Crimes coloniaux et traite transatlantique: l’Afrique en quête de justice

Le président du Ghana exhorte les États membres de l'Union africaine à soutenir la résolution reconnaissant les injustices de la traite transatlantique des esclaves. L'Algérie plaide pour la réparation des crimes coloniaux.

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Musalia Mudavadi, Premier ministre du Kenya, lors de la conférence de l'Union africaine sur les réparations à Accra, Ghana, le 14 novembre 2023. / Reuters

La question des injustices causées par la traite transatlantique et la colonisation revient sur la scène, portée par des chefs d’État africains. 

Le chef d’État ghanéen en a fait l’une de ses priorités au plan international, depuis sa réélection à la tête du pays, le 7 décembre 2024.

Dimanche dernier lors du 39ème sommet de l’UA (Union africaine), il a encore appelé les États membres à soutenir un projet de résolution visant la reconnaissance par l’ONU des injustices historiques causées par la traite transatlantique des esclaves.

Mahama a déclaré que, si cette mesure n’effacerait pas le passé, elle reconnaîtrait formellement que la traite des Africains réduits à l’esclavage et l’esclavage racialisé constituaient des crimes graves qui ont joué un rôle central dans la construction du monde moderne.

“Tous les peuples d’ascendance africaine attendent ce jour. La vérité ne peut être étouffée. Les fondements juridiques sont solides ; l’impératif moral est indéniable”, a-t-il insisté.

Selon le président ghanéen, faire face aux vérités historiques est une question de “courage moral”, et non de division. À ce titre, il a noté que les effets de l’esclavage persistent aujourd’hui sous la forme d’inégalités structurelles, de discriminations raciales et de déséquilibres économiques.

“L’adoption de la résolution ne marquera pas la fin du processus. Après son adoption, le Ghana poursuivra son dialogue avec le Secrétaire général des Nations Unies, la Commission de l’Union africaine, les organes compétents des Nations Unies et les États membres intéressés”, a-t-il déclaré.

“Il s’agit d’un dialogue durable sur la justice réparatrice et la guérison”, a-t-il ajouté.

La question des crimes coloniaux

Portée par l'Algérie, la question des réparations de la colonisation refait aussi surface.

Le Premier ministre algérien Sifi Ghrieb, a déclaré, lors d’une réunion tenue en marge du sommet de l’Union africaine à Addis-Abeba, que son pays soutient les initiatives africaines visant à inscrire le colonialisme parmi les crimes internationaux les plus graves. 

Une telle reconnaissance “renforcerait les principes de responsabilité internationale, lutterait contre l’impunité et contribuerait à l’établissement d’une justice historique équitable pour les peuples ayant subi ces violences”, selon le chef du gouvernement algérien.

Il a invité les organisations internationales et les anciennes puissances coloniales à “reconnaître explicitement la nature criminelle de pratiques telles que l’esclavage, le nettoyage ethnique, la torture, les déplacements forcés et la persécution systématique”, qu’il a décrites comme particulièrement brutales par leur ampleur dans l’histoire moderne.

420 millions de livres sterling de dommages

Cet esprit de criminalisation de la colonisation est déjà ancré dans l’imaginaire de certaines communautés africaines. La semaine dernière, un tribunal nigérian a condamné le gouvernement britannique à verser 420 millions de livres sterling aux familles des mineurs tués en 1949 par le pouvoir colonial.  

Le 18 novembre 1949, La police britannique a tiré sur mineurs, tuant 21 personnes et en blessant 51 autres parmi des mineurs de charbon qui avaient occupé la mine de la vallée d'Iva, dans l’État d'Enugu (sud-est), pour dénoncer leurs conditions de travail et leurs salaires impayés. .

La procédure judiciaire a été lancée par le militant nigérian des droits de l'homme Mazi Greg Onog contre le gouvernement britannique. 

Le juge Anthony Onovo du tribunal d'Enugu a statué dans une décision rendue jeudi que le gouvernement britannique devrait verser 20 millions de livres à chacune des 21 familles des victimes, soit 420 millions de livres (environ 570 millions de dollars).

Dès réception de la copie du jugement "nous contacterons sans délai le gouvernement fédéral du Nigeria (...) afin d'informer officiellement le gouvernement britannique du jugement et d'engager des démarches diplomatiques en vue de son exécution", a expliqué à l'AFP Yemi Akinseye-George, avocat de la partie civile.

Les autorités britanniques ont refusé de comparaître "malgré une signification en bonne et due forme", a-t-il précisé tout en saluant un "jugement historique".

En 2013, le Royaume-Uni avait accepté d'indemniser plus de 5.000 Kényans victimes de tortures et de mauvais traitements pendant la révolte des Mau Mau dans les années 1950. Le gouvernement britannique avait alors exprimé ses regrets et versé près de 20 millions de livres (environ 32 millions de dollars), reconnaissant ainsi les abus de l'époque coloniale.

Ce jugement du tribunal d'Enugu ne pourra être appliqué qu'après des tractations diplomatiques entre Abuja et Londres, a déclaré  à l'AFP l'avocat des familles des victimes.

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