POLITIQUE
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Industrie du cacao: le chocolat enrichit les multinationales et ruine l’Afrique
Comme l’an dernier, les prix des chocolats consommés à Pâques en Europe ont augmenté (+4% en 2026 et 36 % en 4 ans, selon le Syndicat du chocolat en France). Les cours du cacao suivent une tendance inverse: en un an, ils ont été divisés par trois.
Industrie du cacao: le chocolat enrichit les multinationales et ruine l’Afrique
Les touristes du parc de Barcelone sont ravis par les œufs de Pâques inspirés de Gaudí. / Reuters
il y a 5 heures

Comme l'année précédente, les consommateurs de cacao en Europe, et plus particulièrement en France, tapent du point en raison de la flambée des prix. Le prix des chocolats continue d'augmenter (+4 % cette année). En quatre ans, les prix ont grimpé de 36 %: 9 % en 2023, 5 % en 2024 et 14 % en 2025, déplore UFC-Que choisir (Union fédérale des consommateurs), la première association de défense des consommateurs en France.

Une bonne affaire pour les chocolatiers, d’autant plus que les ventes durant cette période de Pâques est la plus faste, représentant 11 % du chiffre d'affaires annuel.

Une situation intrigante pour les consommateurs. En douze mois, le prix du cacao a été divisé par trois. La tonne est en effet passée en moyenne de 11 000 dollars à 3 000 dollars.

Le syndicat des chocolatiers de France relativise le contraste qui, de son point de vue, n’est qu’apparent. Le cacao ne représente qu’entre 10 et 20 % des ingrédients entrant dans la fabrication d’une tablette de chocolat, justifie-t-il. Il souligne l’apport d'autres intrants comme le beurre, le sucre, le lait, de la poudre, etc. dont les prix connaissent des fluctuations.

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De plus, insistent les professionnels du cacao, la matière première est acquise grâce aux contrats à terme. Autrement dit, le chocolat que l’on trouve actuellement dans les rayons des supermarchés européens est issu du cacao acheté entre 2024 et 2025. A cette période, expliquent-ils, la tonne de cacao frôlait les 13 000 dollars. C’est dire, d'après ces explications, que le chocolat actuellement en rayon en Europe est fabriqué avec du cacao acheté au plus fort de la crise des prix de cette denrée.

“Le cacao destiné à Pâques 2026 a été acheté il y a de nombreux mois voire, pour certaines entreprises, au moment du pic du cours”, se justifie le syndicat du chocolat de France.

La baisse des prix du chocolat devrait logiquement se faire sentir progressivement, et non à court terme. Entre-temps, les consommateurs devront composer avec un cacao moins cher, mais un chocolat toujours plus coûteux.

Des explications amères pour les consommateurs, visiblement à la recherche d'alternatives. Dominique Schelcher, qui dirige Système U, un réseau de distribution en France, a relevé une baisse de 15 % des volumes de vente des chocolats à la veille de Pâques, le 2 avril sur RTL rapporte le média l’Opinion. 

Mieux, les alternatives au chocolat commencent à arriver dans les rayons des supermarchés grâce à l'ingéniosité des start-up.

Malaise en Afrique

 En Afrique, le malaise est perceptible chez les planteurs de cacao. Le Ghana en est une illustration. Environ 70% des petits planteurs du Ghana par exemple, n'arrivent plus à vivre convenablement de leur labeur. D'après un rapport de l'ONG britannique Oxfam de mai 2020, les cacaoculteurs ghanéens gagnaient à peine 60 dollars par tonne de cacao, ce qui les maintient largement en dessous du seuil de pauvreté, fixé à un dollar par jour par les Nations unies. La situation n’a pas changé depuis.

“Nous allons CESSER de VENDRE notre CACAO à l'étranger ; nous allons acheter notre propre cacao et le transformer localement”, a annoncé le président ghanéen John Mahama en marge du 39e sommet de l’Union africaine à Addis Abeba. 

Le président ghanéen vise l’achat sur le marché local d’au moins 50 % de la production locale de cacao, soit environ 400 000 de fèves. L’objectif est de “créer de la valeur ajoutée”, afin d’irriguer l'économie nationale et de rémunérer les planteurs à leur juste valeur.

En cela, la bourse du cacao ne serait qu'un élément clé d'une stratégie, explique à TRT Français Germain Salla qui dirige l’Institut des matières premières à Douala. Une stratégie conquérante qui se décline en quatre points:

la production, la transmission, la consommation et la commercialisation (PTCC).

Concernant la production, "l'Afrique contrôle déjà l'essentiel du marché du cacao, avec au moins 70 % des parts de marché".

La transformation devrait constituer une priorité pour les pays africains producteurs de cacao, insiste Germain Salla.

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SOURCE:TRT Français