Au-delà des crises: la Türkiye redéfinit le récit mondial
Le sommet STRATCOM, qui se tient les 27 et 28 mars à Istanbul, redéfinit la communication stratégique comme fondement d’un système international plus juste, actuellement malmené depuis les frappes américano-israéliennes en Iran.
Alors que l'ordre mondial est confronté à un effondrement structurel, le Sommet STRATCOM 2026 à Istanbul redéfinit la communication stratégique comme un pilier de la justice, de la confiance et d'un système international plus équitable.
Le système international traverse aujourd’hui non seulement une phase de turbulences passagères, mais aussi une transformation profonde et structurelle.
Les conflits régionaux successifs, l’intensification de la concurrence géopolitique et l’insuffisance des mécanismes de gouvernance mondiale démontrent clairement que l’ordre existant n’est plus viable.
Au cœur de ces crises et de ces incertitudes se trouvent les lacunes du paradigme des institutions, des mécanismes et des normes dominants du système international établi au lendemain de la Seconde Guerre mondiale pour relever les défis actuels, ainsi que leur contribution à l’aggravation des problèmes et des incertitudes existants.
En réalité, cette réalité est ouvertement exprimée sur les plateformes internationales par les décideurs politiques occidentaux et l’intelligentsia, qui sont les acteurs fondateurs de l’ordre actuel.
Sur ces plateformes, l’examen porte non seulement sur les crises, mais aussi sur la capacité du système international d’après-guerre à générer des normes, ainsi que sur son engagement en faveur d’une représentation équitable et de la légitimité.
De plus, la crise de légitimité au sein du système international découle fondamentalement d'un manque de représentation et de l'érosion du sens de la justice.
Dans ce contexte, les critiques concernant la sous-représentation des perspectives non- occidentales et l'influence disproportionnée de certaines puissances dominantes sur les institutions internationales trouvent un écho croissant.
La montée en puissance de problèmes mondiaux tels que l'injustice, l'inégalité et la discrimination fragilise la confiance dans les États et l'ordre public, accroît les vulnérabilités sociétales et suscite une remise en question généralisée, au sein de la population, de la légitimité du système international.
Il s'agit là non seulement d'un différend politique, mais aussi d'une rupture de la communication. Cela s’explique par la capacité décroissante du système à s’expliquer et à se justifier.
Dans ce contexte, le thème principal du Sommet STRATCOM d’Istanbul, les 27 et 28 mars, a été choisi comme étant "Perturbation du système international: crises, récits et quête d’ordre".
Dans ce cadre, nous examinerons le rôle de la communication stratégique dans la construction et la stabilisation de l’ordre, à une époque marquée par une incertitude mondiale croissante et une désintégration structurelle accélérée.
Conflits régionaux, répercussions mondiales
Les répercussions et les nouvelles réalités du conflit déclenché par les frappes américano-israéliennes contre l’Iran,suivies par des représailles iraniennes visant les pays du Golfe, qui ont depuis dégénéré en guerre régionale, constitueront sans aucun doute un point central de l’ordre du jour du Sommet STRATCOM de cette année.
Ce conflit, qui a directement ciblé des infrastructures et des installations énergétiques essentielles dans notre région, a engendré une crise mondiale multidimensionnelle.
Cette crise, qui a un impact profond sur la sécurité internationale, la sécurité énergétique, les routes commerciales, la logistique mondiale et les chaînes d'approvisionnement, a également remis en question la construction de la légitimité au niveau international, en raison des divisions qu'elle a engendrées à travers le monde.
Ce sommet – le plus grand rassemblement international organisé à l'échelle mondiale depuis le début de la guerre, qui constitue l'un des défis majeurs du XXIe siècle de par les fractures qu'elle a créées – offre une plateforme interactive essentielle pour débattre des fractures géopolitiques engendrées par la crise et de leurs implications dans le domaine de la communication.
Les campagnes de désinformation et les tactiques de guerre psychologique dont nous avons été témoins avant et pendant le conflit ont une fois de plus démontré l'importance d'une communication stratégique dans le cadre de la sécurité nationale.
Ce sommet revêt donc une importance particulière pour aborder les dimensions communicationnelles et narratives des profondes fractures que la guerre a créées au sein du système international.
L'enjeu auquel nous sommes confrontés aujourd'hui ne se limite pas à un simple changement d'équilibre des pouvoirs. Il s'agit également d'une transformation des récits, des perceptions et des processus de production de l'information à l'échelle mondiale.
À ce stade, la communication stratégique n'est plus un simple élément complémentaire des politiques étrangères adoptées par un État, mais un multiplicateur de puissance qui en constitue le cœur même.
À une époque où la vérité est occultée par la désinformation, où l'information se propage rapidement mais où la confiance s'érode tout autant, la communication n'est plus seulement un processus de transmission, mais aussi un moyen de construire sa légitimité.
Par ailleurs, les problèmes urgents actuels, à savoir les guerres, les conflits et les mouvements irréguliers, constituent un défi majeur.
D'autre part, les enjeux pressants de notre époque – guerres, conflits, migrations irrégulières, sécurité alimentaire, approvisionnement énergétique, changement climatique et désinformation numérique – exigent une nouvelle conception de la communication, fondée sur la coopération et la confiance internationales.
Les instruments, méthodes et concepts obsolètes restent insuffisants pour expliquer et résoudre ces problèmes, ouvrant la voie à de nouvelles crises.
Il est aujourd'hui indispensable de forger un nouveau langage de communication et un climat de confiance équitable, transparent et inclusif, guidé par les principes de dignité humaine, de sagesse collective et de solidarité mondiale.
C'est précisément là que la communication stratégique entre en jeu. Dans cette perspective, elle est non seulement un instrument, mais aussi une responsabilité.
La construction d'un ordre international plus juste, plus inclusif et plus équilibré ne peut se réaliser qu'au moyen de stratégies de communication appropriées.
Ce dont nous avons besoin aujourd'hui, c'est d'une nouvelle éthique de la communication, ancrée dans la vérité plutôt que dans la rapidité, dans la justice plutôt que dans le pouvoir, et dans la dignité humaine plutôt que dans le nombre de participations.
En Türkiye, nous agissons en pleine conscience de cette responsabilité.
En effet, la maxime de notre président Recep Tayyip Erdogan, "Le monde est plus grand que cinq", illustre parfaitement cette conception.
Cette approche n'est pas qu'une simple critique ; elle exprime également une vision alternative du monde.
La vision de la Türkiye
Grâce à sa politique étrangère multidimensionnelle et à sa diplomatie active menées ces dernières années, la Türkiye s'est affirmée comme une puissance régionale, tout en jouant un rôle d'équilibre et de facilitation à l'échelle mondiale.
Dans une période marquée par la dégradation de la stabilité mondiale et la transformation de notre région en une zone de tensions, la vision de la politique étrangère et la diplomatie interétatique de notre président se sont révélées cruciales.
L'Initiative céréalière de la mer Noire dans le contexte de la guerre russo-ukrainienne, l'engagement diplomatique de la Türkiye au Moyen-Orient et ses efforts de médiation en Afrique ne sont que quelques exemples de ses contributions concrètes à la paix et à la stabilité.
Ce qui sous-tend avant tout le rôle de la Türkiye en tant que médiateur, c'est sa capacité à instaurer la confiance entre les parties.
Dans un contexte international de plus en plus marqué par la polarisation, une approche qui maintient des relations équilibrées avec divers acteurs, tout en tenant compte des sensibilités de chacun, revêt une importance particulière.
Cette approche permet à la Türkiye de se concentrer non seulement sur la gestion des crises, mais aussi sur la recherche de solutions durables.
À l'heure où la légitimité de l'ordre international est remise en question, la Türkiye s'affirme comme un acteur respecté, capable de façonner cet ordre, guidée par une politique étrangère humaniste, ancrée dans une conscience mondiale et un sens aigu de la justice.
Animée par cette responsabilité, la Direction de la communication de la présidence s'efforce – en s'inspirant de l'appel du président Erdogan à un monde plus juste – de faire entendre la voix de la Türkiye avec plus de clarté, d'efficacité et de précision tout au long de cette période de transformation.
Lancé il y a cinq ans dans cette optique, le Sommet STRATCOM incarne concrètement cette vision.
Notre objectif est non seulement de transmettre le point de vue de la Türkiye, mais aussi de contribuer au développement d'un écosystème de communication mondial plus juste, transparent et responsable, en assumant pleinement nos responsabilités dans le domaine de la communication, comme dans tous les autres domaines.
Le Sommet STRATCOM reflète à la fois la vision stratégique de la communication de la Türkiye et ses capacités institutionnelles.
STRATCOM n'est pas qu'un simple sommet ; c'est aussi une marque, une plateforme d'idées et un espace d'engagement développés par la Türkiye dans le domaine de la communication mondiale.
Avec le sommet d'Istanbul, notre objectif est de réunir des dirigeants, des diplomates, des professionnels de la communication, des universitaires et des leaders d'opinion de différentes régions afin de favoriser une plateforme multidimensionnelle de consultation sur l'avenir du système mondial.
En ce sens, le Sommet STRATCOM n'est pas seulement un forum de discussion sur les défis actuels, mais aussi une initiative qui vise à façonner les paradigmes de la communication de demain.
Les sujets abordés sont très variés: de la gouvernance mondiale à la diplomatie climatique, en passant par la numérisation et la gestion de l'opinion publique. Cela souligne une réalité essentielle: dans l’ère émergente, la puissance ne se définira plus seulement par ses capacités militaires et économiques, mais aussi par son aptitude à façonner les récits, à donner du sens et à instaurer la confiance.
Le monde franchit un nouveau cap. Face à l’effondrement des paradigmes établis, la recherche d’alternatives s’accélère.
Dans ce processus, la Türkiye se positionne non pas comme un observateur passif, mais comme un acteur fondateur et actif.
Le Sommet STRATCOM constitue l'une des manifestations les plus claires de cette volonté de contribuer à la construction d'un ordre international plus juste, inclusif et équilibré pour l'avenir.