Au Royaume-Uni, la crise du coût de la vie fait de plus en plus mal
Augmentation record des prix alimentaires, hausse de la précarité énergétique et du nombre de sans-abris... La crise du coût de la vie au Royaume-Uni s'intensifie et fait de plus en plus mal aux Britanniques.
Au Royaume-Uni, la crise du coût de la vie fait de plus en plus mal / Photo: Reuters (Reuters)

Les prix des articles d'épicerie ont augmenté de plus de 17% sur les quatre dernières semaines dans le pays, un record, d'après une étude mensuelle de la société Kantar publiée mardi.

C'est bien plus que l'inflation globale dans le pays, déjà à des sommets en quelque quarante ans et qui dépasse actuellement 10%.

Cette envolée du prix des denrées de base "a un gros impact sur la vie des gens", note Kantar. Un quart des Britanniques dit traverser des difficultés financières, contre un cinquième un an auparavant, selon cette étude.

"Ces chiffres sont très inquiétants", commente l'association de consommateurs Which? dans un communiqué.

De nombreuses études mettent en avant le fait que des ménages sautent des repas, réduisent leurs achats alimentaires, ou se rationnent pour tenter de rester à flot financièrement.

L'inflation à deux chiffres au Royaume-Uni est provoquée non seulement par les prix alimentaires, mais aussi par les factures énergétiques, et des millions de Britanniques n'ont plus les moyens de se chauffer correctement, parfois avec des conséquences pour leur santé.

Les factures énergétiques devraient encore grimper en avril en raison d'une réduction de certaines aides gouvernementales.

Des statistiques du ministère de l'Energie publiées mardi montrent que 13,4% des ménages britanniques, soit 3,26 millions, étaient dans une situation de précarité énergétique en 2022.

C'est plus qu'un an auparavant (13,1%) et ce chiffre devrait continuer son ascension à 14,4% cette année selon le ministère.

Martin Lewis, un activiste très connu au Royaume-Uni, mène à présent campagne pour demander au ministre des Finances, qui présentera son prochain budget mi-mars, de ne pas réduire les aides à l'énergie au premier avril, au risque de faire basculer encore plus de Britanniques dans l'extrême pauvreté.

Retombées dévastatrices

Le Fonds monétaire international (FMI) s'attend à ce que le Royaume-Uni soit la seule grande économie à subir une récession en 2023.

Conséquence du contexte économique de plus en plus sombre, le nombre de sans-abri en Angleterre a augmenté de plus d'un quart l'an dernier comparé à l'année précédente, la première hausse depuis 2017.

Sur la base d'un recensement annuel, 3.069 personnes dormaient dans la rue en Angleterre l'an dernier. C'est près de trois quarts de plus qu'en 2010, au moment de la première édition de ce recensement réalisé par les autorités chaque année sur une seule nuit.

Pendant la pandémie et les confinements, les autorités avaient débloqué des fonds pour loger provisoirement la quasi-totalité des SDF dormant dans la rue ("rough sleeping").

La forte progression du nombre des personnes dans la rue l'an dernier est qualifiée de "choquante" et d'"échec collectif retentissant" par une ONG d'aide aux SDF, Homeless Link.

Elle ajoute que l'augmentation massive de ce chiffre sur un an "est la preuve que la crise du coût de la vie exacerbe les facteurs de long terme qui font que les gens n'ont plus de logement et doivent dormir dans la rue", à l'instar d'une pénurie d'habitations abordables, d'un système d'aides publiques "souvent punitif et d'un système de santé incroyablement sous tension".

L'augmentation a été observée dans toutes les régions mais particulièrement dans la capitale, pourtant l'une des villes les plus riches du monde.

Le maire de Londres Sadiq Khan a souligné que ces chiffres étaient "extrêmement alarmants et une preuve de plus des retombées dévastatrices de la crise du coût de la vie".

Il appelle le gouvernement britannique à réformer la législation par laquelle les propriétaires peuvent pour l'instant expulser les locataires sans aucune raison. Il demande aussi plus d'investissements dans les logements sociaux.

Le gouvernement conservateur britannique a promis une réforme du marché de la location, maintes fois retardée.

AFP