Taxe sur les petits colis en France: aussitôt votée, aussitôt détournée

La loi sur les petits colis en France est entrée en vigueur le 1er mars dernier. Elle introduit une taxe sur les colis de moins de 150 euros pour freiner les achats en ligne de produits chinois. Les plateformes détournent déjà la loi !

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Les achats sur les plateformes chinoises comme Temu et Shein sous la loupe en Amérique latine / AFP

Il s‘agissait de stopper l’explosion du nombre de petits colis en provenance de Chine qui croît à un rythme important depuis deux années, il s’agissait de mettre un terme à la concurrence pour les petits commerces français des plateformes Shein et Temu. 

Selon un récent rapport de la Cour des comptes, 775 millions d’articles dans de petits colis ont été importés en France en 2024, soit 9,5 fois plus que trois ans plus tôt (82 millions en 2021). 

Les géants chinois du e-commerce doivent depuis le 1er mars payer 2 euros par article d’une valeur inférieure à 150 euros. La mesure a été votée dans le cadre du projet de loi de finances 2026. 

Vingt-cinq jours après l’entrée en vigueur de la loi, les plateformes ont déjà trouvé une parade à cette taxe française en réorganisant leur flux logistiques. Les plateformes chinoises disposent en effet d’entrepôts dans l’Union européenne. Pour contourner la taxe française, les plateformes livrent leurs marchandises dans les aéroports frontaliers du Benelux d’où elles sont acheminées par camion.

Résultat: depuis le 1er mars, les déclarations de petits colis enregistrées à la douane française ont chuté de 90%.  


Coup dur pour la filière logistique en France

L’aéroport de Roissy près de Paris était jusque-là l’un des principaux points d’entrée du e-commerce chinois. On se souvient, d’ailleurs, de la visite des ministres des Comptes publics, Amélie de Montchalin, et du Commerce, Serge Papin dans cet aéroport parisien en novembre 2025 pour dénoncer l’arrivée massive de colis en pleine affaire Shein.

Roissy a enregistré en ce mois de mars 2026 une cinquantaine de vols cargos en moins par semaine, comme l’a indiqué une porte-parole d’Aéroports de Paris (ADP). L’aéroport de Vatry, près de Troyes, dans la Marne, est lui aussi frappé de plein fouet. Spécialisé dans le e-commerce en provenance de Chine, il voit son chiffre d’affaires s’effondrer. 


"Tout cela était prévisible et annoncé", s’est impatienté le président de l’Association des maires de France (AMF) David Lisnard dans un message publié sur X, deux jours avant le premier tour des élections municipales.

 "Dans un marché intégré, une taxe nationale ne supprime pas les flux mais les déplace vers le hub le moins pénalisant. C'est de l'économie élémentaire", a-t-il conclu un brin ironique.

Un appel à une réponse européenne

La députée alsacienne Louise Morel (Démocrates) est, elle, montée à la tribune de l'Assemblée nationale ce 25 mars pour une question au gouvernement. Elle ne remet pas en question le bien fondé de la loi nationale française et salue presque la capacité et la rapidité d’adaptation des plateformes chinoises pour contourner la législation française.

La loi fonctionne, confie-t-elle à TRT Français: “les déclarations en douane à Roissy ont chuté de 92% en mars 2026. Les liaisons cargo entre la Chine et Paris ont baissé de 60% et les entrepôts sont vides. Certains sont passés de 200 000 colis par jour à zéro.” Par conséquent, l’élue alsacienne appelle à une réponse européenne rapide.

“Shein c’est 7 000 nouvelles références par jour, la concurrence est impossible pour nos commerçants. On ne peut pas revenir en arrière. Il faut une harmonisation européenne, une taxe européenne. “
Louise Morel estime que les pays membres doivent suivre l’exemple français pour éviter une “fuite” stratégique vers les pays voisins afin de servir les clients français malgré tout.
L’Italie discute actuellement une telle mesure. Une telle taxe a été votée au niveau européen, soit deux euros par objet, elle doit être appliquée dès novembre 2026.
Mais l’élue alsacienne craint que certains ne jouent pas le jeu et créent ainsi une concurrence déloyale en traînant les pieds pour traduire cette mesure dans leur droit national.
“L’Union européenne a un rôle à jouer, c’est la bonne échelle pour agir. On espère que la Pologne jouera le jeu”, glisse-t-elle.

Shein a en effet annoncé la construction d’un immense centre logistique près de Wroclaw dans le sud-ouest du pays. Ce centre ultra automatisé se déploiera sur une surface équivalente à 104 terrains de football. Varsovie pourrait donc être tenté de retarder l’application de la taxe sur les colis, d’autant que Shein a promis de créer 5 000 emplois dans le pays.

L’Europe a prévu une autre mesure de protection pour décourager les plateformes chinoises. À partir du 1er juillet 2026, un droit de douane entrera en vigueur. Il s’ajoutera à cette taxe franco-française. Trois euros seront prélevés par article, au titre de droits de douane, dont ces envois de faible valeur étaient exonérés jusqu’à présent. Cette redevance sera due par colis et non par commande et le surcoût pourrait donc vite grimper.

L’idée étant de rétablir une forme d’"équité" avec les commerçants européens.