Bassirou Diomaye Faye, le président élu du Sénégal. / Photo: Reuters (Reuters)

Est-ce un appel du destin pour Bassirou Diomaye Faye ? Le jour de la célébration de ses 44 ans coïncidait avec l’annonce officieuse de sa victoire à la présidentielle sénégalaise, le 25 mars.

Pourtant, le 14 mars, lorsqu’il franchissait le portail de la prison de Rebeus à Dakar en homme libre, grâce à une amnistie présidentielle, il était loin de s’imaginer qu’il deviendrait le 5e président du Sénégal, dix jours plus tard.

En attendant les résultats officiels, les tendances sorties des urnes créditent le candidat du Pastef d’une confortable avance de 57% des suffrages contre 35 % pour son concurrent Amadou Bâ.

“Au regard des tendances des résultats de l’élection présidentielle et en attendant la proclamation officielle, je félicite le Président Bassirou Diomaye Diakhar Faye pour sa victoire dès le premier tour”, a indiqué Amadou Bâ, le candidat de la mouvance présidentielle dans un communiqué.

Du jamais vu au Sénégal qui, en 64 ans d’indépendance n’a jamais connu de coup d’État ! Ce qui est rare en Afrique.

Souverainiste et panafricaniste

Durant la brève campagne électorale, l’ancien syndicaliste a égrené les idées fortes de son programme.

Souverainiste et adepte du panafricanisme, la coalition soutenant Diomaye annonçait durant la campagne électorale, être favorable à une réforme monétaire débouchant sur l’adoption par le Sénégal de sa propre monnaie. Mais Ousmane Sonko, le leader du Pastef a nuancé la position du parti.

“Notre démarche a toujours été de dire qu’il y a un problème avec cette monnaie et qu’elle ne colle pas avec nos impératifs de développement. 90 % des pays du monde ont leur monnaie et s’en sortent. Il faut qu’on assume nos responsabilités pour aller vers autre chose, mais nous le ferons tout d’abord dans le cadre de discussions“.

Souvent taxé de populiste par ses pourfendeurs, le candidat du Pastef a durant la campagne souligné la nécessité des relations réciproquement bénéfiques avec les “partenaires”.

S’adressant particulièrement aux partenaires du Sénégal dans sa première déclaration à la presse, il a souligné que“(...) le Sénégal tiendra toujours son rang, il restera le pays ami et l'allié sûr et fiable de tout partenaire qui s'engagera avec nous dans une coopération vertueuse, respectueuse et mutuellement productive”.

Dans la sous-région, l’opinion lui prête déjà une redéfinition des nouvelles bases des rapports avec la France, l’ancienne puissance colonisatrice.

Le journal ivoirien La Voie Originale, proche de l’opposition, a titré “Bassirou Diomaye Faye élu 5ᵉ Président, la Françafrique s’écroule au Sénégal”.

Sur le plan interne, le président élu du Sénégal, lors de sa première déclaration à la presse a promis de s’attaquer en priorité à “la réconciliation nationale”.

Cela peut se comprendre, explique le politologue sénégalais Mountaga Diagne de l’université Gaston Berger de Saint-Louis, “la campagne électorale a été âpre, avec une judiciarisation du politique. Beaucoup d’opposants sont allés en prison. Il y a eu des rancœurs”.

Bassirou Faye a aussi parlé de “la refondation des institutions”. “La dernière élection a montré que le président concentrait beaucoup de pouvoirs tel un ‘monarque constitutionnel’. Il y a aussi une volonté de lutte contre la corruption avec une gestion saine et vertueuse”, analyse Mountaga Diagne.

“L'allègement sensible du coût de la vie est aussi au centre du projet du Pastef. Le Covid a détérioré les conditions de vie de la plupart des sénégalais qui vivent au jour le jour”, explique le politologue.

“La lutte contre le train de vie de l’État pourrait permettre de dégager des marges, grâce notamment à la lutte contre les institutions budgétivores”, poursuit le politologue.

L’imminence de l’exploitation des hydrocarbures, pourrait offrir à Bassirou Diomaye Faye les moyens de mettre en œuvre le programme politique du Pastef.


TRT Français et agences