Fermeture du détroit d’Ormuz par l’Iran: le trafic maritime paralysé
Alors que les frappes américaines et israéliennes entament leur quatrième journée, l’Iran a fermé le détroit d’Ormuz. C’est la première fois que cette voie, un couloir maritime crucial pour le commerce international, est fermée.
L’Iran a mis ses menaces à exécution. Lundi, le conseiller du commandant en chef des Gardiens de la révolution iraniens, le général de brigade İbrahim Cebbari, a annoncé hier la fermeture du détroit d’Ormuz aux passages et a menacé d’attaquer tout navire tentant de franchir cette zone. “Le détroit d’Ormuz est fermé. Nous attaquerons et incendierons tout navire qui tentera de passer. Les navires seront détruits par nos héros des forces navales et terrestres des Gardiens de la révolution”, a-t-il déclaré.
L’Iran indique que les bateaux qui approchent la zone le font à leurs risques et périls. “Le prix du pétrole a atteint 82 dollars et le monde s’attend sans doute à ce qu’il atteigne au moins 200 dollars. Nous frapperons également les oléoducs et n’autoriserons la sortie d’aucune goutte de pétrole de la région”, a affirmé Cebbari.
Menaces sur le pétrole dont le prix augmente
Le blocage du détroit d'Ormuz constitue un "gel sans précédent" du commerce maritime mondial, qui pèse surtout sur les produits pétroliers, mais menace aussi beaucoup d'autres secteurs industriels.
Cette voie maritime permet surtout les exportations de produits pétroliers et gaziers des pays du Golfe. Un quart du pétrole mondial et un cinquième du gaz naturel liquéfié y transitent.
Mais l'accès au détroit d'Ormuz n'est pas primordial sur la grande route Asie-Europe, car le chemin se finit en cul-de-sac aux abords du Koweït, de l'Irak et de l'Iran, soulignent les analystes.
En revanche, le passage du détroit est essentiel pour les échanges régionaux puisqu'il permet aux marchandises d'arriver au port de Dubaï, Jebel Ali, 10e port mondial de conteneurs, et plaque tournante de redistribution pour plus d'une dizaine de pays de la région.
Cette fermeture est une première; même pendant la guerre du Golfe, "il n'y a jamais eu d'arrêt total des échanges" via le détroit d'Ormuz, soulignent plusieurs experts. Pendant la guerre Iran-Irak entre 1980 et 1988, il y a eu des attaques de pétroliers, mais le passage commercial a été maintenu, note Paul Tourret, directeur de l'Institut supérieur d'économie maritime français.
Depuis le début des frappes sur l'Iran, les plus grands armateurs, l'italo-suisse MSC, le danois Maersk, le français CMA CGM, l'allemand Hapag-Lloyd et le chinois Cosco ont donné l'ordre à leurs bateaux de ne plus bouger et se mettre à l'abri.
Retards de livraisons à prévoir
Sur le site web Marine Traffic, où l'on peut suivre sur une carte le parcours et l'avancée des bateaux à travers le monde, on discerne des "groupes de bateaux", surtout des pétroliers, à l'arrêt tout au nord près du Koweït, mais aussi près de Dubaï, ainsi que la présence de la flotte de commerce iranienne devant le port iranien de Bandar Abbas sur l'autre rive du détroit.
Le détroit d’Ormuz ne voit pas transiter que des pétroliers. Des voitures, des machines, des produits industriels venant d'Allemagne, des céréales et produits agricoles, des cosmétiques, des produits du luxe et pharmaceutiques y passent également. L'Italie exporte de l'agroalimentaire, beaucoup de marbre et de céramiques, et les Pays-Bas de l'agroalimentaire, souligne Anne-Sophie Fribourg, vice-présidente de l'union TLF qui regroupe tous les commissionnaires de transport en France.
Les livraisons vont donc prendre du retard, et plusieurs plateformes d'e-commerce ont prévenu leurs clients que les temps de livraison allaient se rallonger, de quelques jours chez Temu et Shein à une dizaine de jours chez Amazon, selon Bloomberg.
Les prix du fret sont déjà en train d'augmenter, notamment en raison de surcoûts imposés par les armateurs pour les livraisons dans la région.
En ce qui concerne la liaison Europe-Asie, les bateaux n'empruntent plus non plus le passage par la mer Rouge et le canal de Suez en raison de craintes liées à la reprise d'attaques de Houthis, alliés de l'Iran. Il faut compter une dizaine de jours de mer de plus en passant par le cap de Bonne-Espérance, au bout de l'Afrique du Sud, et un surcoût d'environ 30%.