La Türkiye a intensifié ses efforts diplomatiques pour enrayer l'escalade du conflit au Moyen-Orient, appelant à un cessez-le-feu immédiat et à la reprise des négociations, alors que les combats entre les États-Unis, Israël et l'Iran risquent de plonger la région dans le chaos.
Lors d'une conférence de presse conjointe à Ankara jeudi avec son homologue allemand Johann Wadephul, le ministre turc des Affaires étrangères, Hakan Fidan, a déclaré qu'Ankara discutait activement avec Téhéran et Washington pour contribuer à la fin du conflit.
"Nous sommes plus que jamais à un tournant où la négociation et le dialogue sont indispensables. Nos efforts en ce sens se poursuivront. Nous sommes en contact avec les parties iranienne et américaine", a déclaré Fidan.
Il a souligné que la priorité de la Türkiye était d'empêcher une escalade encore plus grave.
"Ces derniers jours, nous avons vécu les moments les plus intenses de cette guerre. La question est de savoir quelles sont les chances de négociations et dans quelle mesure elles sont envisageables", a-t-il ajouté. "Cette guerre doit prendre fin au plus vite."
Le conflit a éclaté le 28 février, lorsque les États-Unis et Israël ont lancé une offensive aérienne conjointe contre l'Iran, déclenchant une vague de représailles de Téhéran. L’Iran a utilisé des drones et des missiles pour cibler Israël, la Jordanie, l'Irak et plusieurs États du Golfe abritant des forces américaines.
Selon les autorités iraniennes, ces frappes ont tué plus de 1 300 personnes, dont le Guide suprême iranien Ali Khamenei, ainsi que plus de 150 écolières, exacerbant encore les tensions dans la région.
La Türkiye s'oppose à la déstabilisation de l'Iran
Fidan a également mis en garde contre toute tentative d'exploiter les divisions internes en Iran dans le contexte du conflit.
Ankara reste "totalement opposée à tout plan visant à provoquer une guerre civile en Iran et à alimenter les conflits sur des bases ethniques ou religieuses", a-t-il déclaré.
Il a souligné que l'intégrité territoriale de l'Iran devait être respectée et a mis en garde contre toute tentative de déstabilisation du pays par l'exploitation des tensions ethniques ou sectaires.
"Nous nous opposons aux plans visant à déclencher une guerre civile en Iran et à provoquer des conflits sur les lignes de fracture ethniques et religieuses", a déclaré Fidan, ajoutant qu'Ankara ne tolérerait pas de telles tentatives.

Appels à prévenir une extension régionale du conflit
Le ministre turc des Affaires étrangères a également critiqué la poursuite des bombardements israéliens sur le Liban, avertissant qu'ils risquaient de précipiter le pays dans le chaos.
"Les attaques israéliennes doivent cesser avant que l'État libanais ne s'effondre", a-t-il déclaré, notant que les combats avaient déplacé environ un million de personnes.
Un tel scénario, a-t-il averti, aurait de graves conséquences pour l'ensemble du Moyen-Orient, et en particulier pour les pays voisins.
Le Liban a été entraîné dans la guerre après que le Hezbollah, groupe soutenu par l'Iran, a lancé des attaques contre Israël suite à l'assassinat de Khamenei lors des frappes américano-israéliennes.
Le ministre allemand des Affaires étrangères, Johann Wadephul, qui s'est entretenu avec Fidan à Ankara, a également insisté sur l'urgence d'empêcher une nouvelle escalade.
"Notre tâche est désormais d'empêcher que ce conflit ne s'aggrave", a-t-il déclaré, ajoutant que la communauté internationale devait se pencher d'urgence sur la manière de résoudre durablement ce conflit et d'établir une architecture de sécurité régionale crédible.
Erdogan appelle au cessez-le-feu et à la diplomatie
Le président turc, Recep Tayyip Erdogan, a relayé cet appel à la désescalade, affirmant qu'Ankara œuvrait activement pour ramener les parties à la table des négociations.
La position de la Türkiye concernant l'Iran est "claire", a déclaré Erdogan lors de la réunion du groupe parlementaire de son parti, mercredi, ajoutant qu'Ankara était toujours du côté de la paix, et non de la guerre.
Il a indiqué qu'Ankara déployait "des efforts considérables pour garantir le silence des armes, l'instauration d'un cessez-le-feu et la reprise des pourparlers".
"Nous nous efforçons d'éteindre l'incendie avant que les flammes ne s'étendent, avant que le cercle de feu ne se propage et avant que davantage de vies ne soient brisées et de sang versé", a-t-il déclaré.
Erdogan a ajouté que la Türkiye suivait de près l'évolution de la situation et prenait des mesures pour se protéger de l'instabilité croissante, tout en poursuivant son engagement diplomatique.
Il a également critiqué le gouvernement du Premier ministre israélien Benjamin Netanyahu, l'accusant d'alimenter l'instabilité dans la région et affirmant que la trajectoire actuelle risquait d'aggraver la crise.
Parallèlement, Erdogan a souligné que la Türkiye rejettait les discours sectaires susceptibles d'attiser davantage les tensions.
"Nous rejetons les distinctions fondées sur la race, la secte, la religion, la langue ou l'origine", a-t-il déclaré. "Nous n'avons pas de religion appelée "islam sunnite" ou "islam chiite". Nous n'avons qu'une seule religion: l'islam."

Concilier diplomatie et sécurité régionale
Malgré l'intensité du conflit, les responsables turcs maintiennent qu'une solution diplomatique reste possible si le dialogue reprend.
Erdogan a déclaré qu'Ankara "poursuivait patiemment ses efforts pour reprendre les négociations et relancer la diplomatie", soulignant que la Türkiye ne resterait pas indifférente aux crises régionales.
Le président a également mis en garde contre ce qu'il a qualifié de "scénarios sanglants" orchestrés au Moyen-Orient, notamment les tentatives d'attiser les conflits sectaires.
Alors que les combats se poursuivent et que les tensions régionales s'intensifient, les dirigeants turcs se positionnent comme un acteur diplomatique clé, cherchant à empêcher que la guerre ne dégénère en un conflit régional plus vaste.

















