Le tribunal administratif de Caen a suspendu lundi la décision de la mairie de Deauville de retirer une photographie prise à Gaza de l’exposition du festival Deauville Sport Images. La municipalité invoquait des risques de troubles à l’ordre public.
“La décision du maire de Deauville du 20 août 2026 retirant la photographie de Jehad Alshrafi affichée dans le cadre du Deauville Sport Images Festival est suspendue”, indique le juge des référés dans son ordonnance.
Prise par le photojournaliste palestinien de Gaza Jehad Alshrafi pour l’agence Associated Press, la photographie montre deux équipes de football s’affrontant sur un terrain synthétique devant des spectateurs. À l’arrière-plan, des immeubles ont été entièrement détruits par les bombardements israéliens.
Le cliché devait être exposé du 6 juin au 6 septembre sur une place de Deauville, aux côtés d’autres photographies consacrées aux valeurs du sport, mais il a été retiré discrètement au cours du mois d’août.
La mairie invoquait un risque de trouble à l’ordre public
L’Observatoire de la liberté de création (OLC), association de la Ligue des droits de l’Homme, avait saisi le tribunal administratif dans le cadre d’un référé-liberté afin d’obtenir la réinstallation rapide de la photographie.
Lors de l’audience, l’avocate de la mairie de Deauville, Marie-Thérèse Sur-Le Liboux, a justifié le retrait par un risque de trouble à l’ordre public et par un “déferlement de haine” constaté par la municipalité sur les réseaux sociaux. Elle n’a toutefois pas été en mesure de préciser la nature des messages concernés ni les plateformes sur lesquelles ils auraient été publiés.
Le juge des référés a estimé que la commune ne faisait état d’aucun incident ni d’aucune manifestation depuis le début de l’exposition, le 6 juin.
Dans ces conditions, le retrait de la photographie ne constitue pas, selon lui, “une mesure nécessaire, adaptée et proportionnée, prise en vue de la préservation de l’ordre public ».
Une réinstallation avant la fin de l’exposition
La mairie a indiqué devant le tribunal qu’il faudrait environ six jours pour réimprimer la photographie sur une nouvelle bâche avant de pouvoir la remettre à son emplacement initial.
La présidente de l’OLC, Agnès Tricoire, a toutefois estimé que la photographie pouvait être réinstallée rapidement.
“Soit la bâche n’a pas été détruite et la mairie peut la reposer immédiatement, soit ils la recommandent très vite et la réinstallent avant le 6 septembre”, a-t-elle déclaré.
Elle a également averti qu’il serait “scandaleux” de découvrir que le cliché avait été détruit. “Si c’est le cas, nous n’en resterons pas là”, a lancé Tricoire.
La mairie de Deauville n’avait pas réagi à la décision du tribunal lundi soir.
























