AFRIQUE
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Sahel: cap sur l’appropriation des richesses minières
Les pays du Sahel ont décidé de s’approprier les richesses de leur sous-sol, au grand dam des multinationales occidentales. L’exemple fait déjà tache d’huile en Afrique Australe.
Sahel: cap sur l’appropriation des richesses minières
Des employés de Barrick mining sur le site du complexe Loulo-Gounkoto, l'un des plus grands producteurs d'or au monde./ Instagram Barrick mining. / others
25 novembre 2025

Le Mali et la multinationale aurifère canadienne Barrick mining ont annoncé lundi, la fin de leur différend de plusieurs mois au sujet du complexe de Loulo-Gounkoto, l'un des plus importants gisements aurifères au monde

Le Mali avait placé l’exploitation d’or sous administration provisoire, confisqué une partie de la production d’or et interpellé plusieurs cadres de cette multinationale.

Avec l'avènement du nouveau code minier, Bamako réclamait rétrospectivement des centaines de millions de dollars d'arriérés d'impôts à Barrick mining qui s'était montré réticent à adhérer à cette initiative.

En RelationTRT Français - L'économie africaine dépend toujours des matières premières, le Sahel veut changer la donne

Un bras de fer qui illustre la nouvelle tendance des pays de l’AES (Alliance des Etats du Sahel) à s'approprier les ressources naturelles de leur sous-sol.

Que ce soit au Mali, au Niger et au Burkina Faso, les dirigeants ont amorcé la reprise de la gestion des entités minières. 

“Il y a une volonté d'affirmation de la souveraineté des pays de l'AES sur leurs ressources minières.”

Seidik Abba, essayiste et président du Centre international de réflexions et d'études sur le Sahel

“Il y a une volonté d'affirmation de la souveraineté des pays de l'AES sur leurs ressources minières. Nous remarquons une révision du rapport de force entre les États et les compagnies multinationales ce qui est nouveau”, affirme, dans une déclaration à TRT Français, Seidik Abba, essayiste prolifique et président du Centre international de réflexions et d'études sur le Sahel (Cires, think tank basé à Paris).

“Le pouvoir (du Niger, NDLR) est allé jusqu'à la nationalisation de l'uranium parce qu'il estime que les contrats qui ont été conclus par les précédents régimes et n'étaient pas de contrats favorables aux intérêts du Niger”, poursuit-il. 

Pays riches, populations pauvres

Le Niger dispose d’un sous-sol généreux avec d'importantes réserves d'uranium dans le massif de l'Aïr, de phosphates, d'or dans le Liptako nigérien, du charbon à Anou-Araren et d'étain à El Mecki. Il occupe une place significative sur la scène mondiale en tant que quatrième plus grand producteur d'uranium, avec environ 7 % de part de marché, et détient la sixième plus grande réserve de ce minerai selon des chercheurs de l'école de politique appliquée de l'université de Sherbrooke au Québec.

L’or est la principale richesse minière du Mali, à côté de l’uranium, du fer et de la bauxite notament. 

Le Burkina Faso n’est pas en reste. D'après l’IFRIS (Institut français des relations internationales et stratégiques), le secteur minier du Burkina Faso concourt aujourd’hui à près de 20 % des recettes de l’État. Quatrième producteur d’or du continent, le pays dispose en outre d’un potentiel gisement de manganèse de niveau mondial ainsi que de ressources en nickel, phosphate, fer, graphite, plomb, pyrite et antimoine.

En dépit de ces richesses, les populations des pays de l’AES continuent de vivre dans la pauvreté. Pour les nouvelles autorités à la tête des pays de l’AES, il faut “changer de paradigme”, afin que les populations jouissent effectivement de leur richesse.

S’approprier le sous-sol

C’est dans cette logique que se situe la renégociation des contrats miniers, la révision des codes miniers et souvent la reprise de la gestion des sociétés minières. “L'implication des entreprises nationales dans la sous-traitance est prévue (dans les nouveaux codes miniers, NDLR), précise Seidik Abba. C'était l’apanage des entreprises occidentales. Enfin, il y a aussi la volonté de procéder à une première transformation de l'or avant son exportation. Le Niger, le Mali et le Burkina sont dans cette logique”.

Pour le cas du Mali, le nouveau code minier fixe  à 30% la part maximale de l’État dans les mines, introduit une participation de 5 % pour les investisseurs locaux et oblige les entreprises minières à verser leurs bénéfices sur des comptes bancaires au Mali.

Au Niger, les autorités ont décidé de nationaliser en juin dernier la Somaïr qui exploite les gisements d'uranium dans la région d’Arlit. Orano, la société française (ex-Areva) est actionnaire à 63,40% et l'Etat du Niger à 36,60%. Orano a lancé plusieurs procédures d’arbitrage international. Les autorités nigériennes reprochent à l'opérateur français Orano le non-respect des clauses contractuelles dans le partage de la production de l'uranium.

L’Afrique australe impactée

L’exemple des pays de l’AES semble faire tache d’huile en Afrique australe. Le Botswana a annoncé, vendredi 10 octobre, une nouvelle règle obligeant les compagnies minières à céder 24 % des parts de leurs permis à des investisseurs locaux, rapporte l’agence Ecofin.

Pour sa part, la Zambie, deuxième producteur africain de cuivre, a élaboré de nouvelles règles pour encadrer la sous-traitance. Le texte prévoit que 40 % des achats des sociétés minières soient réservés à des entreprises zambiennes.

Premier producteur de lithium d’Afrique et riche en métaux du groupe du platine, le Zimbabwe prévoit d’imposer une participation gratuite de 26 % à l’État dans tous les nouveaux projets miniers.

En visite à Libreville lundi, le président français Emmanuel Macron ne croyait pas si bien dire lorsqu'il a déclaré : “L'Afrique ne peut plus être un continent de simple extraction de ressources”.

Lire aussi: Uranium: le groupe Français Orano engage "un arbitrage international" contre le Niger



SOURCE:TRT Francais
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