Entre le RN et LR, les municipales testent l’hypothèse d’une “union des droites” avant 2027
À l’approche des municipales de 2026, la barrière idéologique entre Les Républicains et le Rassemblement national s’effrite à mesure que des rapprochements locaux apparaissent, malgré l’interdiction officielle d’alliance nationale du côté de LR.
Alors que se profilent les élections municipales des 15 et 22 mars courant, la droite française traverse une zone de fortes turbulences.
Malgré la ligne officielle des Républicains (LR) interdisant toute alliance avec le Rassemblement national (RN), des rapprochements sur le plan local se multiplient et de manière plus assumée.
Ralliements individuels, listes communes, accords programmatiques, dans plusieurs villes, les digues nationales cèdent face aux logiques territoriales.
Ces initiatives, souvent justifiées par la volonté de faire barrage à la gauche ou à La France insoumise, illustrent les fractures internes chez LR et l’ambition assumée du RN d’intégrer enfin le “giron républicain” en passant par un processus de normalisation dans le centre de l’échiquier politique.
Alliances à géométrie variable
Dans plusieurs communes, des élus LR ont choisi de rejoindre des listes soutenues par le RN ou par l’Union des droites pour la République (UDR), formation fondée par Éric Ciotti après sa rupture avec LR.
À Nîmes, la liste menée par l’eurodéputé RN Julien Sanchez a accueilli deux élues issues de LR: Monique Boissière et Loumy Bourghol.
La première, conseillère municipale sortante, s’est vue promettre un poste d’adjointe en cas de victoire. Ce ralliement est perçu comme un signal fort dans une ville historiquement ancrée à droite.
À Colmar, Alain Kott, président de la fédération LR du Haut-Rhin, a rejoint la liste RN-UDR conduite par Nathalie Aubert, conseillère régionale RN. L’accord porterait sur “90 % du programme”.
Cette alliance a suscité une vive réaction de la part de Bruno Retailleau, président de LR, qui a prononcé sa suspension immédiate, ouvrant une procédure d’exclusion.
Un cas qui cristallise les tensions internes, alors que certains cadres plaident pour une clarification stratégique vis-à-vis du RN, tandis que la direction maintient une ligne d’étanchéité stricte.
À Bourg-en-Bresse, des élus LR ont participé à des configurations mêlant RN ou Reconquête !, traduisant des recompositions locales opportunistes.
D’autres communes illustrent la même dynamique, notamment à Le Pradet, où Valérie Rialland (LR) conduit une liste commune avec UDR et RN ; à Versailles, Olivier de La Faire se présente sous l’étiquette RN-UDR ; à Montauban, la maire sortante Brigitte Barèges, passée à l’UDR, soutient une liste appuyée par le RN face à une concurrente LR.
À Paris, des mouvements plus discrets sont également observés, avec des cadres LR rejoignant des listes intégrant des éléments proches du RN, malgré les tensions nationales.
Si du côté des LR ces ralliements posent un souci d’image, le RN assume volontiers une stratégie d’ouverture.
Sous la direction de Jordan Bardella, le RN revendique une approche “au cas par cas”, notamment en vue des seconds tours.
“Nous n’excluons rien par principe”, affirme-t-il, évoquant la possibilité de listes d’union pour empêcher une victoire de la “gauche radicale”.
Marine Le Pen défend la même ligne pragmatique, en excluant tout retrait automatique, optant plus pour des décisions fondées sur les rapports de force locaux.
Avec plus de 650 listes investies, le RN vise la conquête de “plusieurs dizaines de communes” et un renforcement de son maillage territorial en perspective de la présidentielle de 2027.
Des enquêtes d’opinion indiquent que 36 % des Français seraient favorables à des fusions RN-LR au second tour — un taux atteignant 66 % parmi les sympathisants des deux formations.
Vers une union des droites ?
Ces alliances locales soulèvent toutefois la question plus large de savoir si on assiste aux prémices d’une “union des droites” en France ?
Cette stratégie, défendue par certains responsables politiques d'extrême droite comme Éric Zemmour ou Éric Ciotti, consisterait à rassembler les différentes familles de la droite — du RN à la droite républicaine — afin de constituer un bloc électoral capable de rivaliser avec le centre et la gauche.
Mais l’idée reste très controversée. Une partie importante de LR y demeure fermement opposée, estimant qu’une telle alliance remettrait en cause l’identité gaulliste et libérale du parti.
Chez LR, ces alliances réveillent des divisions latentes. Si Bruno Retailleau maintient une ligne de non-alliance, d’autres figures, comme Xavier Bertrand, réclament des sanctions contre les dissidents.
Si paradoxe il y a, il est avant tout électoral, dans la mesure où une majorité d’électeurs LR se dit favorable à des alliances avec le RN, à un niveau comparable à celui des rapprochements avec les macronistes.
Ces rapprochements, encore locaux, pourraient préfigurer une recomposition plus large de la droite française.
Le RN mise sur l’”enracinement” municipal pour consolider sa crédibilité de gestion, notamment dans de grandes villes comme Marseille ou Nice, où les rivalités internes à droite pourraient favoriser des convergences.
Pendant ce temps, les macronistes privilégient majoritairement des alliances à droite, tandis que la gauche tente des unions dans une soixantaine de communes, y compris avec La France insoumise.
À un mois du scrutin, la question qui demeure est celle de savoir si ces alliances locales annoncent une union durable des droites ou une implosion progressive de LR ?
Dans tous les cas, les municipales de 2026 pourraient constituer un test grandeur nature avant l’échéance présidentielle de 2027.