Une procédure judiciaire ouverte en Belgique contre des circonciseurs juifs soupçonnés d'exercice illégal de la médecine a suscité mercredi des frictions diplomatiques entre le gouvernement belge d'un côté, et d'autre part Israël et les Etats-Unis accusés d'ingérence dans un dossier interne.
En février, la Belgique avait déjà été accusée d'être un pays "antisémite" par des responsables d'Israël et des États-Unis, en raison de l'enquête ciblant plusieurs "mohels" d'Anvers, des circonciseurs de la communauté juive.
La controverse a rebondi mercredi avec l'annonce d'une demande de renvoi de deux suspects devant le tribunal correctionnel de la grande cité portuaire belge.
Le parquet a précisé mercredi avoir rédigé son réquisitoire final, et disposer d'éléments suffisants pour demander le renvoi en procès de deux hommes pour "coups et blessures volontaires avec préméditation à l'égard de mineurs" et "exercice illégal de la médecine".
En Belgique, la loi dit que tout acte médical doit être pratiqué par un professionnel de santé habilité. Cela englobe le geste rituel de la circoncision masculine qui n'a pas fait l'objet d'une loi spécifique.
Accusation d’antisémitisme
Dans une réaction au vitriol, sur X, le ministre israélien des Affaires étrangères, Gideon Saar, a accusé la Belgique de s'en prendre à "la pierre angulaire de la foi juive". Il a laissé entendre que le pays s'attaquait à toute la communauté juive en régulant la pratique de la circoncision.
"Avec cette mesure (d'inculpation), la Belgique rejoint aux côtés de l'Irlande, une liste courte mais honteuse de pays qui recourent au droit pénal pour poursuivre des juifs pour avoir pratiqué leur religion", a fustigé le responsable israélien.
"Assez avec ces caricatures. En Belgique, la justice est indépendante et prend ses propres décisions, que vous le vouliez ou non, libre de toute influence politique", a répliqué le chef de la diplomatie belge, Maxime Prévot.
Il s'est dit prêt à un déplacement en Israël pour une explication de nature à "mettre fin à toute interprétation erronée" des usages belges.
Réaction américaine
Dans un autre message sur X, Maxime Prévot a répondu fermement à l'ambassadeur américain en Belgique, Bill White, qui venait lui aussi de critiquer son pays hôte sur le sujet.
"Je vous exhorte à faire preuve d'une plus grande retenue et à replacer votre rôle dans son contexte", a écrit M. Prévot.
L'ambassadeur américain, un proche de Donald Trump, venait d'affirmer sur le même réseau que cette procédure judiciaire constituait "une tache honteuse sur la Belgique".
"Il est inapproprié de critiquer publiquement un pays et de ternir son image parce que vous êtes en désaccord avec une procédure judiciaire. Je vous l'ai déjà dit. Jugeriez-vous acceptable que notre ambassadeur à Washington fasse la même chose?", a questionné le ministre belge.
Interrogé à la mi-février par l'AFP sur le premier incident diplomatique lié à cette enquête, Bill White avait voulu jouer l'apaisement, insistant sur une relation bilatérale de pays "amis".
"Je sais que la Belgique n'est pas antisémite mais ne pas agir dans ce cas précis pourrait donner une impression d'antisémitisme", avait-il soutenu.


















