Deux ans après des émeutes en Nouvelle-Calédonie liées à un projet de réforme du corps électoral, un non-lieu général a été ordonné à Paris en faveur de militants kanak de ce territoire français du Pacifique, soupçonnés d'avoir incité à la violence.
Les émeutes du printemps 2024 ont fait 14 morts, provoqué plus de deux milliards d'euros de dégâts et conduit le président français Emmanuel Macron à déclencher l'état d'urgence.
Dans la foulée, une vague d'interpellations avait visé la cellule de coordination des actions de terrain (CCAT, collectif citoyen à l'origine de la mobilisation), soupçonnée alors par la justice d'avoir mis au point un plan pour "déstabiliser les unités économiques, les administrations et les services de l'État" sur l'archipel.
Quatorze personnes, dont le leader indépendantiste kanak Christian Tein - aujourd'hui président du Front de libération kanak (FLNKS) - ont été mises en examen dans ce dossier, dépaysé à Paris en janvier 2025.
Les juges d'instruction parisiens ont balayé les accusations d'insurrection.
Les juges d’instruction ont souligné que "quand bien même la revendication tendait-elle à obtenir à terme l'indépendance du territoire, elle n'avait pas pour objet de +mettre en péril les institutions de la République+", ni à prendre le territoire "en attaquant l'État français par les armes", selon des éléments dont l'AFP a eu connaissance vendredi.

Alors que, parmi les chefs de poursuites, figuraient la complicité de tentative de meurtre d'une personne dépositaire de l'autorité publique, le vol en bande organisée avec arme ou la participation à une association de malfaiteurs, les juges d'instruction ont estimé qu'il n'existait pas de "charges suffisantes" contre les 14 mis en examen, jugeant qu'il n'y avait lieu à poursuivre quiconque.
"La défense de Christian Tein salue le travail considérable des magistrats instructeurs parisiens qui viennent de lui rendre justice", ont commenté auprès de l'AFP ses avocats, Mes Florian Medico, Pierre Ortet et François Roux.
"Après un transfèrement de 17.000 km dans des conditions indignes, une détention provisoire de près d'un an loin des siens, des attaques politiques et des accusations mensongères (...) Christian Tein est totalement mis hors de cause, comme les autres", saluent-ils. "C'est évidemment une très grande satisfaction, mais aussi le constat sidérant d'une action initiale qui a eu pour but de museler un homme politique", ajoutent-ils.
Les prévenus avaient été arrêtés et envoyés en métropole pour y être incarcérés, rendant impossible toute visite de leurs proches. Cette décision du parquet calédonien avait choqué les Kanaks.
"Une belle démonstration de ce qu'est un État de droit", s'est félicité de son côté Me François Saint-Pierre, avocat de Frédérique Mulavia, l'une des mis en examen.
Signe de la tension autour de ce dossier, 12 avocats de la défense avaient dénoncé en février dans un courrier aux juges d'instruction le sort fait à leurs clients.
Ils s'étaient insurgés "des conditions inadmissibles, constitutives de traitements inhumains et dégradants" dans lesquelles sept Kanak avaient été transférés en métropole, évoquant un "traitement judiciaire exceptionnel" sur "ingérence du gouvernement".






















