Pendant près de trois heures, Marine Le Pen, Jean-Luc Mélenchon, Édouard Philippe, Gabriel Attal, Raphaël Glucksmann, Bruno Retailleau et Marine Tondelier ont confronté leurs propositions devant des chefs d’entreprise autour de plusieurs thèmes : dette publique, retraites, réindustrialisation, coût du travail, simplification administrative et fiscalité.
Ce premier face-à-face a notamment mis en évidence des divergences profondes sur la manière de redresser les finances publiques et de relancer l’économie française.
Mélenchon veut annuler une partie de la dette détenue par la BCE
Jean-Luc Mélenchon a remis sur la table sa proposition d’annuler une partie de la dette publique française détenue par la Banque centrale européenne (BCE).
Le candidat de La France insoumise (LFI) a également plaidé pour la fin des aides publiques aux entreprises sans contrepartie.
Sa proposition sur la dette a immédiatement suscité les critiques de plusieurs de ses adversaires.
“Vous expliquez qu’on va brûler la dette et vous allez faire en sorte que la France finisse interdit bancaire”, lui a lancé Édouard Philippe, candidat Horizons et ancien Premier ministre d'Emmanuel Macron.
Le fondateur et candidat du parti Place publique, Raphaël Glucksmann a, de son côté, répondu aux critiques formulées par Édouard Philippe et Gabriel Attal en estimant qu’il était “assez étonnant de se prendre des leçons sur la dette de la part de deux anciens Premiers ministres d’Emmanuel Macron”.
La candidate du Rassemblement national ( RN ) Marine Le Pen a pour sa part annoncé qu’elle présenterait, avant le prochain débat budgétaire au Parlement, une trajectoire de redressement des finances publiques reposant sur 125 milliards d’euros d’économies.
Le candidat Les Républicains, ( LR ) Bruno Retailleau a également placé la réduction de la dépense publique au cœur de son projet, évoquant notamment la suppression de 250 000 à 300 000 postes de fonctionnaires.
Les retraites au cœur des divergences
La question de l’âge de départ à la retraite a également fortement opposé les candidats.
Bruno Retailleau a proposé de lier l’âge de départ “à l’espérance de vie”, estimant qu’aucun redressement sérieux des finances publiques ne pouvait faire l’économie d’une réforme des retraites.
La leader du RN a défendu un dispositif permettant aux personnes ayant commencé à travailler avant 20 ans de partir à 60 ans, avant une convergence progressive vers 42 années de cotisations et un âge légal de 62 ans.
Jean-Luc Mélenchon a, lui, plaidé pour un retour “dans un premier temps” à 62 ans, puis “le plus vite possible” à 60 ans.
Marine Tondelier, du parti Les Écologistes, a réaffirmé son intention d’abroger la dernière réforme des retraites.
Gabriel Attal, candidat Renaissance, a, pour sa part, défendu la mise en place d’un nouveau système universel reposant davantage sur la durée de cotisation et a évoqué une part de capitalisation.
Édouard Philippe a estimé que les Français devront à terme “travailler plus” et partir plus tard à la retraite, sans avancer d’âge précis.
Réindustrialisation: normes, compétitivité et planification
La réindustrialisation a constitué un autre axe majeur du débat.
Gabriel Attal et Bruno Retailleau ont tous deux mis en cause le poids des normes et des procédures administratives.
Le candidat de Renaissance a proposé de limiter dans le temps les recours contre certains projets industriels, avec un délai maximal de 18 mois.
Bruno Retailleau a défendu la suppression du principe de précaution, qu’il considère comme un facteur de blocage pour l’industrie française.
Marine Le Pen a dénoncé “des listes infinies de normes inutiles” et proposé un “choc de compétitivité fiscale”, accompagné d’une commande publique davantage orientée vers les entreprises présentes en France.
Édouard Philippe a estimé que “l’essentiel, c’est la compétitivité”, en insistant sur la dette, la souveraineté, la stabilité, la formation, l’apprentissage et les infrastructures.
Jean-Luc Mélenchon a défendu une planification économique et évoqué plusieurs filières susceptibles d’être développées, notamment le textile, le bois et l’industrie maritime.
Raphaël Glucksmann a, pour sa part, plaidé pour un vaste projet européen autour de l’intelligence artificielle, tandis que Marine Tondelier a défendu un renforcement du protectionnisme européen et une action sur le coût de l’énergie.
Le coût du travail oppose les candidats
Sur le coût du travail, Gabriel Attal a promis de revenir sur les hausses intervenues depuis 2024, qu’il considère comme un “boulet” pour les entreprises.
Édouard Philippe a également proposé de rapprocher davantage les salaires brut et net, tout en réduisant le poids des prélèvements sur le travail dans le financement de la protection sociale.
Bruno Retailleau a promis un allègement des charges sociales de l’ordre de 40 milliards d’euros.
Marine Le Pen a, quant à elle, défendu une baisse des dépenses contraintes supportées par les entreprises, notamment dans le domaine de l’énergie.
À gauche, Jean-Luc Mélenchon a directement interpellé les chefs d’entreprise sur les salaires.
“Si vous n’augmentez pas les salaires, la France va tomber en récession. Ça, c’est votre responsabilité”, a-t-il lancé.
Raphaël Glucksmann a également plaidé pour une hausse des salaires, mais sans “casser le modèle social”, en proposant notamment de réduire la CSG sur les revenus du travail et d’augmenter la fiscalité sur les plus grosses successions.
Marine Tondelier a annoncé vouloir porter le SMIC à 2 000 euros brut, accompagné d’un plan de soutien aux très petites, petites et moyennes entreprises.
Simplification: un large consensus, mais des nuances
La plupart des candidats ont également promis de réduire le poids des normes administratives.
Bruno Retailleau a proposé de supprimer rapidement “une centaine de normes”, tandis que Marine Le Pen estime que ce sont “des milliers” de normes qu’il faudrait revoir.
Gabriel Attal a qualifié la simplification administrative d’un des principaux échecs économiques des dernières années.
Édouard Philippe a proposé d’empêcher la France de surtransposer certaines normes européennes.
Marine Tondelier s’est dite favorable à une simplification de l’administration, notamment afin que l’État ne demande pas plusieurs fois la même information aux entreprises.
Raphaël Glucksmann a néanmoins insisté sur le fait que toutes les normes ne devaient pas être considérées comme nuisibles.
“La norme, c’est comme le cholestérol, il y a de la bonne norme, il y a de la mauvaise norme”, a-t-il estimé, rappelant leur rôle dans la protection de la santé et de l’environnement.
Jean-Luc Mélenchon s’est montré plus réservé sur l’idée d’une suppression généralisée des normes, estimant qu’elles pouvaient être nécessaires pour protéger l’intérêt général.
Le pacte Dutreil divise également
Le pacte Dutreil, dispositif facilitant la transmission familiale des entreprises, a également été au centre des échanges.
Édouard Philippe a assuré qu’il ne toucherait “pas à un cheveu du pacte Dutreil”.
Gabriel Attal et Marine Le Pen ont également défendu le maintien du dispositif, cette dernière souhaitant toutefois le conditionner au maintien de la production en France pendant au moins dix ans.
À l’inverse, Marine Tondelier et Raphaël Glucksmann ont plaidé pour une réforme du mécanisme, estimant qu’il était parfois détourné à des fins d’optimisation fiscale.
Les premières mesures annoncées pour 2027
Interrogés en fin de débat sur leur première grande réforme en cas d’élection en mai 2027, les candidats ont présenté des orientations très différentes.
Édouard Philippe a annoncé qu’il ferait de la révision du budget et du rétablissement des finances publiques sa priorité.
Marine Le Pen a insisté sur la présentation prochaine de son plan d’économies.
Bruno Retailleau a promis un “double choc fiscal et réglementaire” et une sortie possible des 35 heures au niveau des entreprises ou des branches.
Raphaël Glucksmann a défendu un “contrat patriotique” axé sur la réindustrialisation, la transition écologique et la révolution technologique.
Marine Tondelier a de nouveau mis en avant la hausse du SMIC à 2 000 euros brut et un soutien accru aux PME.
Jean-Luc Mélenchon a enfin défendu une politique combinant planification écologique, création d’un pôle public et réforme de l’impôt sur les sociétés.
Ce premier grand débat marque ainsi l’entrée de la campagne présidentielle de 2027 sur le terrain économique, avec des lignes de fracture désormais clairement posées entre les différents camps sur la dette, les retraites, la fiscalité et le modèle social français.























