Plusieurs associations venant en aide aux livreurs de repas ont engagé une procédure judiciaire contre Deliveroo et Uber Eats. Elles dénoncent des pratiques qu’elles jugent assimilables à de la "traite d’êtres humains", en raison de conditions de travail précaires et de revenus extrêmement faibles. Uber Eats est également visée par une menace d’action de groupe au civil pour des faits présumés de discrimination.
Selon des informations obtenues par l’Agence France-Presse (AFP) le jeudi 23 avril auprès de leur avocat, une plainte pénale a été déposée contre ces deux plateformes. Me Thibault Laforcade, qui représente les plaignants, affirme que leur modèle économique reposerait sur "l’exploitation d’une main-d’œuvre très précaire", principalement composée de travailleurs immigrés. Il évoque une situation où ces livreurs travailleraient dans des conditions "indignes" pour des "revenus de survie", soulignant le caractère inédit de cette démarche en France.
Plaintes de plusieurs structures
La plainte, déposée mercredi auprès de la procureure de la République de Paris et rendue publique par Le Parisien, est portée par plusieurs organisations : la Maison des livreurs à Bordeaux, la Maison des coursiers à Paris, ainsi que les associations Amal et Ciel.
Les associations expliquent avoir recueilli de nombreux témoignages dans différentes régions françaises. Jonathan L’Utile Chevallier, coordinateur de projet à la Maison des livreurs de Bordeaux, accuse les plateformes de tirer des profits importants en exploitant la vulnérabilité de travailleurs en situation instable.
Face à ces accusations, Uber Eats a réagi dans un communiqué en affirmant que la plainte, découverte par voie de presse, serait totalement infondée. De son côté, Deliveroo dit contester avec force les intentions qui lui sont attribuées et refuse toute comparaison entre son fonctionnement et une situation d’exploitation ou de traite d’êtres humains.
63 heures par semaine
Le nombre total de livreurs en France est estimé entre 70 000 et plus de 100 000 selon les sources. Une enquête menée en 2025 par Médecins du monde, en partenariat avec plusieurs centres de recherche, a interrogé environ mille livreurs. Les résultats indiquent que 98 % d’entre eux sont nés à l’étranger et que 64 % seraient en situation irrégulière.
Toujours selon cette étude, les livreurs travailleraient en moyenne 63 heures par semaine pour un revenu mensuel brut d’environ 1 480 euros.
Jonathan L’Utile Chevallier décrit une réalité où certains travailleurs parcourraient jusqu’à 15 ou 20 kilomètres à vélo pour des rémunérations extrêmement faibles, évoquant parfois l’équivalent de 3 euros nets de l’heure. Deliveroo répond de son côté qu’un accord signé en avril 2023 prévoit un revenu horaire minimum garanti de 11,75 euros.
Discriminations
Les associations estiment que les livreurs, placés dans une dépendance totale vis-à-vis des plateformes, seraient contraints d’accepter des conditions de travail imposées. Elles annoncent également avoir adressé une mise en demeure à Uber Eats, l’entreprise contre laquelle elles disent disposer du plus grand nombre d’éléments matériels.
Cette mise en demeure vise à faire cesser ce qu’elles qualifient de discriminations, sous peine de lancer une action de groupe.
Me Laforcade évoque notamment une discrimination liée à la précarité économique, mais aussi une "discrimination algorithmique". Selon lui, l’attribution des courses ou la fixation des tarifs reposerait sur des systèmes automatisés opaques, susceptibles de pénaliser certains livreurs.



















