Pour rédiger ce rapport, le Consortium pour la protection de la Cisjordanie a rencontré des familles palestiniennes déplacées entre 2023 et 2026. Toutes ont vu leurs revenus diminuer.
Au total, 86 % des familles déplacées affirment que leurs conditions de vie sont pires qu'avant leur déplacement.
"Avec la perte de leurs terres, les familles ne perdent pas seulement leurs maisons et leurs communautés. Elles perdent aussi les moyens de subsistance qui leur permettaient de survivre", a déclaré Allegra Pacheco, cheffe de projet du WBPC (West Bank Protection Consortium). "Le déplacement forcé signifie que les familles ne peuvent plus cultiver leurs terres, faire paître leur bétail ni gagner les revenus nécessaires à leur survie."
"Ces résultats montrent que le déplacement n'est pas un événement ponctuel, mais une phase d'une crise prolongée", conclut le rapport du consortium.
Les ONG impliquées dans ce rapport soulignent que les familles déplacées ont besoin d'une aide humanitaire, car elles sont souvent privées d'accès à l'eau, à l'électricité, voire d'un abri sûr. Faute de financements durables, les familles déjà déplacées s'enfoncent davantage dans la pauvreté et l'insécurité.
Le Consortium pour la protection de la Cisjordanie, dirigé par le NRC (Norwegian Refugee Council), apporte un soutien matériel et juridique aux communautés palestiniennes afin de prévenir les transferts forcés de population en Cisjordanie. Cinq organisations non gouvernementales internationales se sont regroupées pour mener ce travail.
Une vague de déplacements sans précédent
La Cisjordanie connaît actuellement la plus importante vague de déplacements forcés de Palestiniens depuis 1967.
Le consortium s'est donc intéressé à la situation de 233 ménages palestiniens déplacés de force dans la zone C, qui représente 62 % de la Cisjordanie et demeure sous contrôle israélien total.
Depuis janvier 2023, les violences et les restrictions d'accès imposées par les colons israéliens ont déplacé 6 200 Palestiniens en Cisjordanie, dont plus d'un tiers au cours du premier semestre de cette année.
Les opérations militaires israéliennes ont également contraint plus de 33 000 Palestiniens à quitter les camps de réfugiés de Jénine et de Tulkarem en 2025.
Dans son rapport tout juste publié, le consortium dénonce les violences commises par l'armée israélienne et les colons qui, en Cisjordanie occupée, constituent l'un des instruments de la colonisation soutenue par l'État d'Israël.
Les Palestiniens expulsés de chez eux par tous les moyens
L'une des stratégies les plus dénoncées est la violence des colons, qui se traduit par des menaces, des incendies, des passages à tabac ou encore des vols de moutons. Cette violence est souvent présentée comme le fait d'initiatives individuelles, mais l'armée ou la police assistent à ces actes sans jamais empêcher la destruction de magasins, de voitures ou de maisons.
En 2025, 1 835 attaques de colons ont fait des victimes ou causé des dégâts matériels, soit le nombre le plus élevé enregistré depuis que l'ONU a commencé à les recenser en 2006.
Cela représente une hausse de 27 % par rapport à 2024, année au cours de laquelle l'ONU avait recensé 1 449 attaques de colons.
Une autre méthode est utilisée par Israël pour expulser les Palestiniens de leurs terres. En 2025, les autorités israéliennes ont démoli 1 536 structures en Cisjordanie faute de permis de construire, soit le nombre le plus élevé enregistré depuis que l'ONU a commencé à recenser ces démolitions en 2009 (OCHA).

La procédure pourrait sembler légitime puisque les Palestiniens n'ont pas l'autorisation de construire dans la zone C sans permis, administrée par Israël. Cependant, les Palestiniens vivant dans cette zone se voient systématiquement refuser ces permis de construire (source : Bimkom).
Israël viole le droit international
Seules 6 % des familles interrogées envisagent de retourner dans leur village. La peur ou la perte totale de leurs biens rendent tout retour impossible pour les autres.
"Le transfert forcé constitue une violation grave – l'une des plus graves du droit international humanitaire. Le gouvernement israélien doit également cesser toutes les politiques et pratiques qui contribuent à ces transferts forcés et faciliter immédiatement le retour des Palestiniens déplacés", a déclaré Allegra Pacheco, rappelant qu'en vertu du droit international et selon plusieurs arrêts de la Cour suprême israélienne, les Palestiniens de la zone C devraient pouvoir retourner dans leurs communautés.
Les ONG impliquées dans ce rapport appellent la communauté internationale à contraindre Israël à mettre fin à cette politique de déracinement.
"Sans action significative, davantage de communautés seront déracinées et les personnes déjà déplacées verront leurs espoirs de retour s'éloigner encore davantage", prévient Allegra Pacheco, cheffe de projet du WBPC.






















