Cette commission s'était constituée début décembre dans le sillage du spectaculaire cambriolage du 19 octobre, au cours duquel huit joyaux de la Couronne d'une valeur estimée à 88 millions d'euros ont été dérobés en plein jour.
Les quatre cambrioleurs présumés ont été interpellés.
Le "casse du siècle", comme l'ont baptisé les médias français, avait mis au jour d'importantes failles de sécurité du musée aux quelque 9 millions de visiteurs annuels, également victime récemment d'une escroquerie à la billetterie estimée à plus de 10 millions d'euros.
Mercredi, un agent du musée a été inculpé et placé sous contrôle judiciaire dans ce dossier d'escroquerie, a indiqué le parquet de Paris, portant à 10, dont trois agents, le nombre de personnes inculpées. L'une d'elles a été placée en détention provisoire.
Les travaux de la commission ont notamment donné lieu à une vingtaine d'auditions et tables rondes, au cours desquelles ont été entendues plus de cent personnes, et à des déplacements en France et à l'étranger, avant la publication du rapport.
"Retard"
Des "failles en matière de sûreté et de sécurité" étaient "connues", grâce à une série de rapports ayant pointé "l'obsolescence" des dispositifs de sûreté, notamment deux audits, l'un de 2017 et l'autre, réalisé par le joaillier Van Cleef & Arpels, datant de 2019, rappelle le rapporteur de ce document, le député Alexis Corbière, membre du groupe écologiste à l'Assemblée nationale.
Or, ces sujets, dans l'établissement de 244.000 mètres carrés dont 70.000 ouverts au public, ont semblé être "relégués au second plan, derrière des objectifs de rayonnement et d'influence, érigés en priorités", écrit-il.
Ce constat avait déjà été fait par la Cour des comptes : cette juridiction chargée de veiller sur l'usage de l'argent public avait conclu début novembre que le Louvre avait "privilégié des opérations visibles et attractives" au détriment de la sécurité.
Une enquête administrative lancée au lendemain du cambriolage avait également montré un problème majeur de prise en compte des audits de sécurité, notamment une "sous-estimation chronique" des risques.
Les enjeux de sécurité n'étaient "pas la priorité de l'ancienne direction du musée du Louvre, bien que celle-ci s'en défende", martèle Corbière, référence à l'ex-présidente Laurence Des Cars, nommée en 2021 et à laquelle a succédé Christophe Leribault fin février.
Il critique aussi "l'absence de contrôle de la tutelle", en l'occurence le ministère de la Culture, "à l'égard des choix de la direction".
Cette lacune découle du fait que les dirigeants du musée, comme ceux d'autres établissements, sont nommés par décret de l'Elysée, assure Corbière.
"Fait du prince"
D'où sa principale recommandation: revoir la procédure de leur nomination, en faisant en sorte que ceux-ci soient élus de manière transparente par le conseil d'administration de l'établissement, où siègeraient, entre autres, des parlementaires. Cela permettrait de sortir d'une logique de "fait du prince" présidentiel, insiste-t-il.
Parmi les autres préconisations, qui ont pour objectif plus large de remédier aux "dysfonctionnements" dans l'ensemble des musées, figure le fait d'augmenter les moyens du fonds de sûreté, créé à la suite du cambriolage, pour aider à mettre aux normes les dispositifs de sécurité des musées. Celui-ci est pour l'heure doté de 30 millions d'euros.
Davantage de recrutements de titulaires parmi les agents de sûreté, le fait d'"éviter le recours" aux "contractuels", ou encore "améliorer l'attractivité" de ces métiers "par une revalorisation salariale" sont également quelques-unes des autres pistes formulées.
Dans ce contexte, le député s'interroge sur "la pertinence" du plan "Louvre Nouvelle Renaissance" annoncé en 2025 par le président Emmanuel Macron, qui prévoit notamment la rénovation du bâtiment existant et l'aménagement d'un nouvel espace pour La Joconde.
"L'annonce présidentielle d'un musée du Louvre pouvant accueillir 12, voire 15 millions de visiteurs une fois effectués les travaux" ne paraît "pas compréhensible, au vu de l'impact de la surfréquentation sur le bâtiment, mais aussi sur les conditions de travail du personnel", dénonce-t-il encore.

















