POLITIQUE
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Quand la France protégeait l’ayatollah Khomeini
Entre octobre 1978 et février 1979, la France a accueilli l’ayatollah Rouhollah Khomeini, contribuant activement au renversement du Shah Reza Pahlavi et à l'avènement de la révolution iranienne dont est issu le pouvoir actuel à Téhéran.
Quand la France protégeait l’ayatollah Khomeini
L'ayatollah Khomeini assis dans son jardin à Neauphle-le-Château, près de Paris, (ARCHIVES) Cette photographie, prise le 10 octobre 1978 / AFP
il y a 12 heures

Parlant de l'opération militaire américano-israélienne actuelle au Moyen-Orient, le président français Emmanuel Macron lors de son intervention télévisée le 3 mars dernier a imputé  "la responsabilité première de cette situation" à l'Iran. Il a souligné que Téhéran "a développé un programme nucléaire dangereux et des capacités balistiques inédites, qui a armé et financé des groupes terroristes dans les pays voisins". Il a également fait référence aux milliers de morts, victimes de la répression du régime en début d'année. 

Pourtant à y voir de près, la France, pour des raisons économiques et géostratégiques, a contribué à façonner la révolution iranienne et a infléchi le cours de l'histoire de ce pays.

Indésirable en Iran et dans de nombreux pays du Moyen-Orient, ballotté de pays en pays dès 1964, c’est finalement en France que l’ayatollah Khomeini, l'architecte et le penseur de la révolution iranienne, a trouvé l'asile. Khomeini était le chef de file de l’opposition religieuse au régime du Shah qu’il déclarait être une tyrannie.

Le 6 octobre 1978, l’ayatollah Khomeini atterrit à l'aéroport parisien d’Orly, en provenance d’Irak où il devenait encombrant pour les autorités. Il élira domicile par la suite le 10 octobre 1978  à Neauphle-le-Château, un village de 2 000 habitants dans les Yvelines, grâce à la générosité de l’opposition iranienne en France.

Il mène la révolution iranienne, grâce à des enregistrements audio et vidéo diffusés par la suite en Iran. Libertés, droit des femmes, démocratie en sont les principales thématiques. Un discours qui séduit les dirigeants français, les intellectuels de gauche, les journalistes et l'opinion publique. Il dégage l’image rassurante d’un futur dirigeant de l’Iran.

La gauche française sous le charme

Le philosophe Michel Foucault voyait en Khomeini un “saint homme exilé à Paris”. Jean-Paul Sartre et Simone de Beauvoir furent séduits. Sa rhétorique tiers-mondiste et anti-impérialiste accrochait les intellectuels de gauche tout comme le Parti socialiste de François Mitterrand .  

Le maître d’ouvrage de cette opération fut le président français d'alors, Valéry Giscard D'estaing, animé par des calculs économiques et géostratégiques. La perspective d'engranger de juteux contrats au profit de la France et de contrecarrer l’influence de l’Union soviétique a motivé le président français, soulignent les analystes politiques.

Du 4 au 7 janvier 1979, la France, les États-Unis, l’Allemagne et le Royaume-Uni décident de retirer leur soutien au régime décadent du shah Mohammad Reza Pahlavi. Le régime est notamment critiqué pour sa corruption et sa police secrète, la Savak qui a fait des milliers de victimes dans les prisons iraniennes.

Un retour en avion Air France

Trois semaines plus tard Khomeini met fin à son exil français et rentre en Iran à bord d’un vol d’Air France le 1er février 1979. L’image a fait le tour du monde, on voit le chef religieux descendre la passerelle de l’avion aidé par un pilote.
Des millions de personnes enthousiastes l’accueillent. La déstructuration du régime impérial du Shah s'accélère et il s’effondre le 11 février 1979.

C’est le début de la révolution iranienne qui se transforme en cauchemar pour la France. L’ayatollah Khomeini prend les rênes du pouvoir et instaure un régime théocratique. Aucun contrat n’est signé avec Paris. Au contraire, les relations s’enveniment. Paris recule et refuse de livrer à Téhéran de l’uranium enrichi pour son programme nucléaire civil.

En fait, avant l'arrivée de l'ayatollah Khomeini au pouvoir, la France et l’Iran avaient commencé un ambitieux programme de coopération nucléaire civil. L’Iran avait prêté à la France 1 milliard de dollars pour financer l’enrichissement d’uranium de la société Eurodif (filiale d’Areva qui est devenue Orano). En échange, l’Iran devait obtenir 10% de la production d’uranium enrichi et une participation à Eurodif.

Le refus de Paris d'honorer ses engagements auprès de Téhéran a entraîné un pourrissement des relations entre les deux pays. 

C’est n’est qu’en octobre 1991 que le gouvernement français consentit finalement à verser sept milliards de francs à l’Iran — restituant ainsi le prêt Eurodif majoré des intérêts. Depuis lors, les relations entre Paris et Téhéran sont empreintes de méfiance.

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SOURCE:TRT Français