À sept mois de la présidentielle en France, la grogne des lycéens est ultra-sensible, d’autant que l’état des caisses de la France ne permet pas d’embaucher des professeurs ou de rénover les lycées bouilloires thermiques.
Face à l’extension du mouvement et aux violences de ce jeudi, 400 lycées resteront fermés aujourd'hui.
En tout, 900 actions ont été dénombrées devant des lycées - sur environ 3 700 lycées en France, tous les départements sont désormais concernés, selon les autorités. Les forces de l'ordre ont procédé hier à près de 2 000 interpellations.
Environ 1 800 personnes ont été placées en garde à vue depuis lundi. Tous les préfets ont pris jeudi soir des arrêtés d'interdiction de manifester vendredi aux abords des lycées fermés ce jour-là.
La mobilisation est partie de plusieurs lycées de banlieue parisienne il y a une semaine avec le soutien affiché de responsables de La France insoumise (LFI, gauche radicale), avant de s'étendre à tout le pays.
Le gouvernement accuse la gauche
Le ministre de l'Intérieur Laurent Nuñez a condamné "une violence débridée". Il a constaté "une aggravation de la situation qui n'a plus rien de l'expression légitime de revendications lycéennes mais présente désormais toutes les caractéristiques d'une situation de violences urbaines".
Il a cité les jets de mortiers d'artifice, les incendies de bâtiments publics, le pillage de magasins notamment.
Un peu plus tôt, les services du Premier ministre ont indiqué qu'il existait un "constat partagé par les services de renseignement sur l'origine du mouvement" : ce serait une "manœuvre organisée par LFI et ses proxys de l'ultra gauche".
Manuel Bompard, coordinateur de La France insoumise, a aussitôt appelé le gouvernement "à ne pas sombrer dans le complotisme et dans l'infantilisation des lycéens".
Selon un sondage Odoxa-Backbone pour le quotidien très à droite Le Figaro, 62 % des Français jugent la mobilisation des lycéens justifiée, mais l'implication de LFI dans le mouvement est massivement réprouvée, 61 % jugeant que le parti n'est pas dans son rôle.
Un ras-le-bol
Aucun média français mainstream ne revient sur l’état des lycées en France, qui sont à la charge des régions.
Dans le département du 93, depuis des mois, des vidéos circulent montrant un manque de chaises pour les élèves, des plafonds qui tombent ou des fuites d’eau, voire même des rats qui se baladent.
"On manifeste contre les classes surchargées, contre ce gouvernement qui (...) n'investit pas dans du chauffage, des climatisations, les salaires de nos profs", a expliqué à l'AFP Maëlle, lycéenne de 16 ans à Caen (nord-est).
"Les jeunes doivent foutre la merde pour qu'on les entende, on n'a pas d'autre manière", a estimé de son côté Lola, élève de seconde, devant un lycée bloqué à Rennes (ouest).
La répression policière a été si violente que dans plusieurs lycées, les professeurs ont fait des cordons humains pour protéger leurs élèves qui manifestaient.
Appelant à un "acte II" après la première mobilisation nationale de mardi, les étudiants ont rejoint le mouvement jeudi, avec une trentaine de campus bloqués, selon le syndicat l'Union étudiante.
Les politiques ont multiplié les réactions face à la gestion du mouvement : le patron du Parti socialiste Olivier Faure a fustigé "l'irresponsabilité du gouvernement", tandis que Bruno Retailleau, candidat de droite à la présidentielle, a appelé à faire interdire LFI.
"L'exploitation cynique des lycéens par LFI et les forces politiques qui veulent tout conflictualiser est scandaleuse. Tout peut déraper très vite", a renchéri son concurrent de centre droit à la présidentielle Édouard Philippe.
Le manque de professeurs, la vétusté des locaux, les bacheliers qui n’ont pas de filière après leur baccalauréat, les politiques semblent les avoir oubliés.


















