Entre les camps de déplacés et les amas de décombres qui s’étendent dans la ville de Gaza, Sawsan al-Sultan, une Palestinienne de 22 ans, distribue de la nourriture et de l’eau aux familles touchées par la guerre menée par Israël dans l’enclave.
Grâce au turc qu’elle a appris seule dès son enfance, elle a noué des liens avec des organisations humanitaires turques afin de mobiliser de l’aide en faveur des Palestiniens déplacés.
L’agence Anadolu l’a accompagnée dans le quartier d’al-Karama, au nord-ouest de la ville de Gaza, alors qu’elle distribuait des repas chauds, du pain et de l’eau potable à des dizaines de familles, en coopération avec l’association turque Hayatta Iyilik Var (Il y a du bien dans la vie).
Ces familles vivent dans des tentes surpeuplées, au milieu des destructions, avec un accès limité à la nourriture, à l’eau potable et à des abris adaptés.
Environ 2,15 millions de Palestiniens vivent dans des conditions de déplacement, dont près de 867 000 dans des tentes dégradées et plus d’un million dans des centres d’hébergement.
Depuis octobre 2023, la guerre menée par Israël contre Gaza a fait plus de 74 000 morts et plus de 175 000 blessés palestiniens, tout en détruisant près de 90 % des infrastructures civiles, selon les chiffres cités dans le reportage.

D’un rêve d’enfance à l’engagement humanitaire
Étudiante en droit à l’université al-Azhar de Gaza, où elle suit un cursus en anglais, Sawsan al-Sultan explique que son intérêt pour la langue turque remonte à son enfance. Elle rêvait de se rendre en Türkiye pour y poursuivre ses études et a décidé d’apprendre la langue par ses propres moyens.
“Depuis mon enfance, je rêvais d’apprendre le turc et de le maîtriser”, a-t-elle confié à Anadolu.
“Je rêvais d’aller en Türkiye pour étudier et j’ai travaillé dur pour apprendre la langue toute seule”, a-t-elle ajouté.
Elle a progressé en regardant des séries télévisées turques et d’autres productions audiovisuelles, en mémorisant des expressions et en s’exerçant régulièrement. Au départ, sa famille ignorait même qu’elle étudiait cette langue.
Lorsque la guerre a éclaté, elle a compris que sa maîtrise du turc pouvait lui permettre de faire connaître les souffrances des Palestiniens auprès du public et des organisations humanitaires à l’étranger. Elle affirme avoir commencé à utiliser cette langue il y a environ deux ans pour sensibiliser l’opinion et mobiliser des aides.
Aujourd’hui, Sawsan al-Sultan travaille comme porte-parole, traductrice et professionnelle des médias auprès de plusieurs organisations turques, dont Hayatta Iyilik Var. Elle assure notamment la communication avec les donateurs, recense les besoins des familles déplacées et participe à la coordination de la distribution de l’aide.

Des milliers de familles aidées, des besoins toujours croissants
“Nous avons réussi à venir en aide à des milliers de familles pauvres et déplacées et à mener de nombreux projets dans le nord et le sud de Gaza, même si notre priorité reste les habitants et les déplacés du nord”, explique-t-elle.
Sur le terrain, dans les camps de déplacés, elle est quotidiennement confrontée à la précarité des familles, à la dégradation des conditions d’hébergement et des services de santé et d’éducation, ainsi qu’au manque de produits de première nécessité.
Elle décrit une situation humanitaire “pire que tout ce que l’on peut imaginer”.
L’hiver aggrave les difficultés d’hébergement
À l’approche de l’hiver, Sawsan al-Sultan s’inquiète particulièrement du sort des familles installées dans des tentes usées, notamment dans les zones basses exposées aux inondations.
“L’hiver a surpris les déplacés alors qu’ils dorment à même le sol et s’abritent sous un ciel ouvert, dans des tentes délabrées qui ne les protègent ni du froid ni de la pluie”, témoigne-t-elle.
Selon un rapport publié le 15 octobre par le Bureau des Nations unies pour la coordination des affaires humanitaires (OCHA), environ 950 000 personnes déplacées vivent dans des zones présentant un risque modéré à élevé d’inondation. Le document indique également que 294 250 familles ont besoin d’une aide en matière d’hébergement avant la saison des pluies.
Face à cette situation, les opérations de secours se concentrent actuellement sur la distribution de couvertures, de bâches en plastique et de tentes pour l’hiver.
“Toutes les opérations de secours actuellement menées à Gaza restent très en deçà des besoins les plus élémentaires”, souligne Sawsan al-Sultan auprès d’Anadolu.
Elle estime que l’aide distribuée relève avant tout de mesures d’urgence et ne constitue pas une solution durable. Celle-ci nécessiterait notamment la reconstruction, le déblaiement des décombres et la mise en place de logements temporaires.
Le 9 octobre, l’Organisation internationale pour les migrations (OIM) avait averti qu’environ deux millions de Palestiniens à Gaza avaient toujours besoin d’une aide en matière d’hébergement. Les stocks disponibles ne permettaient de couvrir que 17 % des besoins liés à l’hiver, en raison du manque de financements et des restrictions israéliennes sur l’entrée de produits essentiels, selon l’organisation.
Sawsan al-Sultan appelle les organisations internationales à fournir des abris sûrs aux familles déplacées, dans l’attente de solutions durables à la crise du logement.
Reconnaissance envers la Türkiye et espoir de s’y rendre
Malgré la crise humanitaire, la jeune Palestinienne n’a pas renoncé à son rêve d’enfance : visiter la Türkiye.
Elle exprime sa gratitude envers le gouvernement et le peuple turcs pour leur soutien humanitaire, politique et médiatique aux Palestiniens.
“Je remercie l’État turc, son gouvernement et son peuple, en mon nom et au nom des habitants de Gaza, pour tous leurs efforts humanitaires et de secours, leur soutien politique, médiatique et caritatif, ainsi que leurs prières sincères”, a-t-elle dit.
Elle appelle enfin à poursuivre et à renforcer l’aide afin de permettre aux familles déplacées de faire face à des conditions de vie toujours plus difficiles.





















