FRANCE
4 min de lecture
France: le rapport sur l’audiovisuel public sera publié malgré des auditions agitées
Les députés de la commission parlementaire sur l’audiovisuel public ont finalement voté le rapport de Charles Alloncle. Les auditions de cette commission illustrent la bataille qui se joue contre les médias publics par l'extrême droite.
France: le rapport sur l’audiovisuel public sera publié malgré des auditions agitées
Charles Alloncle, rapporteur de la commission en Une du JDNews magazine pour dénoncer l'éventuelle non-publication de son rapport / Reuters

La question est ce matin: pourquoi ont-ils voté ce rapport après près de six mois d’auditions de dirigeants de l’audiovisuel public, qui ont été marquées par des menaces, des tensions et des claquements de porte ? Pourquoi avoir voté ce rapport alors que les trente membres de la commission étaient très critiques, voire absolument opposés au texte ?

Le vote a été serré hier soir, 12 voix pour, 10 voix contre et huit abstentions. Le document de 400 pages sera donc publié dans une semaine, le 4 mai. Ce rapport n’a pas de valeur contraignante, il peut être repris dans une proposition de loi, mais nombreux sont les rapports qui restent lettre morte.

Les députés de gauche se sont tous opposés à la publicité du rapport, tandis que la droite et l’extrême droite l’ont soutenu. Renaissance et le MoDem se sont abstenus. Deux députés ont finalement permis l’adoption du rapport : les députés Laurent Mazaury (Libertés, indépendants, outre-mer et territoires, Yvelines) et le président de la commission, Jérémie Patrier-Leitus (Horizons, Calvados), ont opté pour un oui.

L’écologiste Sophie Taillé-Polian (Val-de-Marne) s’est énervée contre le bloc central à la sortie de la réunion. "On a passé quatre heures à convenir que ce rapport était ignoble, qu’il fallait dénoncer les méthodes de l’extrême droite, mais la majorité s’abstient. Je ne comprends pas".
Aurélien Saintoul (La France insoumise, Hauts-de-Seine) accuse, lui, le centre de faire le jeu de l’extrême droite : "une fois encore, l’abstention des macronistes permet[tant] à l’extrême droite d’imposer sa règle".

En RelationTRT Français - Europe : les médias publics européens dans l'œil du cyclone

Un rapporteur en mission anti-service public

Certains députés promettent de minimiser le rapport Alloncle. "Nous allons faire un contre-rapport", a prévenu mardi 28 avril sur franceinfo Erwan Balanant, député MoDem du Finistère et membre de la commission d’enquête sur l’audiovisuel public.

Parmi ceux qui ont voté la publication, certains se justifient en expliquant avoir refusé de donner le rôle de martyr au député Alloncle. Très médiatique, celui-ci a multiplié les interviews dans les médias Bolloré (Europe 1, CNews, Paris-Match, JDD…) pour critiquer l’audiovisuel public et crier à la censure.

Dans une interview dans "L’Incorrect", Charles Alloncle s’est même comparé à Émile Zola, qui avait écrit un article titré "J’accuse" dans l’affaire Dreyfus. Le parallèle est très osé, car le député ciottiste ne fait que "dénoncer" ce qu’il considère comme "la gabegie" de l’audiovisuel public.

Pour rappel, "J’accuse" dénonçait une justice militaire qui, pendant la Première Guerre mondiale, avait accusé et condamné pour espionnage un militaire de carrière, soupçonné parce qu’il était juif.

Une commission parlementaire très agitée

Ce rapport n’est en effet pas un rapport anodin. Son contenu est radical. Dans ses 80 préconisations, Charles Alloncle propose une cure d’austérité, en supprimant un quart du budget de l’audiovisuel public, soit un des 4 milliards d’euros annuels. Pour y parvenir, il recommande notamment de fusionner les chaînes France 5 avec France 2, France 3 avec le réseau de radios locales Ici, France 24 avec Franceinfo, et l’Institut national de l’audiovisuel (INA) avec la Bibliothèque nationale de France.

Mais surtout, le rapporteur Charles Alloncle a imposé le discours du Rassemblement national et de ses alliés qui veulent la disparition de l’audiovisuel public et il a fait le jeu des groupes privés audiovisuels, dont ceux de Vincent Bolloré. Ainsi, dimanche 26 avril, le journal Le Monde a révélé que la direction des affaires institutionnelles du groupe Lagardère, contrôlé par Vincent Bolloré, avait envoyé des listes de questions hostiles avant les auditions.

En RelationTRT Français - Grève de l’audiovisuel public: pourquoi la réforme Dati est-elle contestée ?

L’élu d’extrême droite a multiplié les accusations de partis pris politiques contre les médias comme France Télévisions ou Radio France. L’audiovisuel public serait un repaire de gauchistes qui ne donnerait jamais la parole au Rassemblement national.

Autre reproche, qui est un vieil argument de la droite et de l’extrême droite françaises : l’audiovisuel public est trop cher, mal géré. Le député Alloncle s’est focalisé sur des notes d’hôtel de la présidente de France Télévisions, Delphine Ernotte, durant le festival de Cannes, oubliant les millions d’économies réalisées ces dernières années et qui se traduisent par les non-remplacements des journalistes en vacances, la mutualisation des programmes de divertissement entre les antennes, la restriction des budgets de reportage, etc.

Le jeune député a menacé, insulté, a même accusé l’animateur Nagui de s’enrichir aux frais du contribuable, confondant chiffre d’affaires annuel de sa société de production et bénéfices.

L’ambiance qu’il a créée était moins que sereine, à tel point que le président de la commission a parfois fermé le micro de l’impétrant pendant les auditions, tant les insultes fusaient.

SOURCE:TRT français et agences