France: le parti d’Emmanuel Macron a dix ans
Il a été baptisé "En marche" et a été lancé par le tout jeune Emmanuel Macron pour lancer son assaut sur l’Elysée. Dix ans après, le parti du président a connu plusieurs noms et est plutôt en mauvaise posture pour la prochaine présidentielle.
On peut résumer l’aventure politique du parti En Marche ainsi: il y a dix ans, le ministre de l’Économie de François Hollande, Emmanuel Macron, lance un nouveau mouvement politique à Amiens, qui va le conduire à l'Élysée. Le parti est aujourd’hui dirigé par Gabriel Attal.
Le mouvement change de nom au fil des ans. Il devient la République en marche (LREM), Ensemble pour la République et aujourd’hui Renaissance. Quatre noms différents en dix ans indique un manque de lisibilité, voire un manque d’identité.
Car le parti est lié à la personne d’Emmanuel Macron, à tel point que Bruno Retailleau, lorsqu’il était ministre de l'Intérieur en juillet 2025, n'a pas hésité à prédire que ce mouvement allait mourir en 2027 avec le départ de la présidence de son fondateur.
Ce matin, sur CNews, le journaliste Thomas Bonnet concluait son édito avec la même prédiction, en affirmant que “le macronisme finira en même temps que la présidence d’Emmanuel Macron”.
Le parti En Marche devait n’être “ni à droite, ni à gauche” et le sémillant trentenaire promettait de “refonder par le bas”, pour traiter les blocages de la société française et proclamait le “en même temps” comme un mantra de modernité.
Dix ans et des échecs qui s’accumulent
Dix ans après sa fondation, le bilan du parti n’est ni social, ni de gauche.
Les gouvernements d’Emmanuel Macron sont considérés comme étant très à droite. Ils ont joué la carte de la coalition de droite et du centre en réunissant autour d’eux les Républicains, le MoDem, et Horizons.
En 2017, Emmanuel Macron est parvenu à séduire certains socialistes, comme le député socialiste Richard Ferrand, devenu par la suite président de l’Assemblée nationale, ou le sénateur François Patriat. Mais cette fascination pour le jeune ministre de l’Économie sous Hollande a depuis fait long feu.
Pire, il semble qu’aucun candidat déclaré à cette heure pour l’élection de 2027 ne veuille faire campagne sous l’étiquette du parti d’Emmanuel Macron. Il faut dire que l’héritage politique est lourd à assumer.
Renaissance doit assumer la dissolution de l’Assemblée nationale de juin 2024, les réformes de la retraite et de l’assurance-chômage. Son mandat va s’achever avec une dette publique qui est colossale, et la montée inexorable du Rassemblement national.
Un parti sans ancrage autre que parisien
Dix ans après sa naissance, ce parti a des allures de coquille vide.
En Marche a été la victoire du marketing politique sur les idées, persiflent les commentateurs en ce jour anniversaire: un candidat jeune, plein d’énergie, des promesses de renouveau, un contexte politique amorphe et le tour fut joué.
Après le hold-up électoral de 2017 qui a conduit Emmanuel Macron à la présidence de la République, ce parti n'a pas pris racine en province. Lors des dernières élections municipales, Renaissance a gagné deux mairies, Annecy et Bordeaux, mais n’est présent ailleurs qu’à la faveur de listes divers droite.
Pour ce dixième anniversaire, les 33 000 adhérents de Renaissance sont invités à faire part de leurs souvenirs marquants et des événements seront organisés dans chacun des comités locaux.
Gabriel Attal, son secrétaire général et ancien Premier ministre, souhaiterait changer à nouveau le nom de ce parti avant 2027. Comme un aveuveu que l’héritage Macron est trop encombrant.