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On assiste à une extrême droitisation du gouvernement et des Républicains, selon un expert français
Les thèmes historiques du Rassemblement national sont repris par les partis du gouvernement d’Emmanuel Macron pour faire reculer ce parti. Pourtant, cette politique, loin d’obtenir des résultats probants, a contribué à banaliser ses idées extrêmes.
On assiste à une extrême droitisation du gouvernement et des Républicains, selon un expert français
Entretien avec Olivier Le Cour Grandmaison sur les crimes coloniaux / Others

Olivier Le cour Grandmaison est maître de conférences en science politique à l’université d’Evry-Val d’Essonne.

Après la polémique entre Macron et Borne sur le Rassemblement National ou encore le débat actuel sur l’immigration, comment les idées d'extrême-droite portées par le Rassemblement National se banalisent-t-elles aujourd'hui en France ?

Alors, avant de répondre plus précisément à la question, il faudrait commencer par établir un principe essentiel qui vaut à la fois en politique et sur le plan pénal, même si les choses sont des champs évidemment distincts. En effet, la responsabilité, qui peut être imputée aux uns et aux autres, doit être évidemment indexée sur les fonctions qu'ils exercent. Je veux dire par là que plus les fonctions sont importantes, plus la responsabilité est significative. De ce point de vue-là, Emmanuel Macron, son gouvernement, un certain nombre de ses ministres, portent à mes yeux une responsabilité écrasante dans la montée du Rassemblement national. Faut-il rappeler que Emmanuel Macron avait promis qu'il ferait baisser le RN ? Que lui, au pouvoir, les idées d'extrême droite seraient combattues ? Force est de constater qu'après sa réélection en 2022, notamment après les élections législatives, jamais sous la cinquième République, le Rassemblement national n'avait obtenu autant de députés, alors même que le mode de scrutin était réputé leur être très défavorable.

Et de ce point de vue-là, il faut bien établir ceci qu'effectivement, tout au long du premier quinquennat comme maintenant encore, le Rassemblement national ne cesse de progresser. Le gouvernement et le Président de la République portent une responsabilité très importante. Vous avez signalé le projet de loi relatif à l'asile et à l'immigration. Il est tout à fait singulier de voir une première ministre, Mme Borne, anciennement socialiste, être prête à négocier avec les Républicains, qui eux-mêmes ont emprunté tout ou partie de leurs propositions au Rassemblement national.

Comment peut-on, selon vous, lutter contre les idées de l'extrême droite aujourd'hui en France?

Tout d'abord, il faut rappeler un constat qui me paraît très important et qui permet sans doute de mieux comprendre l'involution de la situation politique en France. Effectivement, il s’agit d’une involution très spectaculaire, pour Renaissance et les Républicains, qui pour une bonne partie d’entre eux ne combattent plus les idées du Rassemblement national. Ils combattent les candidats du Rassemblement national, mais en reprenant un certain nombre de leurs propositions. C'est vrai sur la question de l'immigration et de l'asile, c'est vrai sur un certain nombre de propositions relatives à la sécurité. Le prétendu « Front républicain », dont beaucoup se réclament en affirmant qu'ils défendent des valeurs de la République, a aujourd'hui cédé, pour filer cette métaphore, à de vastes écluses qui laissent passer de très nombreuses thèses directement empruntées à l'extrême-droite. Tant et si bien que les idées de l'extrême droite ne sont plus simplement défendues sur un certain nombre de points par le Rassemblement national, mais elles sont défendues de façon tout à fait officielle par les Républicains et, sur certains points, par le gouvernement dirigé par Isabelle Borne.

A titre d’exemple, Gérald Darmanin, ministre de l'intérieur, est prêt à négocier avec Les Républicains. Je suppose qu’il tentera, dans cette négociation, de faire un certain nombre de compromis voire de compromissions avec cette formation politique pour tenter de trouver une majorité à l'Assemblée nationale. En banalisant les idées du Rassemblement national, on assiste à ce que j'appellerais aussi une « extrême droitisation du gouvernement et des Républicains ».

Tout discours anti-immigrés ou tout discours islamophobe semble bénéficier au Rassemblement national en termes de vote au cours des différentes élections. Quel rôle les élites politiques et médiatiques font-ils jouer à ce type de discours ?

Alors il y a un choix qui, me semble-t-il, a été fait depuis maintenant fort longtemps par une partie des élites politiques et notamment des droites de gouvernement et des partis de renaissance qui consiste à dire qu'il ne faut pas laisser les thèmes de l'islam, de l'immigration et de la question des réfugiés au Rassemblement national.

Sur cette base-là, cela consiste à reprendre un certain nombre de leurs idées ou plus exactement en faisant le pari que cela fera baisser l'audience de ce même Rassemblement national. Force est de constater aujourd'hui que ce qu'on nous a présenté comme une position réaliste est absolument irréaliste. C'est exactement l'inverse qui se produit ! C'est à dire que plus on assiste à cette banalisation d'un nombre de thèses du Rassemblement national, plus celui-ci progresse.

Il faut également attirer l'attention sur des phénomènes qui se passent à l'étranger, en particulier en Italie. Je rappelle qu’Emmanuel Macron a visiblement salué un certain nombre de ses propositions relatives à l'immigration et à la question de l'asile, à la suite de ce qui s'est passé en Méditerranée. Rappelons aussi que dans un certain nombre de pays du Nord, il y a maintenant des coalitions de partis sociaux-démocrates avec des droites et voire des extrêmes-droites islamophobes et racistes qui se sont constituées.

Et de ce point de vue-là, je crois que ce qui se passe ailleurs témoigne là aussi de l'extraordinaire progression des idées d'extrême-droite en Europe. Hélas, je crains qu'aux prochaines élections présidentielles Marine Le Pen soit dans une position de force en observant le processus de décomposition-recomposition des droites de gouvernement et des forces politiques de gauche qui est en cours.

SOURCE:TRT Francais
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