L'économie française semble marquer le pas en ce début d'année 2026. Le produit intérieur brut (PIB) de la France est resté stable au premier trimestre, a annoncé jeudi l'Insee dans une première estimation, une mauvaise surprise sans lien avec la guerre au Moyen-Orient, tandis que celle-ci a en revanche de premiers effets notables sur l'inflation.
La croissance française stable au premier trimestre s'explique par une demande intérieure "atone" et une contribution du commerce extérieur "fortement négative", et la situation de la France contraste avec celle de certains voisins européens, qui eux ont progressé voire battu les attentes, l'Allemagne (+0,3 %), l'Espagne (+0,6 %) et l'Italie (+0,2 %).
En zone euro, la croissance économique est, elle, tombée à 0,1 %, contre 0,2 % attendue.
La croissance française déjoue les prévisions des grands instituts : la Banque de France pensait encore il y a une quinzaine de jours qu'elle avait atteint "jusqu'à 0,3 %" tandis que fin mars, l'Insee avait abaissé sa prévision initiale de 0,3 % à 0,2 %.
Finalement, le PIB "marque le pas", remarque l'Institut national de la statistique (Insee) jeudi, après avoir augmenté de 0,2 % au quatrième trimestre 2025 et de 0,9 % en 2025.
La différence entre les prévisions et le résultat tient beaucoup à un repli de la construction (-1,5 %) qui n'avait pas été anticipé, affectant particulièrement les travaux publics. Cela peut être "lié au cycle électoral", remarquait jeudi auprès de la presse Marie Leclair, cheffe du département des comptes nationaux à l'Insee, car on entame peu de travaux les années d'élection.
"Gros point noir"
Au total, la contribution de la demande intérieure (hors stocks) à la croissance du PIB est nulle ce trimestre, celle du commerce extérieur "fortement négative". Ce sont les reconstitutions de stocks, particulièrement dans l'aéronautique, qui empêchent le PIB de baisser.
"On a toujours des faiblesses persistantes dans la consommation en biens des ménages, ça s'installe dans la durée", observe auprès de l'AFP Maxime Darmet, économiste d'Allianz Trade. Mais la construction reste "le gros point noir du rapport", selon lui.
Avec un tel trimestre, la prévision de croissance du gouvernement pour l'année 2026, de 0,9 % et déjà révisée à la baisse de 0,1 point ce mois-ci pour tenir compte de la guerre, semble menacée.

Pour l'atteindre, il faudrait désormais une croissance d'environ 0,3 % à chacun des prochains trimestres, alors même que les effets de la guerre n'ont pas encore commencé à se faire sentir.
Stéphane Colliac, de BNP Paribas, essaie d'être optimiste, relevant que la stabilité du PIB en début d'année peut venir, outre du recul de la construction, "d'éléments exceptionnels", comme l'adoption tardive du budget en février au lieu de décembre, les livraisons d'Airbus plus basses que fin 2025 ou la fin du précédent programme de leasing social pour l'acquisition de véhicules électriques par les ménages modestes.
Si l'Insee révisait à la hausse la croissance du premier trimestre au moment de la publication des résultats détaillés en mai, et qu'on assistait à une correction des effets exceptionnels au deuxième trimestre, "ça pourrait toujours finir à +0,9 %" sur l'année, avance-t-il.
Blocage d'Ormuz
Mais le début du deuxième trimestre semble déjà bien affecté par la guerre.
Selon l'Insee, le climat des affaires s'est "assombri nettement" en avril, retrouvant son niveau de juillet 2024, juste après la dissolution de l'Assemblée nationale, et la confiance des ménages s'est "dégradée fortement", connaissant sa plus forte baisse depuis mars 2022 et le début de la guerre en Ukraine.
"Le blocage du détroit d’Ormuz pourrait amputer la croissance annuelle de 0,3 point, soit une hausse du PIB de 0,6 % sur l'année", estimait jeudi Sylvain Bersinger, fondateur du cabinet Bersingéco.
Surtout, l'inflation a commencé à décoller, dans la foulée de la hausse des prix du pétrole. Le baril de Brent est passé de 60 dollars fin 2025 à plus de 126 dollars jeudi matin.
Les prix à la consommation, a révélé l'Insee dans la matinée, ont augmenté de 2,2 % sur douze mois en avril, après 1,7 % en mars, contre 0,9 % en février avant la guerre. Là encore, une mauvaise surprise, car les analystes anticipaient une hausse limitée à 2 %.
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