FRANCE
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Meurtre raciste de Miraoui: le suspect présenté à un juge antiterroriste
L'auteur présumé d'un crime raciste, Christophe B., est présenté à un magistrat antiterroriste en France en vue d'une inculpation pour le meurtre d'Hichem Miraoui, son voisin tunisien, survenu samedi, à Puget-sur-Argens, sur la Côte d'Azur.
Meurtre raciste de Miraoui: le suspect présenté à un juge antiterroriste
Hichem Miraoui a été tué samedi à Puget-sur-Argens (Var). / Facebook
5 juin 2025

Après quatre jours de garde à vue et un transfert de l'enquête entre les mains du parquet antiterroriste (Pnat), celui-ci a annoncé, ce même jeudi, l'ouverture d'une information judiciaire et la présentation du suspect  à un juge d'instruction pour une possible inculpation, qui pourrait ensuite déboucher sur une éventuelle incarcération.

C'est la première saisine du Pnat concernant un homicide raciste lié à l'ultradroite.

Christophe B. "reconnaît" les faits mais "conteste toute motivation raciste", a indiqué le parquet dans un communiqué. 

Alertés, samedi soir, par la compagne du suspect, les gendarmes avaient interpellé non loin de la scène de crime, ce quinquagénaire français qui avait pris la fuite en voiture.

Le suspect a "diffusé, avant et après son passage à l'acte, deux vidéos (...) au contenu raciste et haineux", selon le parquet de Draguignan (sud-est), initialement chargé de l'enquête.

Plusieurs médias ont épluché son profil Facebook, désormais restreint mais sur lequel apparaissaient encore mardi certaines publications anti-islam, insultantes pour Emmanuel Macron ou en faveur des "gilets jaunes".

Dans une vidéo, selon ces médias, Christophe B. assurait "prêter allégeance au drapeau français" et appelait les Français à "tirer" sur les personnes d'origine étrangère.

L'homme est aussi accusé d'avoir blessé un autre de ses voisins, de nationalité turque.

Une source proche du dossier a précisé à l'AFP que contrairement aux crimes liés au terrorisme, l'appréciation se fait "au cas par cas" concernant les faits liés à l'ultradroite.

Il n'y a en effet pas de rattachement à un groupe dont les actions passées auraient déjà reçu une qualification terroriste.

Cela se fait donc, selon cette source, au regard de la personnalité de l'auteur, de la gravité intrinsèque de l'acte et de l'intention finale de troubler gravement l'ordre public par l'intimidation ou la terreur, critères de saisine de la justice antiterroriste.

En l'espèce, selon la source proche du dossier, Christophe B. avait bien la volonté de "troubler l'ordre public par la terreur". 

Stigmatisation

"Je veux justice pour mon frère", "victime d'un acte terroriste", a réclamé, mardi, Hanen Miraoui, sœur de la victime, par téléphone à l'AFP.

D'après elle, le suspect "était connu dans le quartier de (son) frère pour sa haine des Arabes".

Ce crime "terroriste" a "suscité un profond mécontentement et une profonde tristesse au sein de l'opinion publique" tunisienne, a relevé, lundi, le ministre tunisien de l'Intérieur, Khaled Nouri. Ce faisant, il a souligné "la nécessité d'assurer la protection de la communauté tunisienne sur le territoire français".

Le ministre de l'Intérieur Bruno Retailleau a, de son côté, dénoncé "clairement un crime raciste", "sans doute aussi antimusulman", et "peut-être aussi un crime terroriste".

Après le drame, ce dernier a été pointé du doigt, notamment par une partie de la gauche qui l'accuse de courtiser l'extrême droite à l'approche de l'élection présidentielle de 2027.

De nombreuses voix ont dénoncé, à l'occasion de ce crime, la stigmatisation de la communauté musulmane, alimentée par "les sphères politiques et médiatiques", selon le recteur de la Grande mosquée de Paris Chems-eddine Hafiz.

Les actes antimusulmans ont augmenté de 72% au premier trimestre en France, avec 79 cas recensés, selon le décompte du ministère de l'Intérieur.


SOURCE:AFP