Boukary Dramé (Sénégal) : “Par notre force collective, on est capable de contrer les Anglais”
Boukary Dramé, ancien international sénégalais, revient sur la prestation des Lions de la Téranga avant les 8es contre l’Angleterre, et raconte l’amour sans fin d’Aliou Cissé, qu’il a connu en tant que capitaine et sélectionneur, pour le Sénégal.
Boukary Dramé, Sénégal - Nigéria, 2006 (Others)

Comment jugez-vous les prestations des joueurs du Sénégal pendant les phases de poules ?

Ils sont montés en puissance. En commençant par une défaite (2-0 contre les Pays-Bas), ils se sont compliqués la tâche, mais ils ont su réagir face au Qatar (3-1) et l'Équateur (2-1). Je pense qu'on ne méritait pas cette défaite contre la Hollande, mais le plus important c’est qu’on se soit bien repris après ce revers, et on a surtout prouvé par la suite qu'on était une bonne équipe.

A l’issue de ses trois matches, quelle est selon vous la plus grande force du Sénégal ?

Je pense que c'est son caractère et sa puissance. Je pourrai dire que nous n'avons “pas vraiment de jeu”, mais on est très bons défensivement. Avant de gagner un match, il faut savoir ne pas encaisser de buts. On sait qu'avec le potentiel offensif que nous avons, nous pouvons marquer lors de chaque match. C'est dommage que Sadio Mané ne soit pas là. Je pense qu’avec lui, nous aurions eu beaucoup plus de chances, et peut-être même qu'on aurait gagné contre la Hollande.

Par quel joueur êtes-vous le plus impressionné ?

C'est surtout Abdou Diallo qui me surprend. Il a une assurance, une technique… J’estime que dans un poste de défenseur central il est vraiment bon et très complémentaire avec Kalidou Koulibaly. Il n'a pas peur de jouer, et de porter le nombre vers l’avant. Il est très intelligent dans son placement. De toute façon on l’a très vite remarqué, quand il a intégré le groupe, les victoires sont venues et on espère que ça va continuer.

Abdou Diallo, contre les Pays-Bas (Others)

Avez-vous l'impression que l’absence de Sadio Mané est oubliée ?

Son forfait a été un gros coup dur. Mais on est obligé de faire sans lui. C'est quand même Sadio qui marque la moitié des buts en sélection depuis un moment. Un joueur pareil, on ne peut l’oublier comme ça du jour au lendemain. Mais les autres joueurs sont en train de faire le boulot.

Justement, que pensez-vous des performances d’Ismaïla Sarr, qui le remplace poste pour poste, et de la montée en puissance d'Iliman Ndiaye ?

Iliman Ndiaye, je l’ai déjà vu jouer en championnat. C'est un très bon joueur. Il n’y a rien à dire. Pour une première titularisation (contre l’Équateur) c'était pas mal. Je pense que tout le monde en attend plus de lui. Bien évidemment il doit encore monter en puissance, en régime, et en confiance. Ismaïla Sarr, on le connaît tous. On est content de lui et on espère qu'il continuera dans cette voie. C'est vrai que par moment il ne donne pas pleinement satisfaction mais c’est un joueur très important.

De par son poste, c'est peut-être le joueur qui a le plus de pression sur les épaules aujourd'hui, parce qu’il remplace indirectement Sadio Mané…

Ah oui ! Une fois que Sadio n'est plus là, c’est à lui de jouer. Donc c'est clair qu'il a une grosse pression, mais cela fait partie du jeu. Sinon il ne fait plus de football (rires).

Contre l’Angleterre, il faudra s’appuyer sur lui…

Il fait partie des joueurs importants. De toute façon, c'est toujours difficile, même quand on joue contre la Zambie c’est dur. Là c’est la Coupe du monde et l'Angleterre est en gros morceau. Les joueurs aiment ce genre de rencontres. Ismaïla (qui joue en club à Watford en Angleterre) connaît bien les Anglais, donc il sera dans son élément.

Comment le Sénégal peut-il battre l'Angleterre ?

J'ai l'impression que ça va être impossible avec cette question (rires), mais tout est possible. On l'a vu avec l’Arabie saoudite et l’Argentine ! Personne ne s'y attendait. Tout le monde connaît l’Angleterre et tout le monde sait comment jouent les Anglais. Ils ont des joueurs qui se projettent vite vers l'avant et je dirais qu’il n'y a pas “forcément de tactique, ou de plan de jeu”. Aliou Cissé saura faire l'analyse qu'il faut. A nous de savoir comment les contrer et bloquer les joueurs forts comme Harry Kane et Raheem Sterling. J'espère qu'on pourra se surpasser. Parce que quand elles jouent contre des nations européennes, souvent les équipes africaines sont complexées. Mais j’ai confiance.

Idrissa Gana Gueye, qui connaît lui aussi bien les Anglais, est suspendu pour ce match-là. Dans quelle mesure son absence pourrait-elle se faire ressentir ?

C'est vrai que c'est un élément important de cet effectif. Mais il y a des joueurs qui sont là pour pallier. Moi, j'ai confiance. Il y a Nampalys Mendy qui est là. Il était remplaçant dernièrement (face à l’Équateur) mais il peut jouer et je trouve que c'est un très bon joueur qui pourra facilement remplacer Gana Gueye. Après, les absences sont dans toutes les équipes. Ça fait partie du jeu. C’est pour cela qu’on prend un groupe élargi de 25/26 joueurs. Donc il n'y a pas d'excuses.

Finalement, l'Angleterre ne serait-il pas l'adversaire idéal pour le Sénégal ?

On va le savoir après le match, avant, c'est difficile à dire (rires). Mais honnêtement, je pense que oui. Il y a beaucoup de joueurs sénégalais qui jouent en Angleterre. Ils se connaissent tous, ils jouent dans les mêmes équipes, et savent comment ils jouent. C'est plus facile de jouer contre quelqu'un que tu connais. Avec nos défenseurs et la force collective de notre groupe, on est capable de contrer les Anglais.

En tant qu’ancien latéral gauche, que pensez-vous des performances d’Ismail Jakobs ?

Il vient d’arriver mais donne l’impression d’être là depuis longtemps. Je lui souhaite de continuer dans cette voie et qu'il nous fasse de bons matches comme il l'a fait depuis le début de cette Coupe du monde. Franchement il y a rien à dire pour l'instant. Il est très rapide, très efficace, et très dynamique.

Aliou Cissé à créer un groupe, avant de créer une équipe

Vous avez connu neuf sélectionneurs différents en sélection avec le Sénégal, mais vous avez surtout assisté à l’intronisation d’Aliou Cissé. Comment étaient ses débuts ?

Je pense qu’il a fait un grand nettoyage. Même extra-sportif parce que ça compte. Comme il a été un grand joueur et qu'il connaît tout cet environnement-là, il savait exactement ce qu’il avait à faire. Il a directement installé des règles qu'il fallait suivre. Si tu ne les suivais pas, il te mettait sur le côté et le train continuait à avancer. C’est un coach qui sélectionne les joueurs qui sont dans la même vision que lui. C’est pour cela qu’il à créer un groupe, avant de créer une équipe. Avec toutes les critiques que j'entends sur lui, moi je tiens à le féliciter, je dis qu'il faut le respecter. Parce que ce qu'il a fait, c'est fort. On ne peut être qu’admiratif

Qu’est ce qu’il fait sa différence avec les anciens sélectionneur des Lions de la Téranga ?

Lui, tu avais l'impression qu'il était en équipe nationale, non pas pour lui, mais pour le peuple. Donc là si on gagne, si on joue les gars, c'est pour le peuple, c’est même pas pour les joueurs eux mêmes. Quand il se lève chaque matin, c'est pour le Sénégal. Moi, c'est ça qui me frappe et qui me plaît. Quand je vois Aliou, c'est une idole. C'est un gars qui ne lâche pas. Il était comme ça en tant que joueur et il a réussi à le transmettre en tant qu'entraîneur à ses hommes et c'est tout ce qui fait sa force.

Quelle est la différence de ce groupe, par rapport à ce que vous avez connu entre 2006 et 2016 ?

Quand moi j'y étais, il y avait beaucoup de mouvements. Un coach qui part. 1000 joueurs qui reviennent … Mais là, il y a un noyau solide. C'est ce que je disais, Aliou Cissé a réussi à créer avant tout un groupe. C’est un meneur d’homme malin et intelligent.


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