Frontex: la Grèce utilise des paramilitaires pour refouler les migrants

En Grèce, les autorités grecques ont fait appel à des paramilitaires pour refouler un groupe de demandeurs d’asile vers la Türkiye en juin 2023, selon un rapport de l’agence Frontex.

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Des migrants retenus et gardés dans le village d'Agia, near la ville de Chania (août 2025) / AP

L’enquête a été ouverte en avril 2025 et les conclusions sont sans appel. Frontex, l’agence européenne de contrôle des frontières, décrit dans son rapport comment un groupe de 61 personnes, dont au moins onze mineurs, a été violemment malmené, après avoir traversé le fleuve Evros.

La Grèce est régulièrement accusée de “push-backs” sur les migrants, des refoulements illégaux dans la région de l’Evros ou en mer Égée. Au regard du droit international, ces refoulements sont illégaux.

L’enquête de Frontex concerne la période allant de 2023 à début 2025, a précisé l'agence européenne de surveillance des frontières. 

Douze incidents graves présumés, dont neuf survenus en 2024, sont ainsi examinés par le Bureau des droits fondamentaux de l'organisation.

Selon le rapport, en juin 2023, un groupe de 61 personnes, dont 11 mineurs, a été ciblé.


Frontex décrit comment des hommes masqués, que les victimes ont décrits comme des “paramilitaires” d’origine afghane, ont attaqué les migrants à coups de bâtons et ont placé des couteaux sous la gorge des demandeurs d’asile. Les hommes ont dû se déshabiller jusqu’à enlever leurs sous-vêtements, s’asseoir par terre, puis rester à genoux, les mains liées. Les hommes et les enfants ont été battus, les femmes ont subi des attouchements sexuels.

Frontex a menacé de sanctionner la Grèce

Dans le journal belge Le Soir, Flor Didden, de l’association 11.11.11 s’insurge qu’”un État membre de l’Union européenne déploie des mercenaires armés de couteaux et d’armes à feu contre des personnes souhaitant demander l’asile”. Elle ajoute que “la violence, la déshumanisation et le déni systématique du droit d’asile ne sont pas des incidents isolés. Ils sont le résultat d’une politique frontalière délibérée et illégale.”

Frontex a prévenu à plusieurs reprises les États membres de l'UE, dont la Grèce, que le fait de ne pas signaler les violations des droits pourrait désormais entraîner la suspension du cofinancement des opérations aux frontières. 

La Grèce déjà condamnée par la CEDH

Mais l’agence européenne a longtemps ignoré les cas de maltraitance qui lui ont été rapportés. En octobre 2022, un rapport de l'Office européen de lutte antifraude (OLAF) révélait que Frontex n'avait pas traité des preuves de refoulements maritimes et terrestres, allant jusqu'à les dissimuler en 2020. 

La Grèce n’a jamais reconnu l’existence de ces refoulements.
Cependant, elle a été condamnée dans une affaire en janvier 2025 par la Cour européenne des droits de l’homme (CEDH). La requérante avait été expulsée le jour-même de son arrivée en Grèce vers la Türkiye. Lors du verdict, la Cour a accusé la Grèce de se livrer à des "refoulements systématiques" de demandeurs d’asile vers la Türkiye.