Après les annonces de profits records en fin de semaine dernière par TotalEnergies, BP, Exxon… il faut regarder du côté des raffineries pour comprendre le marché du pétrole.
La semaine dernière, les compagnies pétrolières ont presque toutes publié des chiffres records. Le géant britannique BP a fait état d’un bénéfice supérieur à 8 milliards de dollars au troisième trimestre (contre 2,2 milliards sur la même période un an plus tôt). TotalEnergies a annoncé un bénéfice de 19,51 milliards de dollars sur les neuf premiers mois de l’année 2026, soit près du double de celui enregistré l’année dernière.
ExxonMobil, Chevron et Shell ont tous annoncé des résultats exceptionnels. Ensemble, ces groupes ont réalisé un bénéfice net cumulé supérieur à 56 milliards de dollars au cours du dernier trimestre, selon un calcul de l’agence Bloomberg.
Au-delà de ces chiffres records, il faut comprendre que la hausse du prix du baril de Brent et l’explosion du coût des assurances dans le commerce maritime ne sont plus les seuls indicateurs à suivre pour comprendre cette hausse persistante des prix à la pompe.
Désormais, il y a une pénurie de produits pétroliers raffinés. Le diesel et le mazout sont particulièrement concernés, ce qui explique les hausses record du prix du litre de diesel.
Des raffineries ciblées dans les conflits
Les miliciens houthis du Yémen ont visé plusieurs fois des raffineries saoudiennes, tandis que les Ukrainiens ont visé les stocks ou les raffineries russes.
Ainsi, le 27 octobre, les miliciens houthis yéménites ont affirmé avoir frappé mardi, avec un missile balistique, la raffinerie pétrolière saoudienne de Ras Tanura, la plus importante du royaume.
Ce vendredi 30 octobre, Kiev a frappé un site pétrolier situé dans la région russe de Samara. Le lendemain, des drones ukrainiens à longue portée ont pris pour cible le pôle industriel situé dans la république de Bachkortostan (dans l’ouest de la Russie). La raffinerie Bachneft-Novoil aurait été touchée.
Un dixième de la capacité mondiale de production de carburants et de combustibles est affecté par ces attaques, selon ExxonMobil.
Ajoutons que la Chine et la Russie exportent moins de produits pétroliers, car elles donnent la priorité à leur marché intérieur.
Ce n’est pas anodin, car Pékin dispose des plus grandes capacités de raffinage du monde, devant les États-Unis, selon le cabinet KPMG. La Russie interdit l’exportation de diesel jusqu’à la fin de l’année, à l’exception des exportations destinées à alimenter le marché américain après la signature d’un accord commercial avec Donald Trump.
Une réduction mondiale des capacités de raffinage
Ces attaques, tensions et frappes de drones ont réduit les capacités de raffinage. Selon l’Agence internationale de l’énergie, en août, les raffineries mondiales ont traité environ 81,4 millions de barils par jour, soit 960 000 barils de plus qu’en juillet, mais encore 4,2 millions de barils par jour de moins qu’un an auparavant.
Sur l’ensemble de 2026, l’AIE prévoit un recul de 2,6 millions de barils par jour des volumes raffinés mondiaux, à environ 81,5 millions de barils par jour en moyenne.
Si l’on additionne les volumes produits dans le Golfe et en Russie, les exportations nettes de diesel et de gasoil sont inférieures d’environ 1,6 million de barils par jour à leur niveau de février 2026.
Selon l’AIE, seules cinq raffineries russes fonctionnent normalement. Certaines infrastructures ont été attaquées jusqu’à 15 fois depuis 2022, conclut un rapport publié en septembre.
Avant les perturbations, ces deux régions représentaient ensemble près de 45 % du commerce maritime mondial de ces deux carburants.
Résultat, les raffineries encore en activité sont sous pression et empochent des bénéfices records. C’est notamment le cas de Phillips 66 (PSX.N), une entreprise multinationale américaine spécialisée dans l’énergie, basée à Houston, au Texas, qui a annoncé mercredi un bénéfice trimestriel record grâce à des marges de raffinage accrues.
Les géants du pétrole raffinent à tour de bras
Les compagnies qui possèdent des raffineries essaient de combler le manque de produits sur le marché. Elles agrandissent des raffineries, repoussent des opérations de maintenance ou relancent des sites fermés.
Ainsi, selon le quotidien Le Temps, ExxonMobil et Chevron ont fait fonctionner leurs raffineries quasiment à pleine capacité au troisième trimestre. Ils ont également agrandi les installations situées à Beaumont, sur le golfe du Mexique, et à Baytown, au Texas.
Selon l’agence Reuters, les raffineries de la compagnie pétrolière publique brésilienne Petrobras ont atteint un taux d’utilisation de 98 % en octobre, dans un contexte où l’entreprise cherche à réduire ses besoins en importations.
C’est dans ce contexte qu’il faut comprendre les critiques formulées à la mi-octobre par le président américain Donald Trump au sujet des campagnes de frappes contre les raffineries de pétrole russes, puis l’exigence du président américain que ces deux pays cessent de s’attaquer mutuellement à leurs sites énergétiques.
"Sans missiles Patriot, les frappes sur les raffineries russes se poursuivront", a répondu ce dimanche le président ukrainien Volodymyr Zelensky. Kiev demande à recevoir ces missiles pour pouvoir contrer les attaques russes sur les villes et les infrastructures ukrainiennes.






















