Cette affaire, l'une des plus emblématiques des cas de violences policières, avait à l'époque fait réagir jusqu'au sommet de l'Etat, le président Emmanuel Macron parlant de "honte".
Elle avait relancé le débat sur les violences et le racisme dans la police en France, jugés systémiques par des victimes et chercheurs, mais relevant d'actes isolés selon l'institution et les syndicats de police.
Des voix avaient fait le parallèle avec l'affaire George Floyd aux Etats-Unis, cet Afro-américain mort après une interpellation asphyxié sous le genou d'un policier et qui a contribué à l'essor du mouvement Black Lives Matter.
Poursuivis pour violences volontaires en réunion et faux en écriture publique par personne dépositaire de l'autorité publique, les trois accusés, dont le procès durera deux semaines, encourent 15 ans de réclusion criminelle.
Un quatrième policier sera jugé lui en correctionnelle, qui prévoit une peine de dix ans d'emprisonnement maximum.
Le 21 novembre 2020, alors que la France, en pleine crise sanitaire du Covid, vit son deuxième confinement, Michel Zecler est interpellé par une patrouille policière devant son studio de musique parisien pour non-port du masque.
Poussé par les policiers à l'intérieur du sas d'entrée de son local, le producteur subit alors un passage à tabac très violent, enregistré par la caméra de surveillance du studio.
"Avalanche de coups"
"Une avalanche de coups", comme l'écrivent les enquêteurs. Entre 19h42 et 19h47, le producteur est frappé à une trentaine de reprises au visage et sur l'ensemble du corps, à coups de poings et de matraque. L'expertise médicale relèvera un traumatisme crânio-facial, une plaie à la lèvre et au cuir chevelu, une rupture complète du tendon du biceps, justifiant une ITT (interruption totale de travail) de 45 jours.
Révélées par le site Loopsider six jours après les faits, les images de la vidéosurveillance mettent à bas la version des policiers.
Leur procès-verbal d'interpellation indiquait que le producteur leur avait porté des coups et avait tenté de s'emparer de leur matraque. Zecler avait été placé en garde à vue pour "violences" et "rébellion".
Confrontés aux images, les policiers, Aurélien L., Pierre P. et Philippe T., aujourd'hui âgés de 29, 37 et 50 ans, ont pendant l'enquête reconnu que le producteur n'avait pas porté de coups, mais assuré avoir eu peur pour leur vie.
Suspendus de la police, deux d'entre eux avaient par ailleurs été incarcérés pendant un mois.
Les accusés ont tous en revanche contesté la dimension raciste de l'agression, qui n'a pas été retenue par la justice faute de preuves.
Michel Zecler affirme avoir été traité de "sale nègre", ce que nient les policiers. Leurs avocats, sollicités par l'AFP, n'ont pas souhaité s'exprimer.
"Cauchemars"
Michel Zecler, aujourd'hui âgé de 47 ans, a toujours des séquelles physiques - il a une ancre en titane dans le bras gauche à la suite de la rupture de son tendon.
Il reste surtout très marqué moralement. "Six ans, c'est très très long", et à l'approche du procès "plein de choses reviennent, comme les cauchemars", a-t-il confié.
Michel Zecler, qui assiste régulièrement aux procès où des policiers sont mis en cause, "ne croit plus du tout" au concept de "brebis galeuses" dans la police, et s'interroge toujours aujourd'hui sur "la facilité" avec laquelle il a été agressé.
"C'est une agression qui ne devait pas arriver", soupire le producteur, qui espère a minima que son procès permettra de faire en sorte que "ce genre de choses se produise moins souvent".
"Mais il n'y a pas tout le temps de vidéo", constate-t-il amèrement.
L'affaire Zecler avait conduit à sept mois de consultation au sommet de l'Etat entre le gouvernement et les syndicats de police sur la formation des agents, leur encadrement et la captation vidéo.
"Une montagne qui a accouché d'une souris", selon Zecler, qui a toujours "l'impression d'être face à une institution qui refuse de croire que certains de ses membres puissent commettre des erreurs".






















