France: l’extrême-droite met le paquet pour les municipales
Le Rassemblement national a le vent en poupe et il compte bien déployer un maillage local d’élus qui lui fait toujours défaut. Le parti a présenté 405 listes pour ces municipales.
Jordan Bardella, président du Rassemblement national, espère gagner “le plus possible” de villes lors du scrutin des municipales ; la déclaration date de janvier 2026 lors d’une interview télévisée sur CNews au sujet des élections de mars. Fort d’un dynamisme certain au niveau national, le parti à la flamme espère traduire cette dynamique en implantations locales, ce qui lui fait défaut aujourd’hui.
Jordan Bardella explique qu’il est confiant dans sa capacité à relever le défi. Il en veut pour preuve qu’en 2020, “quasiment tous nos maires ont été réélus dès le premier tour”, a-t-il rappelé. Le RN avait en effet conservé haut la main ses fiefs d’Hénin-Beaumont (Pas-de-Calais), Beaucaire (Gard) ou encore Fréjus (Var), et remporté Perpignan. En revanche, il avait aussi perdu la moitié de ses conseillers municipaux.
Au soir du 26 février (date butoir pour le dépôt des listes), le RN a présenté un nombre record de listes, mais sa stratégie de conquête du RN présente une distribution disparate sur le territoire français.
Huit départements ne comptent aucun candidat RN. Le parti ne présente qu’une ou deux listes dans 35 départements. Il est, en outre, quasi absent de Bretagne et des Pays de la Loire.
Et ce, avec parfois des incohérences, comme en Dordogne, où trois députés sur quatre sont lepénistes, seules deux listes sont déposées, et aucune à Périgueux, le chef-lieu. Dans certains départements où le RN a explosé lors des dernières élections législatives et présidentielles, il n’y a aucune liste municipale !
Les raisons sont diverses. Certains candidats ont dû être écartés car ils ont publié ou fait des déclarations racistes. Parfois, les militants locaux rechignent à s’afficher publiquement avec l’étiquette RN. D’autres, blâment les députés lepénistes qui n’auraient pas fait le travail de terrain nécessaire.
Il faut aussi ajouter que le RN participe également à des listes de droite. Dans certains départements, les Républicains ont choisi de s’allier à l’extrême droite.
À deux semaines du premier tour, le parti d’extrême droite peut compter aussi sur Reconquête, et les élus ciottistes pour les soutenir dans leur stratégie de conquête.
Les zones de force du frontisme – Hauts-de-France, Grand-Est, Provence-Alpes-Côte d’Azur vont donc être le théâtre de plusieurs batailles puisque le parti de Bardella espère décrocher Marseille, la deuxième ville du pays ou encore, à nouveau, Toulon.
Le RN peut-il gagner à Marseille ?
Les sondages récents donnent le maire sortant Benoît Payant, liste de gauche, “le printemps Marseillais” au coude à coude avec Franck Allisio, le candidat du RN (élu député à Marignane et ex militant des LR).
Selon un sondage publié ce dimanche 1er mars par l’Ifop pour la Provence, LCI et Sud Radio, le maire PS sortant Benoît Payan (PS) et le candidat du RN Franck Allisio, sont respectivement crédités de 35 et 32 % des intentions de vote au premier tour. La candidate LR Martine Vassal plafonne, elle, à 18 %. La question qui se pose désormais est: lequel des candidats en tête à une réserve de voix pour le second tour ?
Un élément rend cette année la prise de Marseille plus facile qu’avant, le changement de scrutin municipal pour les grandes villes comme Marseille ou Lyon pourrait avantager le parti d’extrême-droite. Avant, il fallait gagner plusieurs secteurs ou arrondissements pour espérer remporter le siège de maire, désormais l'élection du maire est directe ce qui rend la bataille plus facile.
Au premier tour des législatives, le Rassemblement national avec Reconquête ont engrangé plus de 34,7% des voix, le plus fort score de l’extrême-droite à Marseille.
Martine Vassal, la candidate de la droite républicaine, semble déstabilisée par la poussée du RN. Elle multiplie, depuis, les sorties très droitières: lors d’un débat télévisé, elle a assuré que son credo de vie est “Travail, Famille, Patrie”, le credo du régime pétainiste qui a conduit la France à une collaboration sans vergogne avec le régime nazi pendant l’occupation de la seconde guerre mondiale.
Rien n’y fait face à un candidat du RN qui joue sur du velours à Marseille, en déroulant un discours centré sur l’immigration et la violence. Il promet par exemple une hausse des moyens de la police municipale et une multiplication des caméras de surveillance pour lutter contre l’insécurité. Il a même proposé de déclarer l’état d’urgence dans la cité phocéenne pour combattre le narcotrafic, bien qu’un maire ne dispose pas d’un tel pouvoir.
Les élections municipales de mars sont stratégiques car le RN veut pérenniser sa position de premier parti d'opposition en France. L’ancrage local est important pour arriver en forme pour les présidentielles. En outre, ces élus locaux votent aux sénatoriales qui auront lieu en septembre 2026 et lors desquelles un tiers des sénateurs sera renouvelé.