Certains pensent que l'Afrique peut être source de solution à la crise environnementale. (Reuters)

Selon le rapport de la Climate Policy Initiative (CPI), l’Afrique, qui ne produit que 4% des émissions de dioxyde de carbone alors qu'elle compte un cinquième de la population mondiale, est la région la plus touchée par la crise climatique.

"La responsabilité disproportionnée qui pèse sur l'Afrique, qui contribue à moins de 4% aux émissions mondiales mais doit faire face à de graves conséquences sur la vie et les moyens de subsistance de ses habitants, ne peut être décrite autrement que comme une injustice climatique", a déclaré le ministre égyptien des Affaires étrangères et président désigné de la COP27, Sameh Choukry, lors de la Semaine africaine du climat à Libreville, au Gabon, une des réunions de préparation à la Conférence de l'ONU à Charm el-Cheikh en novembre sur le changement climatique (COP27).

L’Afrique n’a eu cesse de demander à l’occasion de toutes les conférences climatiques aux grands pollueurs, soit les pays fortement industrialisés, de compenser la préservation de la biodiversité africaine par des financements. Cependant, le continent, qui aurait besoin d'au moins 250 milliards de dollars par an pour faire face au changement climatique, n'a reçu que 29 milliards de dollars d'aide financière en 2020.

Par exemple, la République démocratique du Congo, qui attendait 10 milliards de dollars en marge de la COP26, n’avait obtenu qu’un accord sur 500 millions de dollars pour 5 années.

Selon la Banque africaine de développement (BAD), le changement climatique a également impacté le PIB de l’Afrique. "Le continent voit son PIB amputé de 5 % à 15 % à cause du changement climatique. Entre 2016 et 2019, les pays africains dans leur ensemble, n'ont capté que 18,3 milliards de dollars de financements climatiques. Soit un déficit de finance climatique qui pourrait atteindre 127,2 milliards de dollars entre 2020 et 2030", a précisé la BAD dans un rapport intitulé "Perspectives économiques en Afrique 2022".

Conséquences désastreuses

Entre les chaleurs extrêmes, les orages, la sécheresse ou encore l’inondation, les conséquences du réchauffement climatique en Afrique seront désastreuses à +1,5°C. Des estimations ont été faites dans un tel scénario.

Dans ce cas de figure, les rendements agricoles comme les olives en Afrique du Nord, ou le café en Afrique de l’Est seront drastiquement diminués.

La prévalence des maladies vectorielles risque également d’augmenter, notamment la malaria dans l’Afrique de l’Ouest et centrale, ainsi que la dengue en Afrique australe et de l’Est.

Quant à la pêche, elle risque de diminuer jusqu’à 50% en Afrique de l’Ouest.

Avec +2°C dans l’Afrique du Nord, 20% des mammifères ne bénéficieront plus du climat propice pour leur survie, alors que dans l’Afrique de l’Ouest le rendement des pâturages diminuera de 42% en 2050. Tandis que 90% des récifs coralliens au Madagascar seront détruits par le blanchissement, les glaciers Rwenzoris et Kilimandjaro auront disparu.

L’exposition à des températures supérieures à 30°C fait également grimper le taux de violence interpersonnelle et les homicides de 18% en Afrique du Sud.

A l’échelle continentale, 50% des espèces perdront au moins 30% de leur population, au moins 25 villes connaitront des températures supérieures à 40,6°C 150 jours par an, la population exposée à la dengue, à la fièvre jaune ou à zika doublera et enfin 17 à 40 millions d’Africains migreront à l’intérieur du continent.

Un potentiel majeur

Si l’Afrique est depuis longtemps considérée comme un continent à problèmes liés aux changements climatiques, elle dispose de nombreux leviers pour atténuer le réchauffement et réduire les émissions de gaz à effet de serre. Certains pensent même que le continent peut être source de solution à la crise environnementale.

Parmi les potentiels figurent les énergies renouvelables. L’exploitation de son immense capacité solaire et éolienne pourrait changer la donne pour le continent mais aussi pour la planète.

Le continent se penche également sur l’agriculture de manière durable comme l’agroforesterie, qui est utilisée principalement pour fertiliser le sol et fonctionner en symbiose avec les plantes cultivées. La technique du biochar, qui utilise le charbon d’origine végétale pour rendre les sols fertiles, est par exemple utilisée au Cameroun pour restaurer les forêts dégradées.

Lancée en 2007 par l’Union africaine, la Grande Muraille verte, projet qui consiste à planter des millions d’arbres, tente de reboiser l’Afrique pour repousser la désertification tout en améliorant les conditions de vie et de santé des populations, luttant contre l’insécurité alimentaire et la paupérisation.

Le continent peut également tirer profit de la croissance démographique et de l’urbanisation pour construire des villes résilientes, transformer les habitats informels en immeubles végétalisés à ventilation naturelle et à haute efficacité énergétique.

Le Gabon, champion mondial de l’environnement

À partir de ce lundi 29 août et jusqu’au 2 septembre prochain, Libreville, la capitale gabonaise, accueille la Semaine africaine du climat, troisième étape d’une série de rencontres initiées par ONU Climat. Durant cinq jours, plus de 1000 participants, dirigeants politiques, représentants d’organisations internationales et leaders de la société civile, échangeront sur les résolutions de la COP26.

L'objectif est notamment de parler d'une voix unique pour l'Afrique à la COP27 et d'y formuler des propositions "concrètes", a plaidé Ali Bongo Ondimba, le président du Gabon.

"Le moment est venu pour nous, Africains, de prendre notre destin en mains", a lancé le chef de l'État gabonais en déplorant l'échec de la communauté internationale à remplir les objectifs de la COP21 à Paris en 2015: contenir, d'ici à 2100, le réchauffement climatique bien en dessous des 2 degrés Celsius par rapport aux niveaux de l'ère pré-industrielle, idéalement le limiter à 1,5 degrés.

Le choix du pays pour le lieu des assises de la Semaine du Climat n’est pas un hasard. Le Gabon est souvent salué par la communauté internationale pour son combat "exemplaire" pour préserver sa biodiversité et lutter contre le réchauffement climatique. Pays de moins de 10 millions d’habitants, le Gabon est situé en plein cœur de la forêt tropicale d'Afrique centrale, appelée "le deuxième poumon de la terre" après l'Amazonie.

Le Gabon était, en juin 2021, le premier pays africain à être rétribué par des fonds internationaux pour sa contribution à l'absorption du CO2 dans le monde grâce à ses programmes de préservation de sa forêt, dont sont recouverts 90% de son territoire.

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