Sous tension au Moyen-Orient, les marchés se tournent vers le gaz africain
L’escalade des tensions au Moyen-Orient, fragilise l’un des principaux pôles énergétiques mondiaux, offrant à l'Afrique une rare fenêtre d’opportunité. Le continent s’impose petit à petit comme une alternative crédible à l’offre en gaz naturel.
Les tensions actuelles au Moyen-Orient représentent-elles une opportunité pour le marché des hydrocarbures en Afrique ? Il y a comme un regain d'intérêt pour le marché du gaz et du pétrole africain, depuis la fermeture partielle du détroit d’Ormuz et la flambée des prix des hydrocarbures.
L'Algérie cristallise ainsi l’attention de plusieurs pays européens soucieux de trouver une alternative à leur approvisionnement en gaz notamment.
Depuis le début de la semaine, l’Espagne et l’Italie se sont ouvertement prononcés pour un ravitaillement accru en gaz algérien.
La cheffe du gouvernement italien Giorgia Meloni, en visite officielle à Alger, a annoncé mercredi un renforcement de la coopération avec l'Algérie dans le but "d'augmenter la fourniture de gaz" algérien à l'Italie.
Ce deuxième déplacement de Mme Meloni en Algérie depuis 2023 s'est retrouvé centré sur le gaz alors que la puissante industrie italienne subit de plein fouet la flambée des cours du fait du conflit au Moyen-Orient, fait remarquer l’AFP.
"Nous avons décidé de renforcer notre coopération déjà très solide à travers nos champions nationaux", les compagnies italienne Eni et algérienne Sonatrach, "en travaillant sur de nouveaux fronts comme le gaz de schiste ou l'exploration offshore", a annoncé Mme Meloni, lors d’une conférence de presse, aux côtés du président algérien Abdelmadjid Tebboune.
L'objectif est de "renforcer le flux de fourniture de gaz de l'Algérie à l'Italie", a ajouté la Première ministre, dont le pays dépend de l'Algérie pour plus de 30% de ses approvisionnements.
Ce gaz naturel est acheminé pour l'essentiel via un gazoduc appelé Transmed qui fonctionne déjà à pleine capacité, selon des experts, et sous forme de gaz naturel liquéfié (GNL) par des méthaniers.
Grâce aux hydrocarbures, l'Algérie renforce ainsi son influence dans le bassin mediteranéen. Du reste, son président, Abdelmadjid Tebboune a confirmé la volonté de l'Algérie "d'être fidèle à ses engagements étant donné que nous sommes un partenaire stratégique et de confiance de l'Italie et de l'Europe en général".
L’Espagne mise sur le gaz algérien
Outre l’Italie, l’Espagne, un autre pays mediteranéen en froid avec l'Algérie, en raison de sa prise de position sur la question du Sahara occidental, souhaite une augmentation de son ravitaillement en gaz algérien.
Alger et Madrid ont ainsi décidé de "renforcer leur partenariat stratégique" dans le domaine de l'énergie alors que le pays nord-africain est "le premier fournisseur de gaz depuis trois ans" de l’Espagne, a annoncé le ministre espagnol des Affaires étrangères José Manuel Alvarez.
En visite de deux jours à Alger, le chef de la diplomatie espagnole a qualifié l'Algérie de "fournisseur de gaz stable, fiable et constant", après un entretien avec le président Abdelmadjid Tebboune.
À sa sortie du palais présidentiel, M. Albares a précisé que les deux pays avaient "évoqué la possibilité d'une coopération accrue, y compris au niveau des infrastructures et d'analyses conjointes" ainsi que "de nouveaux investissements".
Selon lui, ce "dialogue sur le gaz va bien au-delà du simple approvisionnement, même si, bien sûr, nous en avons parlé".
L'Espagne est reliée à l'Algérie par un autre gazoduc appelé MedGaz qui fonctionne à plein régime mais dont la capacité pourrait être augmentée "d'un milliard de mètres cubes par an", d'après l'expert américain Geoff Porter.
Le gaz comme tremplin de la normalisation
L'Algérie semble utiliser ses ressources en hydrocarbures comme des leviers essentiels de sa diplomatie. Lors de ces discussions avec le chef de l’État algérien, "il est apparu clairement que l'Algérie était pour l'Espagne un ami et partenaire stratégique avec lequel nous entretenons un dialogue et une coopération constants que nous avons aujourd'hui relancés et renforcés", a ajouté M. Albares.
Selon la présidence algérienne, le président Tebboune a informé M. Albares de "sa décision de réactiver le Traité d'amitié, de bon voisinage et de coopération qui lie l'Algérie et l'Espagne depuis octobre 2002".
Ce traité avait été suspendu en 2022 quand Madrid avait apporté son soutien à un plan d'autonomie sous souveraineté marocaine pour le territoire disputé du Sahara occidental, où l'Algérie soutient les indépendantistes du Polisario.
Les relations commerciales bilatérales avaient ensuite connu un sévère coup de froid, avant un dégel progressif depuis 2025.
La guerre en Ukraine et les tensions au Moyen-Orient renforcent la position de l'Algérie, comme fournisseur clé de l'Union européenne. Les experts soulignent que le pays dispose d'une certaine marge pour accroître ses livraisons de GNL. Toutefois, il ne peut remplacer à court terme le Qatar, dont la production est deux fois supérieure (200 milliards de m3 par an). Outre l'Italie et l'Espagne, l'Algérie fournit aussi du gaz à l'Allemagne et la France.
L’Ukraine lorgne le gaz mozambicain
Le gaz mozambicain suscite aussi l'intérêt de l’Ukraine comme l’a révélé mardi Volodymyr Zelensky, lors d’un entretien téléphonique avec Daniel Chapo, le président mozambicain. “Nous avons discuté des options d’approvisionnement en gaz pour l’Ukraine et des solutions pour relever les défis sécuritaires avec le président du Mozambique, Daniel Chapo”, a indiqué M. Zelensky sur X.
Le président ukrainien a souligné l’importance de diversifier les approvisionnements énergétiques, tandis que le Mozambique s’intéresse à l’expertise et aux technologies ukrainiennes pour renforcer sa sécurité intérieure et protéger sa population contre le terrorisme.
Le Mozambique détient d’importantes réserves de gaz naturel, via les projets offshore à Cabo Delgado et à Rovuma. Ces projets "pourraient faire du Mozambique l’un des dix premiers producteurs mondiaux (de gaz, NDLR), contribuant à 20% de la production africaine d'ici à 2040", selonun rapport du cabinet d'audit Deloitte de 2024.
Le Mozambique se présente ainsi comme un partenaire potentiel pour l’Ukraine. Kiev souhaite réduire sa dépendance à ses fournisseurs traditionnels. En retour, l’Ukraine pourrait faire bénéficier à Maputo de son expertise en sécurité, alors que le Rwanda menace de geler sa lutte contre les terroristes qui sévissent près des champs gaziers.
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