Iran: un porte-avions américain arrive dans le Golfe, Téhéran met en garde contre toute intervention

Les tensions entre l’Iran et les États-Unis se sont accentuées avec l’arrivée d’un porte-avions américain dans le Golfe, alors que Téhéran fait face à un vaste mouvement de contestation intérieure.

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Le porte-avions USS Abraham Lincoln et un bombardier B-52H Stratofortress de l’US Air Force, en mer d’Arabie, le 1er juin 2019 / AP

Le porte-avions Abraham Lincoln et son escorte sont arrivés au Moyen-Orient, "pour promouvoir la sécurité et la stabilité régionales", a annoncé, lundi, le Commandement militaire américain pour le Moyen-Orient (Centcom).

"Nous avons une grande armada près de l'Iran. Plus grande qu'au Venezuela", a déclaré le président américain Donald Trump au site Axios, dans une allusion à la capture du chef d'Etat vénézuélien Nicolas Maduro début janvier.

Donald Trump avait annoncé, dès la semaine dernière, l'envoi dans le Golfe d'une telle "armada", maintenant la pression sur Téhéran qu'il a plusieurs fois menacé de frapper.

Mais l'Iran "ne permettra pas qu'une menace à la sécurité nationale (...), même à ses prémices, atteigne le stade de l'action", a martelé, lundi, un haut responsable militaire iranien cité par la télévision d'Etat.

"L'arrivée d'un tel navire de guerre ne va pas affecter la détermination de l'Iran" face à la contestation, a réagi le porte-parole du ministère des Affaires étrangères, Esmaïl Baghaï.

Plutôt qu'agir comme "un moyen de dissuasion", la "concentration et l'accumulation de forces" étrangères "accroîtraient plutôt leur vulnérabilité et en feraient des cibles faciles d’accès", a-t-il averti.

"Qui sème le vent"

Symbole des tensions, les autorités iraniennes ont déployé dans le centre de Téhéran un immense panneau anti-américain montrant un porte-avions ciblé par des frappes aériennes. 

"Qui sème le vent récolte la tempête", affirme le slogan traduit en anglais.

"La puissance navale de l'Iran n'est pas seulement défensive", a, aussi, mis en garde le commandant de la marine iranienne, Shahram Irani, cité par l'agence de presse officielle Irna. 

Au Liban, le Hezbollah a organisé, lundi, un rassemblement en soutien à Téhéran, son dirigeant, Naïm Qassem, estimant qu'"une guerre contre l'Iran embraserait la région". 

De leur côté, les Emirats arabes unis, qui accueillent une base aérienne américaine dans le voisinage de l'Iran, ont déclaré qu'ils n'autoriseraient pas l'usage de leur territoire pour des attaques contre Téhéran.

Nouveau bilan

Sorti affaibli de la guerre de juin 2025 avec Israël et les Etats-Unis, le pouvoir iranien a tenté de réprimer les récentes manifestations.

Initié fin décembre par des commerçants contre le marasme économique, le mouvement avait pris le 8 janvier une vaste ampleur, posant à Téhéran son plus grand défi depuis sa création en 1979. 

Après le blocage ce jour-là de l'accès à internet, le pays reste aujourd'hui largement coupé du monde, a souligné, lundi, l'ONG de surveillance de la cybersécurité Netblocks, pour qui la mesure vise à "masquer l'ampleur de la répression meurtrière contre les civils".

Hossein Rafieian, responsable des services de la présidence pour l'économie numérique, a dit, lundi, espérer un rétablissement de l'accès à internet pour les entreprises dans les deux prochains jours, précisant toutefois que la décision ne relevait pas de son "autorité directe". 

Le guide suprême, Ali Khamenei, est apparu pour la dernière fois en public le 17 janvier, avertissant que les autorités "briseraient le dos des séditieux".

Selon Human Rights Activists News Agency (HRANA), 5.848 personnes ont été tuées pendant le mouvement de contestation, dont 5.520 manifestants, 77 mineurs, 209 membres des forces de sécurité et 42 passants.

L'organisation examine 17.091 autres possibles décès, les défenseurs des droits humains mettant en garde contre un bilan qui pourrait être bien plus élevé que celui déjà confirmé.

HRANA a aussi fait état d'au moins 41.283 arrestations. 

Le ministère iranien de la Santé a exhorté, lundi également, les personnes blessées lors des manifestations à se rendre à l'hôpital, alors que, selon les ONG, les forces de sécurité y ont procédé à des arrestations.  

Dans le même temps, la télévision d'Etat a diffusé ces dernières semaines au moins 240 "aveux" de contestataires, d'après HRANA, une pratique dénoncée notamment par Amnesty International et les Nations unies. 

La semaine dernière, les autorités iraniennes ont donné leur premier bilan total, de 3.117 morts, dont 2.427 sont selon elles des membres des forces de sécurité ou des passants.