Depuis des mois, de hauts responsables de l'administration du président américain Donald Trump sont divisés sur la guerre contre l'Iran. Le vice-président JD Vance aurait critiqué en privé le Premier ministre israélien Benjamin Netanyahu et l'aurait averti que le conflit pourrait faire perdre aux républicains le contrôle du Congrès, selon des médias américains.
Vance aurait accusé Netanyahu en privé d'"avoir tort sur toute la ligne" concernant l'Iran et aurait exhorté à plusieurs reprises Trump à négocier la fin du conflit, a rapporté Axios jeudi, citant des sources proches du dossier.
Le vice-président aurait également averti que la guerre était profondément impopulaire auprès des électeurs américains et pourrait entraîner des défaites républicaines lors des élections de mi-mandat de mardi, selon le même article.
Le Wall Street Journal a par ailleurs rapporté que les tensions au sein de l'administration s'étaient exacerbées quant à la poursuite des opérations militaires contre l'Iran. Le secrétaire à la Défense, Pete Hegseth, préconisait la poursuite de la campagne, tandis que JD Vance, le secrétaire d'État Marco Rubio et d'autres hauts responsables privilégiaient les négociations diplomatiques.
Ces désaccords se sont accentués après la victoire des démocrates aux élections de mardi, qui leur a permis de prendre le contrôle des deux chambres du Congrès. Vance a alors publiquement imputé la défaite du Parti républicain à la guerre.
La Maison Blanche a envisagé de garder le silence sur les frappes militaires
Selon le Wall Street Journal, de hauts responsables de l'administration se sont réunis dans la salle de crise de la Maison Blanche en septembre pour discuter des conséquences politiques de la guerre contre l'Iran.
Au cours de cette réunion, à laquelle participaient Vance, Rubio et d'autres responsables, les participants ont exprimé leur crainte que la reconnaissance publique de la poursuite des frappes militaires américaines ne nuise aux candidats républicains dans les scrutins serrés.
Les responsables ont ensuite informé Trump de ces discussions, et le président a convenu que la médiatisation des opérations nuirait aux perspectives électorales du parti, a rapporté le journal.
Selon le Wall Street Journal, les forces américaines ont par la suite mené des frappes défensives limitées contre des lanceurs de missiles iraniens et d'autres équipements militaires, sans toutefois les mettre publiquement en avant.
Le journal rapporte également que certains conseillers de la Maison Blanche ont reproché à Hegseth d'avoir persuadé Trump que le conflit serait un engagement militaire relativement bref.
Malgré les critiques internes, Trump a publiquement défendu le secrétaire à la Défense et indiqué qu'il n'avait pas l'intention de le limoger.
Netanyahu aurait fait pression sur Trump pour de nouvelles frappes
Axios rapporte que Netanyahu aurait exhorté Trump à reprendre les frappes militaires contre l'Iran avant les élections de mi-mandat, malgré les avertissements de hauts responsables américains quant aux conséquences politiques.
Trump a envisagé de nouvelles frappes, mais a finalement décidé d'attendre l'issue des élections, selon le rapport.
Axios indique que la plupart des hauts responsables proches de Trump partageaient la préférence de Vance pour un accord avec Téhéran, bien que le président restât enclin à une reprise de l'action militaire.
Le rapport précise également que Trump a soutenu Netanyahu lors des récentes élections israéliennes, malgré les avis contraires de hauts responsables de son administration.
Le Pentagone, de son côté, poursuit ses préparatifs en vue d'une possible reprise des opérations militaires majeures contre l'Iran, notamment par le déploiement de moyens militaires supplémentaires au Moyen-Orient.
Le Wall Street Journal a rapporté qu'un autre groupe aéronaval et une unité expéditionnaire de Marines se dirigeaient vers la région, ce qui pourrait entraîner le déploiement de milliers de soldats américains supplémentaires.
Vance impute la défaite électorale à la guerre et à la politique envers Israël
Les désaccords internes ont éclaté au grand jour mercredi lorsque Vance a directement lié les pertes électorales des républicains à la politique iranienne de l'administration.
"La raison de notre défaite, c'est la guerre", a écrit Vance sur les réseaux sociaux.
Selon le Washington Post, Vance a déclaré que les électeurs républicains qui avaient soutenu Trump en 2024 s'étaient détournés du parti à cause de la guerre, de la hausse du coût de la vie et de leur mécontentement face à la politique étrangère de l'administration.
Vance a identifié quatre préoccupations majeures chez les électeurs républicains désabusés : la fin de la guerre en Iran, la lutte contre l'inflation et le coût de la vie, le rétablissement des priorités "L'Amérique d'abord" de l'administration et une évolution des relations entre Washington et Israël.
"Nos électeurs se sont mobilisés", a écrit Vance, soulignant que nombre d'entre eux avaient néanmoins voté pour des candidats démocrates.
Le Washington Post a décrit les propos de Vance comme une rupture significative avec la réaction initiale de Trump à l'élection, au cours de laquelle le président et ses conseillers avaient cherché à imputer la responsabilité de la défaite aux candidats républicains.
Trump a par la suite reconnu que le conflit avait contribué aux pertes électorales, notamment en faisant grimper le prix de l'essence.
"Je pense que c'est en grande partie vrai, car cela a entraîné une légère hausse du prix de l'essence à court terme", a déclaré Trump aux journalistes mercredi, interrogé sur l'analyse de Vance.
Il a toutefois défendu sa décision de lancer la campagne militaire, faisant valoir qu'empêcher l'Iran d'acquérir l'arme nucléaire restait essentiel.
Trump a également indiqué qu'il était au courant de la position de Vance sur le conflit et a accueilli favorablement les propos du vice-président.
Trump confronté à des options divergentes concernant l'Iran
La défaite électorale a intensifié les débats au sein de l'administration sur la marche à suivre concernant ce conflit.
Selon Axios, Trump envisage trois options principales : reprendre des frappes militaires d'envergure, négocier un accord avec Téhéran ou maintenir le blocus naval et les sanctions économiques tout en cherchant à obtenir de nouvelles concessions de la part de l'Iran.
D'après le rapport, des médiateurs qatariens travaillent sur un projet d'accord visant à prévenir une reprise des hostilités et, potentiellement, à faciliter des négociations directes entre les États-Unis et l'Iran.
Parallèlement, le directeur de la CIA, John Ratcliffe, le secrétaire au Trésor, Scott Bessent, et d'autres conseillers seraient favorables à l'idée de laisser davantage de temps au blocus actuel et à la campagne de pression économique pour porter leurs fruits.
D'autres responsables ont préconisé de nouvelles frappes militaires suivies de négociations, tandis que certains ont exhorté Trump à mettre fin à la campagne, rapporte le Wall Street Journal.
Le Washington Post a souligné que les critiques formulées publiquement par Vance mettaient également en évidence les défis politiques auxquels est confronté le vice-président, largement perçu comme un candidat républicain potentiel à l'élection présidentielle de 2028.
Ces divisions placent Trump face à des pressions contradictoires — militaires, diplomatiques et de politique intérieure — alors que les démocrates s'apprêtent à prendre le contrôle du Congrès en janvier.
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