1000 membres des forces de l'ordre sont envoyées en renfort de la métrople en Nouvelle Calédonie  Photo: AFP (AFP)

La nuit a été plus calme et ce vendredi matin seuls quelques quartiers de Nouméa sont encore perturbés par des barrages. Les renforts policiers et civils arrivent de Paris aujourd'hui. En tout, 1000 policiers et gendarmes vont être déployés. Un pont aérien apporte également vivres et médicaments nécessaires pour que la vie puisse reprendre sur l’île. Sur place, les habitants disent avoir craint et craindre encore pour leurs biens et leurs vies. Certains se sont regroupés au sein de milices et ont érigé des barrages pour protéger leurs quartiers.

La solution politique pour sortir de cette crise ne semble pas être en marche. Le président Macron a proposé une visioconférence à toutes les parties et il a dû parler aux uns puis aux autres car ils refusent de dialoguer pour l’instant.

Une délégation Kanak était jeudi à Paris où elle a donné une conférence de presse. Les représentants indépendantistes ont regretté les émeutes, appelé au calme mais ils ont aussi rappelé qu’ils avaient mis en garde les autorités françaises. Une réforme du corps électoral mettrait le feu au poudre.

Lire aussi: Kanak, Caldoches et Zoreill… qui sont-ils ?

Dominique Fochi, secrétaire général de l’Union calédonienne insiste sur le fait que le gouvernement français est sorti du “chemin de paix” dès 2021 avec l’organisation d’un référendum sur l’indépendance en pleine vague Covid. Il accuse le gouvernement actuel de partialité. La condition pour le retour à la paix, c’est l’impartialité de l'État, a-t-il martelé. Comprenez que Paris privilégie les anti-indépendance.

Comment en est-on arrivé aux émeutes en Nouvelle-Calédonie ?

Depuis 30 ans, le calme régnait, la Nouvelle-Calédonie était engagée dans un processus d’indépendance mais l’État français a mis à mal les fameux accords de Nouméa qui encadraient la reconnaissance du droit à l’indépendance du peuple Kanak. Jean-Marie Tjibaou, le leader à l’époque du FLNKS avait affirmé “faire le pari de l’intelligence” en signant ces accords.

les accords de Nouméa sont-ils remis en question ?

Mais Paris et les élus calédoniens non-indépendantistes, dits “loyalistes”, semblent avoir choisi une autre voie. Trois référendums ont été organisés pour que les habitants de Nouvelle-Calédonie se prononcent pour ou contre l’indépendance. Lors des deux premiers, le Non l’a emporté mais sur le fil du rasoir.

La troisième consultation, organisée en pleine épidémie de Covid, a été boycottée par les indépendantistes car ils ne pouvaient pas faire campagne dans de bonnes conditions. Il était, par exemple, impossible de faire du porte à porte.

Sur BFM TV, Daniel Wea, représentant de l’association des Jeunes Kanak en France estime que le 3e référendum sur l’indépendance a été “volé”.

Dans ce contexte, l’élargissement du corps électoral est vécu comme une nouvelle manœuvre pour mettre en minorité la population Kanak qui représente environ 40% des habitants de l’île.

Pourquoi non à un corps électoral élargi ?

Le corps électoral est figé en Nouvelle Calédonie depuis 1998, et les accords de Nouméa.

L’élargissement du corps électoral, selon le ministère de l’Intérieur, ajouterait 25 000 électeurs. Ce qui met les Kanaks en colère ce n’est pas l’ajout dans ce corps électoral de personnes nées depuis en Nouvelle Calédonie mais l’ajout de 10 000 résidents venus de métropole.

Mais cette exception calédonienne a été pensée pour permettre la représentation du peuple Kanak et lui assurer, ainsi, un poids politique. C’est l’esprit des accords de Nouméa. Il s’agissait de reconnaître une histoire coloniale ponctuée d’inégalités et de spoliations. L’état français donnait ainsi des mesures compensatoires après plus de 150 ans de présence française et acceptait une procédure d’autodétermination.

La Nouvelle-Calédonie est une “colonie de peuplement”, insistent les indépendantistes, un archipel où la population blanche est devenue majoritaire. Depuis les années 70, les Kanaks sont en minorité. Lors du dernier recensement en 2019, ils représentaient 40,1% de la population.

La cause Kanak soutenue en Outre Mer

Les émeutes de Nouméa bouleversent également la communauté des ultra-marins. De nombreux messages de soutien au Kanaks ont été publiés ici et là.

Jean-Victor Castor, député NUPES de Guyane, a marqué les débats à l’Assemblée nationale au moment du vote sur la réforme constitutionnelle nécessaire pour élargir le corps électoral. La mine grave, il est monté au perchoir pour rappeler la dangerosité de ce vote, et il a conclu ainsi: "Le droit du peuple Kanak est d'être souverain dans son pays. Ce n'est pas une révolte comme pour la réforme des retraites que vous avez matée. En face de vos flics, il y a un peuple qui ne se soumettra pas".

Le Parti indépendantiste de Ma'ohi Nui (la Polynésie), a publié une déclaration de soutien au peuple Kanak et de la décolonisation en Kanaky/Nouvelle-Calédonie. Le communiqué accuse Emmanuel Macron d’avoir fait dérailler le processus d’émancipation du peuple Kanak. Le président du parti Oscar Temaru dénonce “l'attitude fourbe et irresponsable de Paris” et demande aux Nations unies d’envoyer une commission indépendante pour aider les Calédoniens à sortir de cette crise.


TRT Francais