L’ancien diplomate belge de 93 ans, devenu cette année la première personne inculpée dans l’assassinat tragique du leader de l’indépendance congolaise Patrice Lumumba en 1961, est décédé lundi avant d’avoir pu être jugé.
Le décès d’Étienne Davignon, aristocrate ayant officié comme commissaire européen au cours de ses décennies de carrière parmi les plus hauts diplomates et industriels de Belgique, a été confirmé par le groupe de réflexion Institut Jacques Delors, dont il était membre du conseil d’administration.
Davignon avait été renvoyé devant la justice pour crimes de guerre en raison de son implication présumée dans le meurtre de Lumumba il y a 65 ans, une ultime tentative de faire la lumière sur l’un des assassinats politiques les plus lourds de conséquences du XXe siècle.
Lumumba, devenu Premier ministre du pays aujourd’hui nommé République démocratique du Congo lors de l’indépendance vis-à-vis de la Belgique en 1960, avait été évincé quelques mois plus tard et tué par des rebelles sécessionnistes soutenus par la Belgique le 16 janvier 1961.
Ce meurtre constitue un chapitre sombre de l’histoire coloniale belge et un tournant décisif pour les luttes de libération des pays africains.
Le parquet affirmait que Davignon, jeune diplomate à l’époque, avait participé à la détention ou au transfert illégal de Lumumba et l’avait privé de son droit à un procès impartial.
Davignon était également accusé d’implication dans les meurtres de deux alliés politiques de Lumumba, Maurice Mpolo et Joseph Okito. Il niait toute malversation et attendait, au moment de son décès, l’issue d’un appel contre son renvoi en jugement.
Davignon était la dernière personne encore en vie visée par l’enquête ouverte il y a près de 15 ans. Le tribunal avait statué que les poursuites contre les autres suspects ne resteraient pas ouvertes après leur décès.
La famille Lumumba a déclaré que la décision du procureur et du tribunal, estimant que l’affaire méritait un procès, était désormais actée, ajoutant : “La disparition du dernier accusé vivant ne referme pas le dossier historique.”
Leurs avocats ont précisé dans un communiqué qu’ils préparaient d’autres actions judiciaires, telles qu’une plainte au civil contre l’État belge.
Après sa mission au Congo, Davignon s’est imposé comme une figure de proue de l’establishment belge, occupant le poste de chef de cabinet du Premier ministre Paul-Henri Spaak à la fin des années 1960, puis celui de commissaire européen de 1977 à 1985. Il a siégé au sein de nombreux conseils d’administration de sociétés belges et étrangères.
Né vicomte, il avait été élevé au rang aristocratique de comte par le roi Philippe en 2018.
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