La loi d’urgence agricole à peine votée en juillet 2026, voilà que le gouvernement doit à nouveau soutenir le secteur, qui est aux avant-postes du réchauffement climatique.
"Plus d'un milliard d'euros pour indemniser rapidement les pertes et préserver notre potentiel de production agricole", a affirmé Annie Genevard, la ministre de l’Agriculture française. "Il en va de notre souveraineté agricole et alimentaire. C'est un effort conséquent de la nation pour ses agriculteurs."
Il s’agit d’indemniser les pertes d’exploitation liées à la canicule de cet été 2026 avec l’indemnisation de solidarité nationale (ISN) à hauteur de 520 millions d’euros. Ce mécanisme permet à l’État d’indemniser les agriculteurs victimes de pertes importantes liées à des événements climatiques, comme la sécheresse ou la canicule.
Ensuite, les avances des aides de la PAC (Politique agricole commune) vont être plus importantes, des exonérations fiscales et sociales complètent encore ce plan de soutien.

Des exploitations exsangues
Enfin, pour relancer la production, un "fonds de réarmement", doté de 235 millions d’euros pour l’Hexagone et les Antilles, va permettre de financer l’achat "de fourrage, de semences, d’intrants".
Plusieurs éléments sont venus percuter le monde agricole ces derniers mois : la guerre des États-Unis contre l’Iran a fait flamber le prix des engrais, la canicule a fait baisser les rendements et donc les revenus.
La production de maïs s’est effondrée de 35,3 % sur un an (9,0 Mt contre 13,9 Mt en 2025). Le blé dur de printemps a chuté de 70,1 % et le blé tendre de printemps de 42,1 % (source Agreste).
La ministre de l’Agriculture Annie Genevard a expliqué lors de sa conférence de presse que 30 000 à 35 000 exploitations sont fragiles et pourraient déposer le bilan.
La FNSEA est satisfaite, mais la Coordination rurale, autre syndicat agricole, estime que les mesures d’urgence ne résolvent pas la crise de compétitivité à long terme. Proche de la droite, elle réclame moins de réglementation et la possibilité de stocker de l’eau massivement.
Un soutien financier encore et encore
Mais les critiques pointent déjà. Faut-il soutenir financièrement encore et encore un système productiviste qui ne rémunère plus ses agriculteurs?
Organisé pour exporter massivement, ce système semble aujourd’hui à bout de souffle puisque les exportations françaises sont en baisse. Ce 2 septembre, la Cour des comptes a critiqué la mise en œuvre de la PAC par la France, la jugeant inadaptée aux défis actuels. Elle dénonce un système trop axé sur le soutien aux revenus sans mettre en œuvre une mutation ou une adaptation aux défis climatiques et économiques.
Le modèle agricole actuel n’est pas prêt à affronter les coups de chaleur, la baisse des ressources en eau. Faut-il semer du blé qui est très consommateur d’eau? Faut-il se tourner vers d’autres céréales?
Les écologistes dénoncent un recul dans la protection de l’environnement avec, par exemple, la réintroduction de l’acétamipride, pourtant jugé dangereux pour la santé, ou encore la création de méga-bassines pour stocker l’eau.
La mouvance écologiste propose d’instaurer des prix d’achat planchers garantis pour protéger les petits exploitants, plutôt que de verser des aides d’urgence qui finissent par subventionner les grandes structures intensives.
Des députés écologistes et de gauche ont déposé cet été des recours contre les volets dérogatoires des lois d’urgence agricole, invoquant le non-respect du principe de précaution et de la Charte de l’environnement.




























