Une défense européenne de 100 000 hommes ?

Le commissaire européen à la défense, Andrius Kubilius a défendu dimanche l’idée d’une armée européenne. Un vieux dossier qui revient sur le devant de la scène avec la guerre en Ukraine et les menaces de Trump sur la sécurité européenne.

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Forces de l'OTAN en manœuvres / TRT Polski

Les pays de l’Union européenne devraient envisager de mettre sur pied une force militaire commune qui pourrait remplacer les troupes américaines stationnées en Europe, a préconisé dimanche le commissaire européen à la défense, Andrius Kubilius. 

L’ex-Premier ministre lituanien a évoqué la création d’une “force militaire européenne permanente de 100 000 hommes” comme une option possible pour mieux protéger le continent.

“Comment remplacerons-nous la force américaine de 100 000 hommes, qui est la colonne vertébrale des forces armées en Europe ?”, a-t-il demandé lors d’un discours en Suède. Ces déclarations interviennent alors que l’ambition maintes fois exprimée du président américain Donald Trump d’annexer le Groenland alimente les craintes des dirigeants de l’Otan quant à la fiabilité de l’alliance avec Washington.

Une mission de l’OTAN pour le Groenland 

A tel point que selon Bloomberg, un groupe de pays européens, emmené par l’Allemagne et le Royaume-Uni, prépare une réponse militaire coordonnée en Arctique pour contrer les velléités d’annexion du Groenland par le président américain, Donald Trump. Berlin s’apprête à proposer à l’OTAN la création d’une mission baptisée “Arctic Sentry”, un dispositif calqué sur la surveillance des infrastructures critiques en mer Baltique.

Les inquiétudes concernant la volonté de se désengager de Donald Trump vis-à-vis de l’Europe ont déjà incité des pays à intensifier leurs efforts pour renforcer leurs armées face à la menace russe. 

La commission européenne et le Parlement européen ont entériné en 2025 un programme de développement des industries d’armement et des budgets de défense des États membres pour un montant de 800 milliards d’euros d’ici 2030. En 2024, les investissements dans le domaine de la défense ont déjà connu une hausse importante (+42 % par rapport à 2023) pour atteindre le niveau record de 106 milliards d'euros, en 2025, les investissements dans le domaine de la défense devraient atteindre les 130 milliards d’euros (selon les chiffres du Conseil européen).

Mais si l’idée de créer une armée européenne a été évoquée maintes fois depuis le début de la guerre en Ukraine, elle a toujours buté sur la réticence des États membres qui ne veulent pas déléguer le commandement à une entité extérieure.


Un Conseil de sécurité européen ?

Andrius Kubilius jette donc un pavé dans la marre en relançant l’idée d’une armée européenne, domaine qui n’est d'ailleurs pas de la compétence de la Commission.

Le contexte se prête à un réexamen de la question de la défense européenne au vu des menaces proférées par les États-Unis à l’égard du Danemark et de la volonté américaine de se désengager de la sécurité européenne 
en redéployant ses troupes stationnées en Europe pour se concentrer sur la Chine. “Dans un tel contexte, nous ne devons pas éluder les questions les plus urgentes concernant notre capacité institutionnelle de défense”, a mis en garde le commissaire européen à la Défense. 

Le commissaire européen à la défense émet l’idée de créer un “Conseil de sécurité européen” regroupant les grandes puissances du continent, dont potentiellement le Royaume-Uni, pour faciliter et accélérer la prise de décision en Europe en matière de défense. 

“Le Conseil de sécurité européen pourrait être composé de membres permanents clés, et d’autres membres tournants”, a-t-il indiqué. “Il y aurait 10 à 12 membres au total, qui auraient pour tâche de discuter des sujets essentiels en matière de défense “.

La priorité absolue de cet organe serait, selon lui, de tenter de modifier la dynamique du conflit en Ukraine afin d’éviter une défaite de Kiev. “Nous devons avoir une réponse claire : comment l’UE compte-t-elle infléchir ce scénario ?”, a-t-il interrogé. “C’est la raison pour laquelle nous avons besoin d’un Conseil de sécurité européen maintenant”.

L’échec de 1954 à cause du non de la France

Manifestement, les États européens s’inquiètent pour leur sécurité, la Pologne et les états baltes se sentent menacés par la Russie, la France plaide pour une défense européenne sans entrer dans le vif du sujet. La coalition des Volontaires pour l’Ukraine qui envisage d’envoyer des troupes françaises et britanniques en maintien de la paix après un cessez-le-feu entre Ukraine et Russie pourrait poser les bases d’un embryon d’armée européenne.

La France a clairement évolué sur cette question. En été 1950, Jean Monnet, commissaire général du Plan français et inspirateur du plan Schuman, proposait d'organiser la défense de l'Europe dans un cadre supranational. Accepté par la plupart des États occidentaux, le projet de la Communauté européenne de défense est rejeté en août 1954 par l’Assemblée nationale française qui a enterré cette idée pour plusieurs décennies.