Perquisition des locaux de X à Paris: un timing qui interroge, sur fond de l’affaire Epstein
Le timing de la perquisition des locaux parisiens de X a suscité de vives réactions, alors que de nombreuses personnalités françaises issues des mondes politique et culturel sont mises en cause par les nouvelles divulgations liées à Epstein.
Les locaux parisiens du réseau social X ont fait l’objet, mardi, d’une perquisition menée par des agents d’Europol et de l’unité cyber de la Gendarmerie nationale.
Cette opération s’inscrit dans le cadre d’une enquête judiciaire ouverte en janvier 2025 par le parquet de Paris sur le fonctionnement de la plateforme détenue par Elon Musk.
Selon des sources judiciaires, cette enquête fait suite à plusieurs signalements, notamment du député Renaissance Éric Bothorel, mettant en cause le rôle des algorithmes de X dans la diffusion de certains contenus.
L’instruction a ensuite été élargie à d’autres signalements portant sur le fonctionnement de l’outil d’intelligence artificielle Grok, intégré à la plateforme, accusé d’avoir contribué à la diffusion de contenus “négationnistes” ainsi que de “deepfakes à caractère sexuel”.
Dans le cadre de cette procédure, Elon Musk, propriétaire de X, et Linda Yaccarino, ancienne directrice générale de l’entreprise, doivent être entendus en audition libre le 20 avril prochain.
“Attaque politique”
Elon Musk a dénoncé une “attaque politique” venant de la France, tandis que la plateforme X a publié un communiqué contestant vivement la perquisition, qualifiant l’enquête d’”acte judiciaire abusif” et affirmant “réfuter catégoriquement avoir commis la moindre infraction”.
L’entreprise estime que la procédure repose sur des “motivations politiques” et dénonce des accusations liées à une supposée manipulation des algorithmes et à des extractions frauduleuses de données.
Elle considère également que l’enquête porterait atteinte à la liberté d’expression et constituerait un détournement de procédure.
Le parquet de Paris précise de son côté que l’enquête vise plusieurs qualifications pénales, parmi lesquelles la “complicité de détention et de diffusion d’images de mineurs à caractère pédopornographique”, l’”atteinte à la représentation de la personne”, la “contestation de crimes contre l’humanité (négationnisme)” ainsi que l’”administration d’une plateforme en ligne illicite en bande organisée”.
La justice française affirme que cette procédure a pour objectif de “garantir la conformité de la plateforme X aux lois françaises”, dans la mesure où celle-ci opère sur le territoire national.
Pavel Durov, directeur général de Telegram, qui avait été inquiété par la justice française et mis en garde à vue à Paris en août 2024, a de son côté apporté son soutien à Elon Musk.
"La police française perquisitionne actuellement les bureaux de X à Paris", a-t-il écrit sur X, avant d'affirmer que "la France est le seul pays au monde à poursuivre pénalement tous les réseaux sociaux qui offrent aux citoyens un certain degré de liberté (Telegram, X, TikTok…) Ne vous y trompez pas : ce n'est pas un pays libre".
Epstein et inversion accusatoire
Elon Musk a par ailleurs relayé un message affirmant que la France devrait plutôt “se concentrer” sur ses affaires d’agressions sexuelles, en partageant un article du Daily Mail intitulé: “Dix hommes accusés d’avoir “violé” un garçon de cinq ans drogué lors d’une fête de chemsex en France”.
Les déclarations d’Elon Musk ont suscité une réaction du ministère français des Affaires étrangères.
Sur le compte officiel “French Response”, le Quai d’Orsay a contesté mercredi ces accusations, affirmant que “l’enquête sur des contenus pédopornographiques n’est pas controversée” et que “transformer une procédure judiciaire en spectacle politique relève de la manipulation”.
Dans ce message, le ministère ajoute: “Cette logique passe peut-être sur certaines îles, mais pas en France”, ce qui serait une allusion à une supposée visite d’Elon Musk à la résidence privée de Jeffrey Epstein sur son île, une accusation qu’il réfute.
Le Quai d’Orsay rappelle en outre que les autorités judiciaires françaises agissent de manière indépendante et dans le cadre de l’application de la loi.
Cette passe d’armes entre les autorités françaises et Elon Musk, autour d’accusations d’agressions sexuelles, a suscité de nombreuses réactions de la part des utilisateurs français de X.
Le timing de la perquisition, conjugué aux prises de position répétées d’Elon Musk sur les agressions sexuelles, en pleine affaire de la divulgation des dossiers Epstein, a été interprété comme une tentative de contre-feu et de pression, alors que de nombreuses personnalités françaises issues des mondes politique, artistique et culturel sont mises en cause par les nouveaux documents relatifs au dossier Epstein et largement relayés sur la plateforme X.