald Trump, et elle est faite dans un contexte particulier dans l’histoire de l’atlantisme. Les Etats européens alliés traditionnels de Washington, faut-il le rappeler, ont été vilipendés, moqués et menacés par la nouvelle administration Trump, des profiteurs, des faibles qui vivent au crochet des Etats-Unis, sans oublier le projet d’invasion du Groënland. Les soubresauts de ces derniers mois ont sans aucun doute laissé des traces.
Un détroit difficile à sécuriser
Lors de cette réunion, les Européens ont rappelé qu’ils étaient aux commandes de l'opération Aspidès en mer Rouge et à Suez. Cette opération navale escorte les navires contre les menaces de missiles des rebelles yéménites.
Kaja Kallas a résumé la réunion de ce lundi en expliquant que les ministres européens sont favorables à un renforcement d’Aspidès, une opération défensive qui manque de bateaux. Mais ils refusent une modification de mandat qui lui permettrait de faire usage de la force si elle était déployée à Ormuz.
Des considérations techniques s’ajoutent certainement à la réticence des Européens. Le détroit d’Ormuz, peu profond, ne peut être traversé que par deux voies de passage, ce qui rend les navires vulnérables.
Escorter les bateaux serait une tâche considérable car il faudrait deux navires militaires par pétrolier ou porte-conteneur. 600 bateaux sont bloqués depuis le début de la guerre, il faudrait plusieurs centaines de frégates et autre batiments militaires disponibles sur plusieurs semaines.
Ensuite, l’utilisation des drones complique la protection des navires car ils sont plus difficiles à repérer et contrer que des missiles.
Alain De Neve, chercheur belge de l’Institut royal supérieur de défense, explique au journal Le Soir en quoi assurer le passage des navires est très risqué. “Cela demanderait une surveillance aérienne et navale constante avec des opérations de déminage quasi permanentes. Même avec la puissance navale des États-Unis, cette opération nécessiterait un système de relève de capacités, avec les moyens de plusieurs nations. (...) Il ne s’agira donc pas d’opérations one-shot: elles nécessiteront des forces de sécurisation considérables dans les années qui viennent”.
D’autres théories seraient étudiés par les experts militiaires, comme l’occupation de la zone côtière iranienne, soit une zone de près de 200 km de long, pour empêcher les tirs de missiles. La mise en place de ce scénario serait coûteuse en hommes et matériel.
Les Européens devront, ce jeudi lors du prochain sommet de tous les chefs d'État, réétudier cette question. L’Iran a su jouer diplomatiquement. Vendredi 13 mars, le vice-ministre des Affaires étrangères iranien a rappelé que les bateaux des pays “amis” sont autorisés à passer le détroit comme les bâtiments chinois mais que sont exclus d’office les bateaux des pays impliqués dans le conflit.
Depuis le 28 février, 75 bateaux ont pu emprunter cette voie maritime. Ce sont principalement des bateaux chinois, iraniens ou grecs.














