Israël confirme l’interdiction de 37 ONG à Gaza
Israël a confirmé, ce jeudi, l'interdiction de 37 organisations internationales majeures à Gaza, à qui il reproche de ne pas lui avoir communiqué la liste des noms de ses employés, en vertu d'une nouvelle réglementation.
C’est une réorganisation complète de l’offre humanitaire à Gaza orchestrée par Israël. Après l’interdiction de l’agence des Nations unies pour les réfugiés palestiniens, cette fois Tel Aviv interdit 37 ONG internationales.
"Les organisations qui n'ont pas respecté les normes requises en matière de sécurité et de transparence verront leur licence suspendue", a déclaré, dans un communiqué, le ministère israélien de la Diaspora et de la lutte contre l'antisémitisme.
Mercredi, Israël annonçait projeter d’interdire 37 organisations humanitaires qui travaillent à Gaza, à moins qu'elles ne se conforment à des nouvelles directives exigeant de fournir des informations détaillées sur leur personnel palestinien mais les ONG craignent pour la sécurité de leur personnel si elles donnent ces listes.
Parmi les ONG menacées, on trouve Médecins sans frontières. Israël justifie sa menace envers l’ONG française en l’accusant d'avoir employé deux membres des groupes de résistance palestiniens Jihad islamique et Hamas, ce que réfute MSF.
Outre MSF, parmi les 37 ONG visées par cette interdiction figurent le Conseil norvégien des réfugiés, World Vision International, CARE et Oxfam, selon la liste fournie par Gilad Zwick, un porte-parole du ministère israélien de la Diaspora et de la lutte contre l'antisémitisme.
“Scandaleux” dit l’ONU
Jean-François Corty, président de l'ONG Médecins du monde, a qualifié, mercredi, sur franceinfo, cette décision de "dramatique pour les dizaines de milliers de personnes qui sont dans une situation absolument terrifiante". Le responsable rappelle que cette nouvelle liste s'ajoute à celle de 22 organisations déjà mises de côté en Cisjordanie et dans la bande de Gaza.
Le Haut-Commissaire des Nations Unies aux droits de l'homme a jugé mercredi "scandaleuse" la menace d'Israël de suspendre les activités de 37 organisations humanitaires à Gaza à partir de janvier, appelant les États à exiger d'urgence d'Israël un changement de cap.
"La suspension par Israël de nombreuses agences humanitaires présentes à Gaza est scandaleuse", a indiqué Volker Turk dans un communiqué, avertissant que "de telles suspensions arbitraires aggravent encore une situation déjà intolérable pour la population de Gaza".
Israël a déjà commencé à remplacer les ONG internationales par des ONG américaines souvent liées à des groupes religieux et sans le savoir faire et la capacité à faire face à la situation à Gaza, selon plusieurs organisations interdites.
La situation humanitaire à Gaza en jeu
Ces mêmes ONG ont confié à l'AFP que ces nouvelles règles auront un impact majeur sur la distribution de l'aide à Gaza, les organisations humanitaires affirmant que le volume d'aide acheminée dans la région demeure insuffisant. Ces ONG assurent, en effet, une partie de l’aide alimentaire et assurent des soins médicaux.
"Il s'agit du dernier épisode d'une série de restrictions illégales à l'accès humanitaire", a dénoncé Volker Turk, faisant référence à l'interdiction imposée par Israël à l'UNRWA, l'agence onusienne venant en aide aux réfugiés palestiniens, et aux "attaques contre des ONG israéliennes et palestiniennes, dans un contexte de problèmes d'accès plus généraux rencontrés par l'ONU et d'autres acteurs humanitaires".
Le Haut-Commissaire des Nations Unies aux droits de l'homme a précisé vouloir "rappeler aux autorités israéliennes leur obligation, en vertu du droit international, de garantir l'accès aux produits de première nécessité à Gaza".
Il a souligné que cela implique notamment "d'autoriser et de faciliter l'aide humanitaire".