Agriculture: Lecornu promet un projet de "loi d'urgence" pour mars, les tracteurs lèvent le camp
Le Premier ministre Sébastien Lecornu a promis aux agriculteurs qu'il présenterait en mars un projet de "loi d'urgence" sur la politique de l'eau, la "prédation" du loup et les "moyens de production", qui sera examiné par le Parlement "avant l'été".
Ce texte était réclamé depuis plusieurs semaines par la FNSEA, premier syndicat agricole, qui manifestait mardi à Paris avec ses tracteurs et ses alliés des Jeunes agriculteurs (JA), tout comme les autres mesures déroulées par le Premier ministre sur X.
"J'ai demandé à la ministre Annie Genevard de préparer pour le Salon de l'agriculture une loi d'urgence agricole autour de plusieurs priorités: eau, prédation, moyens de production", a indiqué le Premier ministre.
Le projet devra "associer en amont toutes les forces politiques parlementaires" et "d'autres simplifications peuvent être prises dans les prochaines semaines", a-t-il ajouté.
La période précédant le Salon de l'agriculture, qui se tiendra du 21 février au 1er mars, a été propice aux annonces politiques en faveur des agriculteurs au cours des trois derniers hivers de contestation agricole.
En attendant le texte de loi, le Premier ministre a ajouté qu'un "cap clair" sur la politique de l'eau serait par ailleurs "fixé d'ici le salon". Cette question concentrait les demandes de la FNSEA, qui réclame depuis des années des "moyens pour produire" (eau, pesticides, etc.).
Sébastien Lecornu a aussi demandé, d'ici la présentation du projet de loi, un "moratoire sur toutes les décisions relatives" à cette question de l'eau et la suspension des "textes fixant les volumes d'eau prélevables jusqu'à septembre".
"Je demande aux préfets de me remonter directement les projets hydrauliques agricoles bloqués sur les territoires: je veux en libérer un maximum", a-t-il ajouté.
La question des retenues d'eau destinées à l'irrigation, et surtout des bassines, a fait l'objet de tensions ces derniers mois.
Sébastien Lecornu se dit aussi "prêt à demander à la Commission européenne de faire évoluer le cadre existant" de la directive nitrates, qui encadre notamment les plans d'épandages d'engrais par les agriculteurs sur leurs champs, un texte en "totale déconnexion du terrain", selon la FNSEA.
"En attendant, avant le salon de l'agriculture, les préfets concernés et leurs services seront réunis" pour étudier "les possibilités de dérogation" à cette directive européenne, a-t-il précisé, demandant du "discernement" lors des contrôles par l'Etat d'exploitations agricoles.
Cela s'ajoute à un paquet de "300 millions d'euros" annoncé vendredi et qui contient des mesures prévues à la fois dans le budget, et donc soumises au vote des parlementaires, et d'autres déjà égrainées ces dernières semaines par le gouvernement pour répondre à la crise agricole.
Les tracteurs quittent l'Assemblée
Après une bonne partie de la nuit passée devant l'Assemblée nationale à Paris, tous les tracteurs du principal syndicat agricole français se sont retirés progressivement de la capitale française mercredi avant le lever du jour.
"Une délégation a été reçue vers minuit par la ministre de l'Agriculture Annie Genevard qui nous a donné des précisions et des engagements sur les prêts de trésorerie et de restructuration pour les agriculteurs les plus endettés", a confié le vice-président de la FNSEA Luc Smessaert, avant de repartir.
Les premiers tracteurs ont commencé à quitter la capitale vers 03H00 GMT, a-t-il précisé. "À 06H20 (05h20 GMT), l'ensemble des engins agricoles avaient quitté Paris", selon la préfecture de police.
Obtenir des avancées sur le sujet de la trésorerie avait été mentionné mardi soir par Damien Greffin, un autre vice-président de la FNSEA, au moment de justifier la poursuite de la mobilisation "pour la nuit" devant l'Assemblée nationale.
Par ailleurs, à Toulouse (sud-ouest), une quinzaine de tracteurs ont pris position mardi soir près de la préfecture, avant de quitter les lieux, sous la pression de la police, puis d'établir un barrage filtrant devant l'aéroport de Toulouse-Blagnac mercredi matin.
Entrés à l'aube dans Paris mardi, les tracteurs avaient descendu les Champs-Elysées avant de s'établir devant l'Assemblée nationale, avec duvets et matelas.
Plus de 350 tracteurs selon les autorités, 500 selon les manifestants, ont ensuite stationné aux abords de l'Assemblée nationale, et les agriculteurs présents ont aussi déversé plusieurs tonnes de pommes de terre sur le pont de la Concorde, en cadeau aux Parisiens.
Depuis début décembre, les manifestations d'agriculteurs se multiplient et les annonces du gouvernement vendredi après des défilés de tracteurs de la Coordination rurale puis de la Confédération paysanne dans la capitale n'ont pas suffi à calmer la colère.