Lors de la suspension du PEQ (Programme de l’expérience québecoise) puis sa suppression en janvier 2026, les réactions ont été faibles au Québec, mais désormais le monde économique s’engage pour dénoncer une mesure qui pourrait mettre en difficulté nombre d’entreprises.
Des maires se lancent dans la bataille et début mars, le maire de Québec a taclé le gouvernement Legault. Bruno Marchand trouve “risible” la décision de Québec dans le dossier du Programme de l’expérience québécoise (PEQ).
Devant les médias, il a dénoncé l’incohérence de la situation: “On perd du monde toutes les semaines, des gens intégrés qui ont un travail, des collègues et qui parlent français”, a-t-il expliqué. Il a insisté sur le fait que certains partaient vers des provinces anglophones à cause de la suppression d’un programme d’immigratioin qui devait leur assurer une résidence permanente après trois ans. “On ne peut pas blâmer Ottawa sur ce coup là”, a-t-il conclu l’air interrogatif.
L'Union des municipalités du Québec s’est également mobilisée. Elle a réuni une trentaine d'associations le 13 février dernier pour exprimer son opposition à la politique du ministère de l’Immigration et son ministre Jean-François Roberge.
Geneviève Dubois, première vice-présidente de l’Union des municipalités du Québec et mairesse de Nicolet, explique à TRT Français les défis que posent cette suppression aux municipalités, surtout les communes rurales. “Ces travailleurs étrangers occupent souvent des emplois pour lesquels les entreprises n'ont pas pu trouver de travailleurs québécois. Et ce qu'on évalue, c'est qu’à peu près 35 % de nos entreprises pourraient être en péril si ces travailleurs là devaient quitter la région.”
Pour soutenir son discours, l’Union des municipalités du Québec a fait réaliser deux sondages. Ils montrent que 79 % des Québécois et Québécoises sont en faveur du maintien de ces travailleurs chez nous. Le même sondage a été effectué en février et cette fois, ce sont 83 % des sondés qui souhaitent le maintien au Québec des travailleurs francophones.

“On sent qu'il y a presque une unanimité au niveau économique en tout cas, de dire que ce n’est pas la bonne méthode et d’insister sur le fait qu’on a besoin de main d'œuvre; en plus francophone dans la province francophone“, ajoute Geneviève Dubois.
François Vincent, vice-président pour le Québec de la Fédération canadienne de l'entreprise indépendante demande au moins une clause de droit acquis pour les employés déjà intégrés avec une résidence temporaire.
“Presque chaque jour, les médias rapportent des risques de fermetures d’entreprises et des départs forcés de travailleurs temporaires. Hôtels, restaurants, exploitations agricoles, entreprises manufacturières… Partout, des petites et moyennes entreprises (PME) tirent la sonnette d’alarme“, écrit-il dans une tribune publiée dans le média Les Affaires le 29 janvier.
En 2024, même avec les immigrants temporaires et permanents, 12 régions administratives manquaient toujours de personnel pour combler les besoins du marché du travail.

Une situation sans issue pour les PEQ
Des milliers de personnes pourraient être contraintes de quitter le Québec, car celles qui y sont déjà installées via le PEQ ne bénéficient pas d’un droit acquis. Ils doivent soit partir à la fin de leur permis de travail, soit s’inscrire sur le nouveau programme qui est lui beaucoup plus restrictif.
Inflexible, le ministre de l’Immigartion François Roberge refuse de revenir sur sa décision, alors que l'opposition à sa politique s’étend. La Ville de Montréal et la Communauté métropolitaine de Montréal (CMM), les maires de Québec et de Trois-Rivières ainsi que la Ville de Sherbrooke ont tous réclamé une solution pour les candidats déjà installés au Québec.
Pour la vice-présidente, le PEQ est victime du débat actuel au Québec sur l’immigration. “On a accusé, un peu à tort, l'immigration d’être responsable de la crise du logement, entre autres, elle serait due au fait qu'on a accueilli beaucoup, beaucoup d'immigration. Le gouvernement a mélangé toutes sortes de types d'immigration.”
Sans solution administrative pour ces PEQ, le secteur de la santé pourrait perdre 6 300 employés, le secteur de l’éducation serait également très touché avec des centaines de professeurs qui devront quitter leur poste.
Sabrina Kouider Philipon est l’une des porte-parole du collectif “Le Québec c’est nous aussi.” Celui-ci exige l’attribution de droits acquis pour les employés francophones déjà installés au Québec avec ce programme.
Son collectif collecte les témoignages dans toute la province, a-t-elle expliqué à TRT Français.
“Je connais une famille qui a investi toutes ses économies dans son installation au Québec. Ils ne savent pas comment ils vont pouvoir revenir en France en juillet prochain, ils n'ont même pas de quoi payer leur billet d'avion. Le Québec a délibérément mis des gens dans une situation de précarité. On attend que leur statut expire, puis après on leur dit maintenant voilà, “débrouillez vous, vous n'avez plus de statut légal au Canada, vous allez devoir partir, débrouillez vous pour rentrer”.”
Le Programme de l'expérience québécoise (PEQ) a pris officiellement fin le 19 novembre 2025 et fin janvier 2026, il a été remplacé par le Programme de sélection des travailleurs qualifiés (PSTQ). Les personnes déjà installées au Québec venues avec le PEQ n’ont aucune assurance d’être acceptées dans le nouveau programme du ministère de l’Immigration du Québec. Le nouveau programme ne retient pas non plus les mêmes métiers que le PEQ.
Tiffany Corty est dans ce cas. Son permis de travail se termine le 24 mars prochain et elle ne sait pas s’il sera renouvelé. Elle s’est installée avec son mari et ses deux enfants au Québecy a deux ans et demi. La famille était éligible à la résidence permanente en novembre 2025 si le PEQ n’avait pas été suspendu puis supprimé par le gouvernement en 2025.
Très émue, au bord des larmes, cette pâtissière raconte à TRT Français, l’impasse dans laquelle elle se trouve. Pour correspondre aux critères du PEQ, elle a changé de métier: elle est devenue pâtissière qui est un métier en tension au Québec.
“Concrètement, on a vendu tout ce qu'on avait en France, on est partis et dans notre tête, c'était un aller sans retour, aussi bien pour nous, moi et mon mari que pour mes enfants. J'ai perdu mes deux parents et je n’ai plus de famille en France qui m'attend”.
Comme d’autres, elle se mobilise, “pour tenir debout”, ajoute-t-elle. Dans un sourire triste, Tiffany raconte les commentaires reçus lors de ses premières interviews données à des médias. Elle a été très affectée quand on a lui dit “retourne dans ton bled”!
“Dire cela des gens qui sont travailleurs étrangers, temporaires, qui viennent de la Tunisie, d’Algérie de partout dans le monde, mais on vient légalement, on paie nos impôts, on travaille, on contribue à l'économie du Québec”.
Face à cette mobilisation de la société civile et des milieux économiques, les candidats au poste de Premier ministre, Christine Fréchette et Bernard Drainville promettent de donner des droits acquis aux personnes déjà installées et travaillant au Québec. Le Premier ministre Legault a démissionné en janvier dernier car malmené dans les sondages et baptisé, la personne “la plus mal-aimée du Québec”.
Cette promesse des candidats à l'exécutif rassure un peu le collectif “Le Québec, c’est nous aussi”: “C'est un premier pas qui a été fait”, admet Sabrina Kouider Philipon, “mais encore une fois, ce ne sont que des paroles. Pour l'instant, il n'y a aucun geste concret qui a été posé. Et le nouveau Premier ministre ou la nouvelle Première ministre ne sera choisi que le 12 avril. Là, le temps passe, le temps passe et en fait, la catastrophe, elle est déjà là.”










