Alors que les pays de l'Union européenne ne sont pas parvenus mardi à prendre de nouvelles sanctions contre Israël, en dépit des appels lancés en ce sens par plusieurs d'entre eux, dont l'Espagne, Emmanuel Macron a pour sa part temporisé.
Devant la presse aux côtés du Premier ministre libanais Nawaf Salam, reçu à l'Elysée, il a reconnu une "interrogation légitime" sur la possibilité de suspendre l'accord d'association entre l'UE et Israël, si ce dernier "continue cette politique qui contrevient à son histoire", notamment au Liban.
"Ce n'est pas dans le moment où, il y a quelques jours, Israël a accepté un cessez-le-feu pour le Liban et s'est engagé dans des discussions qu'il faut précipiter une confrontation", a toutefois estimé le président français.
"Mais les choses ne peuvent pas continuer comme il y a quelques années, d'évidence", a-t-il ajouté, exhortant les autorités israéliennes à s'engager dans "une voie de respect de la souveraineté des États voisins et une voie de l'apaisement".

Au cours d'une réunion mardi des ministres des Affaires étrangères des États membres à Luxembourg, l'Espagne et l'Irlande avaient réclamé la suspension totale de l'accord d'association entre l'UE et Israël. Mais des pays comme l'Allemagne et l'Italie s'y sont opposés.
L'Espagne souhaiterait rompre cet accord. A ses côtés, l'Irlande et la Slovénie ont également signé une lettre commune pour réclamer un "réexamen" de l'accord.
La Commission européenne a pour sa part proposé il y a plusieurs mois des sanctions contre des colons extrémistes en Cisjordanie occupée mais un veto de la Hongrie a jusqu'ici empêché une décision à ce sujet. Les Européens espèrent que la défaite électorale de Viktor Orban changera la donne mais ils doivent encore attendre l'arrivée au pouvoir du nouveau gouvernement pour le vérifier.
La France et la Suède ont de leur côté réclamé dans une lettre commune de restreindre les importations en provenance des colonies israéliennes installées dans les territoires palestiniens occupés.
"Renoncer à ses visées territoriales"
Le président français a estimé qu'Israël devait "renoncer à ses visées territoriales" au Liban, tout en affirmant que le Hezbollah devait être désarmé "par les Libanais eux-mêmes".
La trêve en cours, qui arrive à échéance dimanche, "devra être étendue afin de permettre l'amorce d'une véritable dynamique de stabilisation", a souligné Macron.
Il a plaidé pour un "accord politique entre Israël et le Liban qui garantisse la sécurité des deux pays, l'intégrité territoriale du Liban, et pose les jalons de la normalisation de leurs relations".
"Nous croyons dans un désarmement du Hezbollah par les Forces armées libanaises", que ce soit par la force ou la négociation, selon le "chemin" que choisiront les autorités de Beyrouth, a-t-il dit.
"Aussi longtemps qu'il y a une force qui occupe le territoire libanais ou qui bombarde, elle affaiblit la capacité à désarmer le Hezbollah dans la durée", a-t-il mis en garde.

La stabilisation implique que le Hezbollah "cesse de viser Israël et de prétendre se substituer à l'État dans l'exercice de ses prérogatives", mais aussi "qu'Israël renonce à ses visées territoriales et comprenne que la condition de sa sécurité est un État libanais fort, et non une politique du chaos", a-t-il insisté.
À ses côtés, Nawaf Salam a aussi souligné que le Liban réclamait le "retrait total" des forces israéliennes de son territoire, ainsi que le retour des prisonniers et des déplacés libanais.
Une nouvelle séance de discussions entre ambassadeurs des deux pays, sous médiation américaine, est prévue jeudi à Washington.
Emmanuel Macron a par ailleurs assuré que la France était "prête à maintenir son engagement sur le terrain" après le départ de la Finul, la mission de l'ONU, programmé pour la fin de l'année, "aux côtés de ses partenaires les plus mobilisés, dans un cadre qu'il nous faudra définir ensemble".
Constatant "avec joie et satisfaction que les États Unis d'Amérique se penchent sur le berceau libanais", il les a appelés à aider la France "à négocier une nouvelle résolution" pour reconduire la Finul ou en définir "une nouvelle version".
Le chef du gouvernement libanais a également affirmé que son pays avait besoin "de 500 millions d'euros pour faire face à la crise humanitaire au cours des six prochains mois".
Le chef de l'État français a, lui, promis de reprogrammer une conférence de soutien aux forces armées et aux forces de sécurité libanaises, initialement prévue début mars, dès que Beyrouth le jugera "utile".



















