Sébastien Lecornu agite le spectre d'une dissolution en cas de censure

Le Premier ministre français Sébastien Lecornu a donné instruction vendredi au ministre de l’Intérieur, Laurent Nunez, de préparer l’organisation technique d’éventuelles élections législatives anticipées pour les 15 et 22 mars prochains.

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Sébastien Lecornu, a donné instruction au ministre de l'Intérieur Laurent Nuñez de préparer l'organisation d'éventuelles élections législatives / Reuters

Alors que 2026 a débuté, la France est toujours sans budget après des mois de discussions au Parlement, cette impasse ayant contraint le gouvernement à faire voter une loi spéciale destinée à financer provisoirement l'Etat en attendant.

Le Premier ministre, Sébastien Lecornu, a donné instruction au ministre de l'Intérieur Laurent Nuñez de préparer l'organisation d'éventuelles élections législatives aux dates des municipales, les 15 et 22 mars, a appris l'AFP vendredi d'une source au sein de l'exécutif.

Une censure du gouvernement, comme il en est menacé sur l'accord UE-Mercosur, serait suivie d'une dissolution, a affirmé cette source, en précisant que le président Emmanuel Macron et le Premier ministre sont d'accord à ce sujet.

Il s'agit d'abord pour le Premier ministre de réduire le risque d'une adoption des motions du Rassemblement national (RN, extrême droite) et du parti de gauche radicale LFI, qui seront examinées à l'Assemblée nationale entre mardi et mercredi.

Sébastien Lecornu a élevé la voix vendredi contre ces formations politiques, fustigeant sur le réseau social X des "postures cyniques partisanes" qui "retardent les discussions budgétaires", et alors que la France a voté "contre" l'accord commercial de l'Union européenne avec des pays latino-américains du Mercosur.

"Pas une menace"

Il rappelle que les discussions sur le budget de 2026 sont "déjà bloquées par les mêmes partis politiques sur fond d'agenda électoral".

Or, l'exécutif a promis que la France disposerait d'un budget en janvier.

Le lancement de préparatifs en vue d'élections anticipées "n'est pas une menace", assure la source au sein de l'exécutif, mais il accentue la pression sur ceux qui veulent un budget.

Surtout, il semble faire le pari que ces partis politiques n'ont aucun intérêt à des législatives anticipées, à un peu plus d'un an de la présidentielle. Et qu'ils seront donc très réticents à censurer le gouvernement.

Le budget de l'Etat pour 2026 n'a pas pu être voté dans les temps avant le 31 décembre. Le Parlement a donc adopté une loi spéciale pour pallier son absence et permettre la continuité des actions de l'Etat et des administrations.

Les députés ont repris l'examen du texte jeudi en commission des Finances, où ils ont largement rejeté vendredi la partie recettes, laissant peu d'espoir qu'un consensus se dégage en séance à partir de la semaine prochaine.

Mais si le budget a peu de chances d'être adopté par vote, le Premier ministre devra décider de l'issue possible: passer par l'article 49.3 de la Constitution ou par des ordonnances qui permettent à l'exécutif de prendre des mesures sans l'approbation du Parlement.

Il n'a pas encore tranché, l'exécutif considérant que tout dépendra du contenu du texte.

Or Sébastien Lecornu a concédé aux socialistes - condition pour qu'ils ne le censurent pas  de ne plus utiliser l'arme du 49.3, vue comme un passage en force mais désormais réclamée par plusieurs responsables politiques pour sortir de l'ornière budgétaire.

Le Parlement est tout de même parvenu, de justesse, à voter le budget de la Sécurité sociale à la mi-décembre, grâce surtout à la suspension de l'emblématique et très impopulaire réforme des retraites.