Depuis la base stratégique de l’Île Longue, cœur de la composante océanique de la dissuasion nucléaire, le chef de l’État Emmanuel Macron a défendu une adaptation de la posture française face à un environnement international plus instable. Un changement radical de la posture française sur son arsenal nucléaire.
La France est la seule puissance nucléaire de l’Union européenne. Emmanuel Macron a annoncé la construction d’un nouveau sous-marin nucléaire qui sera en service en 2036 et l’augmentation du nombre de têtes nucléaires.
Selon le centre de réflexion suédois Sipri, la France dispose de 290 têtes nucléaires. La Russie en compte 4 300, les États-Unis 3 700, la Chine 600 et le Royaume-Uni 225.
Mais tout en réaffirmant le caractère strictement national de la dissuasion nucléaire et le maintien du commandement strictement français de cet arsenal, le président propose d’élargir cette protection nucléaire à d’autres pays européens.
Le chef de l’État a affirmé que la France pourrait faire "des déploiements de circonstance" de moyens stratégiques liés à la dissuasion nucléaire chez les alliés européens de la France. "La coopération commencera avec des exercices communs", a-t-il ajouté, en soulignant que cela se ferait "en pleine transparence avec les États-Unis". Selon Emmanuel Macron, ces pays sont le Royaume-Uni, l'Allemagne, la Pologne, les Pays-Bas, la Belgique, la Grèce, la Suède et le Danemark.
Une dynamique européenne déjà enclenchée
Peu après son allocution, la France et l’Allemagne ont publié une déclaration conjointe pour annoncer la mise en place d’un groupe de pilotage nucléaire de haut niveau.
Les deux pays s'engagent "à prendre des mesures concrètes dès cette année, notamment la participation de l’Allemagne aux exercices nucléaires français, des visites conjointes sur des sites stratégiques et le développement de capacités conventionnelles avec leurs partenaires européens."
Le Danemark a annoncé avoir conclu un accord de coopération avec la France en matière de dissuasion nucléaire, a annoncé lundi la Première ministre danoise, Mette Frederiksen. La Pologne a fait une déclaration similaire, le Premier ministre polonais Donald Tusk, ayant indiqué que son pays travaillait bien avec ses “amis” sur le projet de dissuasion avancée dévoilé par le président français, afin de dissuader des “ennemis” de l’attaquer.
Une classe politique française plutôt d’accord
Étrangement et c’est assez rare, le président des Républicains, Bruno Retailleau et Jean-Luc Mélenchon, le chef de file de la France Insoumise ont soutenu la décision du président français. Le premier a salué le “maintien d’une prérogative souveraine intacte” ainsi qu’une “autonomie totale de la décision et de la chaîne de commandement” nucléaire.
À gauche, le leader de La France insoumise, Jean-Luc Mélenchon, a également qualifié la décision française de “bonne”, estimant sur son blog que “la France reste seule maître de la définition des intérêts vitaux et de l’usage de l’arme nucléaire”.

Une convergence rare sur les questions stratégiques, alors que les divergences demeurent profondes sur la politique européenne et de défense. Pour preuve ces deux chefs politiques ont omis de commenter l’annonce la plus marquante, l’extension du parapluie nucléaire français aux alliés européens, préférant s'appesantir sur le maintien du commandement dans des mains françaises.
Le Parti socialiste salue l’orientation européenne
Si le Parti socialiste (PS) se félicite de “l’ambition européenne” affichée par le président, estimant que la nouvelle doctrine “pourrait amener à des coopérations renforcées au-delà du nucléaire”, notamment en matière industrielle, le Rassemblement national, parti d’extrême droite se dit inquiet. Marine Le Pen et Jordan Bardella dénoncent cette notion de “dissuasion avancée”, qui signifierait, selon eux, “concrètement une dispersion de nos moyens nucléaires sur le territoire européen”.
Le quotidien New York Times a insisté sur l’instabilité politique française avec une extrême droite aux portes du pouvoir qui pourrait remettre en question le choix stratégique d’Emmanuel Macron.
Le média rappelle également que la puissance nucléaire française ne pourra jamais remplacer le parapluie nucléaire américain dont l’Europe bénéficie depuis la Seconde guerre mondiale. Emmanuel Macron a souligné que la France ne souhaitait que compléter le programme américain et que toute décision militaire se ferait en coordination avec l’allié américain. En d'autres termes, la France n’ambitionne pas de remplacer le parapluie américain.

Les annonces du président français vont aller de pair avec une nouvelle architecture de la sécurité européenne? Il ne s’agit aucunement de remplacer l’OTAN, la France a été claire sur ce point, mais la géopolitique mondiale pousse clairement les Européens à revoir l’organisation de leur défense et l’annonce française va en ce sens.
Avec la poursuite de la guerre en Ukraine qui dure depuis quatre ans et une nouvelle administration américaine qui remet en question son implication dans la défense européenne de manière assez brutale, l’idée d’une défense européenne a réémergé sans pour l’instant aller plus loin qu’un renforcement des coopérations militaires.











