Ces revendications pour de meilleurs salaires et davantage de moyens s'inscrivent dans un contexte budgétaire très dégradé, la France étant le pays le plus endetté de la zone euro, derrière la Grèce et l'Italie.
Les premiers cortèges de fonctionnaires se sont élancés mardi matin un peu partout en France, à l'appel d'une large intersyndicale de la fonction publique, avant la manifestation parisienne où les pompiers seront présents en nombre.
Les deux cortèges parisiens se sont élancés vers 14 h 00. D'abord celui de l'intersyndicale de la fonction publique depuis la place de la République, puis celui des pompiers depuis la place d'Italie. Les deux cortèges doivent fusionner place de la Bastille avant de terminer leur manifestation place de la Nation dans l'après-midi.
Selon les chiffres du ministère de l’Action et des Comptes publics, à la mi-journée, 9,64 % des agents de la fonction publique d'État sont en grève. Le taux de grévistes est de 5,68 % pour la fonction publique territoriale et de 4,5 % pour la fonction publique hospitalière.
Selon le Snes-FSU (le Syndicat national des enseignements de second degré), 38 % des personnels sont grévistes dans les collèges et les lycées. Il s'agit de professeurs, mais aussi de CPE, de psychologues, d'AESH ou encore d'assistants d'éducation.
"On survit"
Dans le cortège des pompiers à Paris, le député François Ruffin, candidat à l'élection présidentielle, observe auprès de BFMTV que "la colère est immense". "C'est la colère du peuple de France", ajoute-t-il.
À Nantes (ouest), les manifestants brandissaient des drapeaux syndicaux et des pancartes marquées "Ras le bol des bas salaires" ou "La France crame, vos pompiers avec".
"Les revenus sont bas, les points d'indice gelés", déplore Florian, qui n'a pas souhaité donner son nom, à Marseille (sud), la deuxième ville du pays.
Dans le cortège de la manifestation parisienne, Sophie Binet appelle le gouvernement à "revoir en profondeur son projet du budget" dans les prochaines 48 heures. Le Premier ministre prévoit de geler le point d’indice des fonctionnaires pour limiter les dépenses de l’État.

"Qui était au front cet été? Les pompiers, les hospitaliers pendant qu'Emmanuel Macron était sur son jet-ski", lance la secrétaire générale de la CGT. "Ce n'est pas possible qu'ils soient remerciés avec une baisse de leurs salaires alors que, depuis dix ans avec le gel du point d'indice, les salaires des fonctionnaires ont déjà baissé de 20%", poursuit-elle.
Ce père de deux enfants, 39 ans, gagne 1 800 euros net par mois pour 40 heures hebdomadaires grâce à des astreintes, et exprime son "ras-le-bol": "On survit. On peut avoir des compétences sur un poste mais il est impossible d'évoluer".
Le "pouvoir d'achat" est l'un des mantras du jour pour les syndicats, qui dénoncent l'érosion du niveau de vie des fonctionnaires, grignoté par l'inflation et l'absence de revalorisation du point d'indice ces dernières années.
Depuis 2017, les agents publics n'ont vu leur point d'indice revalorisé qu'en 2022 (3,5 %) et 2023 (1,5 %), soit une revalorisation totale légèrement supérieure à 5 %. Entre-temps, l'inflation cumulée depuis 2017 aura atteint 24,17 % à la fin 2026.
"Le gel du point d'indice, ça veut dire une baisse de salaire pour des millions d'agents publics qui sont déjà parmi les moins bien payés des pays de l'OCDE", a déclaré la numéro un du syndicat de la CGT Sophie Binet.
De plus en plus de lycées bloqués
Parallèlement aux manifestations de la fonction publique, la journée de mardi est marquée par la poursuite des blocages de lycées, mouvement parti la semaine dernière d'établissements de banlieue parisienne.
Selon le ministère de l'Éducation, 40 lycées sont encore entièrement bloqués à midi, et 44 sont encore en tentative de blocage. Au total, 316 établissements scolaires sont à la mi-journée le théâtre d'actions de lycéens ou de perturbations.
Le gouvernement a dénoncé lundi des "violences urbaines", avec 164 interpellations et 180 établissements concernés, le Premier ministre Sébastien Lecornu déplorant la "surenchère irresponsable" d'élus de LFI qui "appellent à étendre le mouvement".
"LFI, c'est les pompiers pyromanes", a également dénoncé mardi Valérie Pécresse, la présidente LR (droite) de la région Île-de-France, en dénonçant une "instrumentalisation politique".
Le coordinateur de LFI Manuel Bompard a, de son côté, défendu le soutien de son parti à ces blocages. "Je trouve qu'on devrait tous saluer cette mobilisation lycéenne", a-t-il assuré.
"Quand on partage les revendications d'une mobilisation, c'est normal qu'on l'appuie, qu'on la soutienne et qu'on appelle à ce qu’elle s'amplifie", a-t-il estimé.
La dette publique française a pour sa part encore progressé au deuxième trimestre, atteignant 3 595,5 milliards d'euros, soit 119 % du produit intérieur brut (PIB), avant un record attendu en 2027.
Le gouvernement a d'ores et déjà prévenu que la dette atteindrait 121,7 % du PIB en 2027, soit plus du double de la limite européenne fixée à 60 %, du jamais-vu depuis le début de cette statistique en 1978.





















