L’enquête sur la mort de Lyhanna, 11 ans, retrouvée sans vie le 4 juin dans le Gers, remet en lumière les nombreux antécédents pédocriminels et judiciaires du principal mis en cause, Jérôme Barella.
Selon des sources concordantes, son comportement en ligne avait déjà attiré l’attention, y compris aux États-Unis : le NCMEC (National Center for Missing and Exploited Children) a adressé plusieurs signalements le concernant à l’Ofmin, le service spécialisé de la direction nationale de la police judiciaire chargé des violences sexuelles sur mineurs.
Ces alertes, qui ne figuraient pas initialement dans le dossier judiciaire, posent la question de la dispersion et du traitement de ces informations et de la capacité des enquêteurs à évaluer pleinement la dangerosité du suspect.
En règle générale, les signalements arrivant au NCMEC sont transmis à l’Ofmin, qui décide lesquels traiter, mais ils peuvent aussi être consultés par les services territoriaux si ceux‑ci demandent un criblage pour un suspect donné. Dans l’affaire Barella, il semble que les gendarmes en charge des premières plaintes n’aient pas effectué cette démarche.
Le NCMEC, créé en 1984 et rattaché au Congrès américain, centralise les signalements reçus des fournisseurs d’accès, des géants du Web et des réseaux sociaux concernant des contenus pédocriminels en ligne, puis les transmet aux polices nationales. Il relaie à la fois des cas d’adultes tentant d’entrer en relation sexuelle avec des mineurs et des personnes téléchargeant ou échangeant des images ou vidéos de violences sexuelles sur des enfants.
1% des signalements traités
Chaque année, le NCMEC envoie des centaines de milliers de signalements à la France et à d’autres pays. Ceux-ci ne contiennent pas toujours l’identité complète de l’auteur, mais au minimum les éléments fournis lors de la création du compte — pseudonyme, e‑mail, téléphone, adresse IP — qui nécessitent des investigations pour remonter à une identité réelle.
Les signalements concernant Barella, datant de plusieurs mois, ont été repérés après que l’ensemble des services de police et de gendarmerie a été invité à rechercher toute trace du suspect dans leurs bases ; ces alertes n’avaient pas déclenché d’enquête judiciaire auparavant. La présence d’un nom dans la base du NCMEC constitue toutefois un indicateur important du risque pédocriminel.
Gabrielle Hazan, ancienne cheffe de l’Ofmin, évoquait en 2024 la nécessité d’un important travail de priorisation et indiquait que l’office ne pouvait traiter "moins de 1 % des signalements", citant 318 000 alertes reçues en 2023 (soit environ 870 par jour), dont beaucoup décrivent des violences très graves sur des enfants.
L’office ne compte qu’une quarantaine d’enquêteurs actifs, bien en deçà des 85 prévus lors de sa création en 2023, et très loin des quelque 800 spécialistes britanniques dédiés à cette lutte.
Parmi les succès obtenus grâce aux signalements du NCMEC, les enquêteurs de l’Ofmin ont pu, en juin 2025, identifier et interpeller un garagiste de 55 ans soupçonné d’avoir commandité des viols d’enfants en Colombie, financés par des crédits à la consommation.
























