POLITIQUE
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Traite des esclaves africains: le Ghana ouvre le front des réparations
L’Afrique par la voix du Ghana veut aller au-delà du souvenir. Elle veut des comptes. En obtenant la qualification de l’esclavage comme “plus grand crime contre l’humanité”, Accra remet sur la table la question des réparations.
Traite des esclaves africains: le Ghana ouvre le front des réparations
Le président ghanéen John Dramani Mahama a porté la voix de l’Afrique. New York, le 25 septembre 2025. REUTERS/Jeenah Moon/Photo d'archives / Reuters
il y a 3 heures

L'Assemblée générale de l'ONU a proclamé, mercredi, la traite des esclaves africains comme le crime le plus grave contre l'humanité. Ce combat  porté par le Ghana  au nom de l’Union africaine, apparaît comme l’aboutissement d’un long combat diplomatique d’une quête de justice.

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Ces dernières années, les pays africains ont été particulièrement actifs sur le sujet. Lors du 39ème sommet de l’Union africaine en février dernier à Addis Abeba, John Mahama, chef d’Etat ghanéen, avait souligné que l’adoption d’une telle résolution était une question de justice. Il insistait que la traite des Africains réduits à l’esclavage et l’esclavage racialisé constituaient des crimes graves qui ont joué un rôle central dans la construction du monde moderne.

“Tous les peuples d’ascendance africaine attendent ce jour ( proclamation de la traite des esclaves africains comme le crime le plus grave contre l'humanité, ndlr) . La vérité ne peut être étouffée. Les fondements juridiques sont solides ; l’impératif moral est indéniable”, a-t-il assuré.

Pour John Mahama, faire face aux vérités historiques est une question de “courage moral”, et non de division. À ce titre, il a noté que les effets de l’esclavage persistent aujourd’hui sous la forme d’inégalités structurelles, de discriminations raciales et de déséquilibres économiques.

Pour prendre le cas de la structure du marché du cacao, les pays africains (Côte d'Ivoire, Ghana, Nigeria, Cameroun) qui fournissent 70% de la production mondiale de cacao tirent à peine 7 % d'un marché estimé à 130 millions de dollars. 

“L’adoption de la résolution ne marquera pas la fin du processus. (...) Le Ghana poursuivra son dialogue avec le Secrétaire général des Nations Unies, la Commission de l’Union africaine, les organes compétents des Nations Unies et les États membres intéressés”, déclarait John Mahama en février dernier à Addis Abeba.

“Il s’agit d’un dialogue durable sur la justice réparatrice et la guérison”, a-t-il ajouté.

400 ans d’esclavage

Pendant 400 ans, du XVe au XIXe siècle, près de 12,5 millions d’Africains, parmi les plus vigoureux, ont été enlevés, transportés de force par des marchands, majoritairement européens et vendus comme esclaves aux Amériques.

La découverte de l'Amérique a accéléré le phénomène. La colonisation de ce nouveau continent par les Européens (Britanniques, portugais, Français, Espagnols) nécessitait une grande main d'œuvre dynamique et serviable. Les populations autochtones (les Amérindiens, ndlr) n’avaient pu supporter les conditions de travail et avaient été décimés au fil des ans. D'où la naissance d’un véritable commerce triangulaire.

Les navires des marchands européens arrivaient en Afrique avec des produits manufacturés comme (les armes, de l’alcool, etc). Ils les échangeaient contre des esclaves que l’on transportait pour travailler dans des plantations vers les Amériques. Les fruits du labeur des esclaves (tabac, coton, cacao, café,etc.) étaient exportés vers l’Europe.

Codification des rapports maître-esclave

Les esclaves travaillaient dans des conditions inhumaines. En France, les autorités de l'époque sous la direction de Jean Baptiste Colbert, Secrétaire d’Etat à la marine et aux colonies de Louis XIV avaient élaboré le Code noir en 1685. Cet instrument juridique régulait les rapports entre les maîtres, les esclaves, les esclaves et l’administration judiciaire dans les colonies françaises des Caraïbes et de l'océan Indien.

Il niait toute humanité aux esclaves, les réduisant à de simples objets, comme l’illustrent les articles 14 et 44. “Déclarons les esclaves des meubles, et ne peuvent posséder aucun bien” stipule l’article 14. Plus loin, l’article 44 dispose: “ Déclarons les esclaves être meubles et comme tels entrer dans la communauté”.

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Instrument de dissuasion contre les esclaves récalcitrants ou rebelle, le Code noir renforcait la captivité.“Défendons aux esclaves de porter aucune arme offensive”, précise l’article XV. De même, il était interdit aux esclaves tout attroupement sous quelque prétexte que ce soit. Les contrevenants étaient exposés à des châtiments corporels comme “la découpe des oreilles, de jarret, les coups de corde et même la peine de mort”.

Résultat: de 1652 à 1848, envirom 4 millions de femmes, d’hommes et d’enfants ont connu l’esclavage dans les colonies francaises. Du reste, une ville comme Nantes qui fut au centre de la traite négrière doit aussi son rayonnement au commerce des esclaves. Les navires nantais, explique le site internet du mémorial de l’abolition de la Traite, ont transporté plus de “550 00 hommes, femmes et enfants vers les colonies françaises du continent américain.

On comprend pourquoi, Eric Saugera, historien français et spécialiste de la traite négrière a déclaré:”Plus qu’ailleurs, Nantes fit sienne l’argumentation négrière majeure: les colonies sont indispensables à la richesse nationale, les Noirs sont indispensables à leur mise en valeur, la traite est indispensable à son renouvellement”.

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SOURCE:TRT français et agences