Plus de 500 bénévoles ont participé au démantèlement de structures d’une ferme palestinienne en Cisjordanie occupée après que les autorités israéliennes ont ordonné leur démolition, menaçant de faire payer les propriétaires si l’armée devait effectuer elle-même les travaux.
Les bénévoles ont travaillé pendant trois jours dans la ferme Hakoortna, à l’ouest de Tulkarem, avant que la famille Al-Tanib n’obtienne une décision de justice temporaire suspendant la démolition dans l’attente d’une audience.
Fondée il y a plus de 40 ans, la ferme est située près du mur de séparation israélien dans le nord de la Cisjordanie occupée et est entourée de zones industrielles israéliennes.
Pendant des décennies, elle a permis à la famille de subvenir à ses besoins tout en servant de site de formation agricole et de lieu de visite pour des étudiants.
Un délai court avant la démolition
Le propriétaire de la ferme, Fayez Awad al-Tanib, a indiqué que les autorités israéliennes avaient émis un ordre de démolition le 16 septembre, donnant à la famille un délai pour démanteler elle-même les structures.
"La famille a été informée que si elle ne se conformait pas à cet ordre, l’armée israélienne procéderait à la démolition avec ses engins et lui facturerait les coûts", a-t-il déclaré.
L’ordre faisait suite à une notification émise en août 2025 demandant à la famille de cesser les travaux sur plusieurs structures agricoles avant leur démolition. Avec l’aide du Centre d’aide juridique et des droits humains de Jérusalem, la famille a engagé une procédure judiciaire pour contester ces mesures.
Al-Tanib a indiqué que les autorités israéliennes avaient invoqué des "raisons de sécurité" liées à la proximité de la ferme avec le mur de séparation, affirmant que certaines structures gênaient la visibilité et que d’autres avaient été construites sans permis.
La famille a contesté l’idée selon laquelle ces structures seraient récentes, affirmant que nombre d’entre elles avaient été construites entre 1984 et 1995.
Trois jours de démantèlement avant la suspension
À l’approche de l’échéance, plus de 500 bénévoles ont passé trois jours à démonter des serres et d’autres structures agricoles, à vider des bassins à poissons et à déplacer des ruches ainsi que du matériel destiné à la culture des arbres afin de sauver ce qui pouvait l’être avant l’arrivée des engins de démolition.
"Le travail s’est poursuivi jusque dans la soirée, tandis que la famille vidait les bassins à poissons et déplaçait tout le matériel et les structures qui pouvaient être démontés", a déclaré al-Tanib.
La plupart des structures visées par l’ordre de démolition avaient déjà été démontées lorsque le Centre d’aide juridique et des droits humains de Jérusalem a informé la famille qu’il avait obtenu une décision de justice temporaire suspendant la démolition.
"Nous avons tout démonté par peur de la démolition, puis nous avons reçu une décision la suspendant", a-t-il déclaré.
Le centre a indiqué que le tribunal de district de Jérusalem avait rendu cette décision temporaire à la suite d’un recours en urgence déposé par ses avocats et fixé une audience au 17 décembre.
Cette décision n’annule pas l’ordre de démolition, mais en suspend temporairement l’exécution jusqu’à l’examen du recours par le tribunal.
Quatre décennies d’agriculture et d’éducation
Al-Tanib a commencé à travailler et à gérer les terres en 1984, après la mort de son père. Avec sa famille, il a ensuite développé le site pour en faire une ferme utilisant des méthodes d’agriculture biologique et réduisant sa dépendance aux engrais et aux produits chimiques.
Selon Al-Tanib, Hakoortna s’étend sur environ 32 dounams, soit 32 000 mètres carrés ou 7,9 acres. Environ 10 dounams sont consacrés à des agrumes et 10 autres à différents arbres fruitiers.
La ferme comprend également des serres, des bassins à poissons, des ruches et une maison agricole de deux étages, chaque étage couvrant environ 120 mètres carrés.
Au fil des décennies, Hakoortna est devenue un centre de formation et d’éducation agricoles, en plus de sa fonction de production alimentaire.
"Des dizaines de milliers d’enfants ont visité la ferme, ainsi que des étudiants universitaires spécialisés en agriculture qui y passaient parfois jusqu’à quatre mois par an pour leur formation", a déclaré al-Tanib.
Mur de séparation et zones industrielles
La famille affirme que les conditions d’exploitation de la ferme ont considérablement changé après le début de la construction du mur de séparation par Israël en 2002, entraînant la perte d’une partie de ses terres ainsi que des restrictions sur l’accès et les activités agricoles.
Hakoortna se trouve désormais entre le mur et des zones industrielles israéliennes. Al-Tanib affirme que les mesures répétées prises contre la ferme menacent la capacité de sa famille à rester sur ses terres.
"Ils veulent nous déraciner de la ferme et nous en chasser pour faire place aux usines chimiques", a-t-il déclaré.
Selon ce qui a été rapporté à la famille, les autorités israéliennes affirment que les mesures concernant la ferme sont fondées sur des considérations de sécurité et d’urbanisme ainsi que sur des questions liées aux permis.
La famille accuse également les usines voisines d’avoir causé au fil des années des dommages environnementaux à ses terres et à ses cultures.
La majeure partie du tracé du mur se trouve à l’intérieur de la Cisjordanie occupée plutôt que le long de la Ligne verte qui sépare ce territoire d’Israël. Un système israélien de permis et de portails réglemente l’accès des agriculteurs aux terres agricoles isolées par la barrière.
Le Bureau des Nations unies pour la coordination des affaires humanitaires (OCHA) a documenté la manière dont ces restrictions perturbent des activités agricoles essentielles, notamment le labour, la taille, la fertilisation et les récoltes, en particulier dans le gouvernorat de Tulkarem, dans le nord de la Cisjordanie occupée.
Dans un avis consultatif rendu en 2004, la Cour internationale de Justice a estimé que la construction du mur par Israël à l’intérieur du territoire palestinien occupé ainsi que le régime qui lui est associé violaient le droit international. Israël affirme pour sa part que le mur a été construit pour des raisons de sécurité afin de prévenir les attaques.
Les démolitions s’accélèrent en Cisjordanie occupée
Depuis le début de 2026, les autorités israéliennes ont démoli ou contraint des Palestiniens à démolir 1 164 structures faute de permis délivrés par Israël, entraînant le déplacement de plus de 1 500 personnes, selon l’OCHA. L’agence affirme qu’il est quasiment impossible pour les Palestiniens d’obtenir ces permis.
Au seul mois d’août, les autorités israéliennes ont mené 71 opérations de démolition visant 155 structures palestiniennes, dont 61 structures agricoles et 33 utilisées comme sources de revenus, selon la Commission palestinienne de la colonisation et de la résistance au mur.
Selon l’OCHA, le nombre moyen de structures démolies chaque mois dans la zone C et à Jérusalem-Est depuis 2024 est au moins deux fois supérieur à la moyenne mensuelle enregistrée au cours des 15 années précédentes, ce qui témoigne d’une accélération des démolitions.




















